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19 mars 2026Un consortium de journalistes révèle le stratagème des armateurs de l’armée russe pour contourner les sanctions européennes, armant les soldats de Moscou grâce aux technologies européennes via des intermédiaires turcs.
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De notre correspondant à Varsovie,
Après plusieurs mois d’enquête, un simple appel a suffi à révéler au grand jour le scandale : les technologies de l’entreprise polonaise FAMOT continuent d’alimenter la machine de guerre russe, en dépit des sanctions internationales prises par les 27 de l’Union européenne.
Grâce à quelques secondes d’enregistrement sonore, la journaliste Maryana Zabolotnaya, du média d’investigation RUMafia, membre du consortium polono-ukrainien StateWatch-Front Story, a pu révéler l’arrangement entre les entreprises d’armement russes et turques pour pouvoir continuer à importer les machines-outils européennes nécessaires au processus de fabrication de l’armement russe.
La Turquie, plaque tournante du contournement russe
En se faisant passer pour une employée d’une entreprise d’armement partenaire de l’armée russe, elle n’a aucun mal à gagner la confiance de son homologue turc, employé de Pyramid Muhendislik Ticaret. Elle lui indique être à la recherche d’une machine CNC (Computerised Numerical Control) de fabrication polonaise, cruciale dans la fabrication de matériel militaire sophistiqué, comme les drones ou les systèmes de missiles actuellement déployés par Moscou pour viser les populations d’Ukraine. Selon les estimations, la Russie aurait importé 70% des machines CNC en sa possession, et 80% d’entre elles sont employées dans la fabrication d’armement.
À l’autre bout du fil, son interlocuteur turc, surnommé Bilal, ne paraît pas surpris par la demande, et explique avoir déjà fait livrer la même machine CNC à une autre entreprise d’armement russe l’an dernier. « Je l’ai achetée en Europe, puis je l’ai faite exporter et transiter par la Turquie », détaille-t-il, confirmant les doutes des journalistes de StateWatch et du média d’investigation polonais FrontStory. En 2015 déjà, alors que les premières restrictions commerciales consécutives à l’annexion de la Crimée étaient déjà en vigueur, l’importation de machines sorties des usines de FAMOT dans les données des douanes russes avaient retenu leur attention.
DMG Mori en Pologne fournit des machines-outils à des entreprises de défense russes…
Ce fleuron européen, renommé DMG MORI en 2024, emploie 730 personnes à Pleszew, dans l’Ouest de la Pologne. Les fraiseuses, meuleuses ou ses imprimantes 3D qui sortent de ses usines en font le plus gros producteur de machines d’usinage d’Europe centrale.
En profitant du statut d’Ankara – seule capitale de l’Otan refusant d’appliquer les sanctions contre Moscou –, les entreprises implantées en Turquie jouent donc le rôle d’intermédiaire pour les armateurs russes. Et l’échange téléphonique prouve qu’elles peuvent compter sur la complicité – ou la négligence – de certaines banques turques pour avaliser les transactions. « Je travaille (…) avec une banque qui accepte parfois des transferts en roubles. Ça vous irait ? », répond Bilal à la journaliste, qui feint de s’inquiéter pour le paiement, alors que les établissements turcs sont de plus en plus réticents à cautionner les transactions venues de Russie.
Les auteurs de l’enquête citent la possible implication du GRU, le service de renseignement militaire extérieur russe. Selon les services de renseignements estoniens, il est habitué à participer directement à la facilitation de ce genre de transactions, en créant lui-même des firmes intermédiaires dans les pays tiers avec des entrepreneurs locaux.
… via un intermédiaire turc
Difficile d’affirmer que Pyramid Muhendislik Ticaret fait partie de ces firmes. Mais au téléphone, Bilal ne semble opposer qu’une seule condition à la collaboration avec l’armateur russe fictif. « Vous pouvez me contacter par messages, par mail, par WhatsApp, mais s’il vous plaît, ne mentionnez pas vos liens avec l’armée russe dans vos messages, d’accord ? », intime-t-il, conscient de la nécessité de rester discret.
Assez pour tromper la direction de DMG MORI, à en croire la réponse de l’entreprise aux journalistes, la veille de la publication de l’enquête : « L’entreprise a toujours respecté pleinement et sans exception toutes les réglementations de contrôle des exportations. (…) Mais nous ne pouvons pas exclure que des tiers aient acquis les machines et les aient exportées illégalement. »
Une réponse prudente pour dédouaner l’entreprise, qui n’a pourtant pas perdu au change : depuis 2022, l’équivalent d’1,2 millions de dollars d’équipements sortis de ses usines ont fini leur course sur le sol russe. Et ce n’est pas la première fois que l’entreprise est surprise à continuer ses échanges avec la Russie malgré les sanctions, que ce soit en maintenant la production dans des usines en Russie, sous couvert de commandes civiles (non concernées par l’embargo), ou comme dans ce cas, en contournant les sanctions par le biais d’intermédiaires.
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Source : www.rfi.fr

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