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19 mars 2026Iran : les mots de la guerre – Révolution Islamique : épisode du podcast Iran : les mots de la guerre
Dans ce podcast « Iran, les mots de la guerre », des spécialistes reviennent sur les mots qui permettent aujourd’hui d’éclairer le conflit au Moyen-Orient. Bernard Hourcade, géographe, ancien directeur de l’Institut français de recherche en Iran et membre de la rédaction d’Orient 21, revient ici sur le terme « Révolution Islamique ».
Une révolution d’abord perçue comme libératrice
À la fin des années 1970, la contestation du Shah s’inscrit dans un climat marqué par « la guerre froide« , les luttes anticoloniales et un moment où « les libéraux, les démocrates, les anticolonialistes, les tiers-mondistes, les marxistes en avaient un peu assez du système du Shah« . Des révoltes commencent alors, ainsi qu’une « révolution lente en 1977-1978« , avec au cœur « les droits de l’Homme« , ce qui est bien perçu par l’Occident. Derrière la modernisation et « un pays en pleine expansion » avec des réformes sociales et l’essor éducatif, persistent de fortes inégalités et une répression politique : l’Iran est alors « dirigé par les États-Unis » , ce qui bloque le pays « sur le plan politique et des droits de l’homme« .
Le basculement intervient avec l’irruption du clergé, déclenchée par les attaques contre Khomeini. « Le clergé avait toujours été contestataire« , notamment en raison des réformes sur la famille et sur les droits des femmes. Dans un contexte de « fascination de l’islam« , les attaques contre Khomeini suscitent « des réactions du clergé et une répression très forte », conduisant celui-ci à rejoindre pleinement « le team de la révolution« . Cette force devient décisive puisqu’elle mobilise « des millions de personnes » et c’est grâce à cela que « les choses vont changer« . La présence d’un ayatollah est acceptée, car « pour renverser un régime aussi solide avec les États-Unis comme parrain, il fallait une force importante, […] ce qui suppose de convaincre le nombre, et le nombre, c’était l’islam« .
De la prise de pouvoir à la consolidation autoritaire
Une fois le Shah renversé, Khomeini arrive au pouvoir et « partage son pouvoir avec tout le monde, mais il a ses propres idées« . Il va consolider son pouvoir en s’appuyant sur sa légitimité populaire, en affirmant « c’est quand même moi qui suis l’homme décisif ait apporté des millions de personnes« . La loi islamique s’impose progressivement, notamment « en commençant par les femmes« , dans un processus progressif. Pourtant, il y avait une opposition, puisqu’à son arrivée au pouvoir, Khomeini « a en face de lui des libéraux des marxistes, des partisans du droit de l’homme« , mais cette opposition « n’est pas structurée » et tout bascule « avec la guerre Irak-Iran« . Cette guerre joue un rôle clé, parce que « quand il y a une guerre, tout le monde se réunit derrière le chef de l’État« , et Khomeini va en profiter avec le clergé « pour prendre le pouvoir, dans tous les domaines […] imposer sa loi » et verrouiller durablement le pouvoir.
Malgré cette consolidation, la République islamique reste traversée de contradictions. Le terme de « République islamique, c’est un oxymore, mais pas complètement« , note Bernard Hourcade. Les aspirations « de liberté, d’indépendance, d’émancipation des femmes » perdurent et « l’autre idéal n’a jamais cessé » d’exister. En Iran, trois dynamiques coexistent : une dimension nationale, celle de « l’Iran éternel« , une dimension islamique, qui affirme que « l’Iran est un pays musulman« , et une dimension internationale, celle d’un pays ouvert sur le monde, notamment à travers le pétrole. Pourtant, « Khomeini n’a pas gagné tout seul » et il « a été obligée d’appliquer » certaines idées de liberté. Après 1989 et la mort de Khomeini, « tout tombe » et « les apparatchiks prennent le pouvoir « , accentuant la dimension autoritaire du régime. Aujourd’hui, la stratégie des États-Unis et d’Israël de « target killings » et donc de « tuer des leaders, n’est peut-être pas la meilleure stratégie« , puisque cela « permet de favoriser les plus radicaux« , renforçant les logiques de durcissement.
Source : www.radiofrance.fr

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