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19 mars 2026Iran : les mots de la guerre – Le guide suprême : épisode du podcast Iran : les mots de la guerre
Dans ce podcast « Iran, les mots de la guerre », des spécialistes reviennent sur les mots qui permettent aujourd’hui d’éclairer le conflit au Moyen-Orient. Bernard Hourcade, géographe, ancien directeur de l’Institut français de recherche en Iran et membre de la rédaction d’Orient 21, revient ici sur le terme « Le guide suprême ».
Un pouvoir absolu progressivement détourné de sa vocation initiale
Pensée à l’origine comme une autorité morale inspirée de La République, la fonction de guide suprême devait orienter sans gouverner. Lorsqu’il fonde la République islamique, Khomeini « étudie Platon, chez qui ce sont les meilleurs de la cité qui dirigent« . Dans la logique de Khomeini « les meilleures personnalités capables de diriger un pays, ce sont évidemment les religieux« , rappelle Bernard Hourcade. Pourtant, officiellement, cette idée était « un conseil, je dis au gouvernement, vous devriez faire ceci, mais sans intervention« . Avec la guerre Irak-Iran, les circonstances transforment cette fonction : « Khomeini devient le chef exécutif, et progressivement son rôle de conseil est devenu un rôle de gouvernement« , jusqu’à un contrôle total de l’État. Le guide dispose désormais d’un appareil tentaculaire, avec des représentants « dans tous les ministères pour vous contrôler« , incarnant un pouvoir « sans partage« .
À l’époque de Khomeini, le guide « était accepté » parce qu’il bénéficiait d’un charisme reconnu, contrairement à ses successeurs qui peinent à incarner une autorité religieuse. Khamenei, à son arrivée, est « un jeune mollah qui avait 35 ans » et était avant tout « un militant politique« . Sur le plan religieux, il est peu reconnu par les grandes autorités, qui ne le considèrent pas « comme le plus intelligent« . La fonction de guide s’éloigne progressivement de sa dimension spirituelle pour devenir un poste de contrôle politique quotidien, tenu par « un chef local qui a un staff politique et qui contrôle dans tout le détail la vie quotidienne des gens« , accentuant le décalage entre pouvoir et légitimité religieuse.
Une succession révélatrice de l’impasse du régime
La fonction de guide est aujourd’hui fragilisée : aucun « ayatollah sérieux ne veut être guide« , ce rôle étant perçu comme « un CDD » dans un contexte politique difficile. Khamenei, qui « avait une expérience exceptionnelle » et a « dirigé le pays pendant quarante ans« , apparaît ainsi irremplaçable. Aujourd’hui, en Iran, « personne n’est capable de lui succéder« , constate Bernard Hourcade. Par ailleurs, le remplacement du guide par son fils illustre aussi la fragilité de ce poste qui peine à trouver un successeur. Malgré des mécanismes institutionnels formellement respectés, ce choix révèle une crise profonde :« La République marche bien. L’islam politique et le guide ça ne marche pas, c’est un aveu d’échec« . Le nouveau guide est décrit comme « le fils de son père, mais il n’est personne » et ne dispose pas d’une réelle légitimité.
Parallèlement, l’accès aux richesses pétrolières a profondément corrompu les élites. Selon Bernard Houcarde, « l’argent a été la plaie« . À leur arrivée au pouvoir, « du jour au lendemain« , les mollahs, « qui avant vivaient de la charité publique« , se retrouvent « propriétaires de l’argent de l’État« , riche en pétrole, avec « un accès à des milliards de dollars« . S’ensuit une captation massive des ressources : « toute la société […] est allée à la caisse« , transformant en profondeur le régime. Pour le géographe, c’est avant tout cela qui « a pourri l’Iran« .
Source : www.radiofrance.fr

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