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20 mars 2026REPORTAGE. « Piquemal, ce n’est pas Mélenchon » : à Toulouse, LFI tente de convaincre les électeurs de gauche « gênés » par la fusion au second tour des municipales
Le député de La France insoumise François Piquemal est arrivé en deuxième position au soir du premier tour. Il espère battre le maire sortant Jean-Luc Moudenc grâce à une alliance avec les socialistes. Le second tour, dimanche, s’annonce serré et va notamment dépendre du report de voix des électeurs PS.
« Bonjour ! Dimanche, on change de maire. » Les militants de La France insoumise accélèrent, mercredi 18 mars, à quatre jours du second tour des élections municipales, pour convaincre les Toulousains de faire le choix de l’alternance avec François Piquemal. « Je suis de gauche, mais pas trop LFI. L’union ne me donne plus trop envie de voter à gauche », répond Bianca, 20 ans, qui a voté pour le socialiste François Briançon au premier tour, mais semble déboussolée par la fusion des listes du PS et de LFI.
« Ensuite au niveau local, c’est un programme de justice sociale, on s’est entendus rapidement et l’union est forte », argumente Christopher Gil en distribuant ses tracts, en fin de matinée, devant le supermarché Lidl de la rue de Bayard. Il tente de ramener la discussion sur les propositions de son candidat : « On veut remettre des moyens pour les écoles, pour le système social et pour le secteur culturel. »
Le militant LFI sait qu’il reste du travail pour convaincre les 25% d’électeurs qui se sont tournés au premier tour vers la liste de gauche unie hors LFI. « Pour moi, je suis désolée, LFI c’est de l’extrême gauche, même si je sais que c’est contesté », explique encore Bianca, qui hésite toujours pour le second tour. « Certes, cela a été qualifié d’extrême gauche [par le ministère de l’Intérieur, décision validée par le Conseil d’Etat], mais nous à LFI, on ne se considère pas comme extrême », rétorque Christopher Gil, qui finit par convaincre l’étudiante de glisser un bulletin Piquemal dans l’urne dimanche.
Le militant est interrompu par les invectives d’une habitante qui passe à vélo. « Vous faites de la propagande dans les quartiers populaires. Vous êtes dans les tréfonds du mal », lui lance-t-elle avant de remettre un coup de pédale. Entre insultes et agressions, la campagne se tend à l’approche du dénouement, car le match pour la conquête du Capitole s’annonce serré. Le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc a terminé en tête avec 37,23% des voix au premier tour, mais le candidat LFI et ses 27,56% compte sur le renfort d’une partie des électeurs de la liste d’union de la gauche de François Briançon (24,99%).
Une partie seulement. « Cette fusion me gêne terriblement. J’ai voté socialiste et je voterai Moudenc au second tour, confie Pierre, retraité de 68 ans, qui termine ses courses sur le marché du boulevard de Strasbourg, un sac de clémentines dans une main et une botte de poireaux dans le dos. « Je suis pour l’écoute et le dialogue, et je ne retrouve pas ça chez LFI. »
« Je trouve plus de rapprochements entre Moudenc et Briançon qu’entre Briançon et Piquemal. »
Pierre, électeur socialisteà franceinfo
« Je pense qu’il y a une union à faire pour lutter contre l’extrême droite, mais là, je ne vois pas l’utilité. Je suis assez déçu par la décision de la liste de Briançon », ajoute Florian, un peu plus loin. Le long des étals du marché, la fusion a quand même ses partisans. « C’est une bonne chose, ça change des désunions habituelles », estime Annie, qui va voter pour François Piquemal, « principalement par rapport à l’écologie ».
Jean-Luc Moudenc a bien compris qu’il avait intérêt à parler aux électeurs indécis de centre gauche rebutés par La France insoumise. Il dénonce depuis lundi « une alliance contre-nature, une alliance de la honte » et ne cesse d’associer François Piquemal à Jean-Luc Mélenchon. Le maire sortant a reçu un coup de main avec la prise de position des organisations patronales du Medef et de la CPME, dénonçant le programme de « décroissance » du député LFI. « Monsieur Piquemal, c’est le représentant local de monsieur Mélenchon », a encore martelé le candidat de la droite lors du débat organisé mercredi sur France 3.
En coulisses, dans les locaux de France 3 Occitanie, les équipes des deux candidats se lancent des piques, notamment quand François Piquemal associe le maire de Toulouse aux choix budgétaires du gouvernement. « Vous avez voté le budget, il vous traite de social traître, là », lance avec le sourire un soutien de Jean-Luc Moudenc en direction du socialiste François Briançon, qui reste impassible. « Ce débat est révélateur du choix à faire à Toulouse, avec un vote clair entre la gauche et la droite et deux visions de la ville complètement différentes », débriefe en aparté le 3e de la liste « Demain Toulouse, la gauche unie », qui devrait présider la métropole en cas de victoire de François Piquemal. « Les Toulousains savent bien qu’une élection municipale, ce n’est pas un vote pour ou contre Jean-Luc Mélenchon », espère-t-il.
« Jean-Luc Moudenc a répété cet argument à plusieurs reprises, cela en dit beaucoup sur la pauvreté de son programme et de ses propositions. »
François Briançon, colistier de François Piquemalà franceinfo
Mais cette figure du PS n’a pas réussi à convaincre une partie de ses colistiers qui n’ont pas suivi l’aventure de la fusion, notamment les partis de centre gauche comme le PRG ou le MRC. « Ma présence était incompatible avec les valeurs défendues par monsieur Piquemal », explique ainsi le conseiller régional socialiste Marc Sztulman. Il estime que le candidat LFI n’a pas suffisamment montré sa distance avec certains propos tenus par Jean-Luc Mélenchon sur l’antisémitisme ou sur les attentats de mars 2012 perpétrés dans la ville par Mohammed Merah. Lors des commémorations de jeudi, le député LFI a d’ailleurs été pris à partie par une partie de la foule avec des huées et des slogans du type « fasciste, antijuif ».
« Il est profondément mobilisé sur les questions du racisme et de l’antisémitisme », assure pourtant de son côté François Briançon. « Depuis 2012, je suis à quasiment toutes les cérémonies [liées aux attentats]. Je n’ai aucune leçon à recevoir de quiconque sur ce sujet-là », ajoute François Piquemal, lors d’un tractage sur le marché de la Cartoucherie. Le candidat tente une nouvelle fois de mobiliser pour dimanche, en ramenant à son programme. « Les Toulousains savent que Jean-Luc Moudenc est responsable des coupes de subventions à la culture, aux associations sportives et éducatives. »
Le candidat sait qu’il peut d’ailleurs mobiliser du côté du monde de la culture. « La municipalité de monsieur Moudenc a fait des coupes drastiques, de près de 40% dans les centres culturels », alerte le comédien Benjamin Nakach, qui était sur la liste LFI avant la fusion. Devant le théâtre du Grand Rond, des pancartes informent le public sur le risque de disparition du lieu en raison des choix du maire sortant. Cet espace destiné au jeune public est en conflit avec la mairie et craint de ne plus être subventionné.
« Autour de nous, de nombreuses structures sont en train de mourir », alerte Eric Vanelle, cofondateur du théâtre, qui était sur la liste de François Briançon et qui a choisi l’union. « La Ligue des droits de l’Homme a d’ailleurs fait un rapport accablant sur les dérives du dernier mandat en matière d’entraves aux libertés associatives. » De son côté, Jean-Luc Moudenc rappelle que la culture reste le deuxième poste budgétaire de la ville, avec 150millions d’euros par an. Il vante la fréquentation en hausse de l’opéra, le succès des grandes expositions temporaires et la restauration du patrimoine. Mais les petites structures se sentent délaissées.
En fin de journée, les militants des divers partis de gauche sont à nouveau sur le terrain pour convaincre lors d’un porte-à-porte dans un quartier populaire autour de la station de métro Mermoz. Dans les cages d’escalier, à l’heure du dîner, les odeurs de cuisine ouvrent les appétits. « On sera là », lance un résident en récupérant un tract. « Comptez sur moi ! », ajoute un autre. Mais là aussi, les militants font face à des électeurs choqués par l’alliance entre le PS et LFI. « Je suis de gauche depuis des décennies, mais cette fusion avec les insoumis, ça me gêne », explique Anna, 78 ans, qui ouvre sa porte en robe de chambre en s’essuyant les coins de la bouche.
« Ce qui me gêne ? C’est Mélenchon. Il est agressif, il est arrogant. »
Anna, habitante de Toulouseà franceinfo
Face à elle, Delphine et Samy, deux militants issus du collectif Archipel Citoyen, tentent de la convaincre pendant de longues minutes. « Piquemal, ce n’est pas Mélenchon. On le connaît bien. Et Mélenchon, il ne se présente pas à Toulouse », insiste Samy, avant de mettre en avant le programme du candidat LFI, que ce soit sur la gratuité des transports pour les moins de 26 ans ou la gratuité des cantines scolaires. Mais Anna ne cède pas. « Au deuxième tour, ces personnes ne me plaisent pas et mon bulletin sera blanc », affirme la retraitée.
« L’accueil est plutôt bon, mais oui ça arrive », réagit en relativisant Louise Chamagne, militante LFI en 30e position sur la liste. « On a aussi vu un électeur de François Piquemal qui compte s’abstenir parce qu’il dit qu’il ne votera ‘plus jamais PS’. » A Toulouse, comme dans d’autres villes de France, ce sont les électeurs qui, dans les urnes, valideront ou non les stratégies politiques de l’entre-deux-tours.
Source : www.franceinfo.fr

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