Les indices européens en rebond après le statu quo de la BCE
20 mars 2026
La hausse du prix du gaz ne sera « pas gigantesque » malgré la guerre au Moyen-Orient, mais…
20 mars 2026L’envolée du prix du pétrole avec les tensions au Moyen-Orient a provoqué une explosion du coût des carburants marins. À tel point que partir en mer n’est même plus rentable pour de nombreux pêcheurs français. Le prix du poisson sur les étals, et même sa disponibilité, sont menacés.
Les pêcheurs font partie de ceux qui subissent de plein fouet la guerre au Moyen-Orient. Et cela risque bien de se répercuter sur le consommateur prochainement. En effet, alors que le carburant représente une part énorme de leurs coûts, son augmentation met particulièrement en péril leur activité.
Pour se rendre compte, il faut avoir en tête la manière dont sont rémunérés les pêcheurs. Contrairement à la plupart des employés, ils n’ont pas un salaire fixe qui tombe chaque mois, mais ils sont rémunérés à la part de pêche.
Concrètement, à la fin d’une sortie en mer la pêche est vendue. Du chiffre d’affaires obtenu de cette vente, on déduit toutes les dépenses que sont le carburant, l’entretien du bateau, la glace… Et enfin on partage le reste entre l’armateur et l’équipage. En résumé un marin gagne bien si la pêche est bonne et les dépenses faibles. Ou alors peu, voire rien du tout, si les dépenses rattrapent les bénéfices tirés de la vente de la pêche.
Le diesel marin augmente de 40 centimes le litre
Et en ce moment c’est cette seconde option qui risque d’arriver pour beaucoup de pêcheurs. Le diesel marin a effectivement subi une hausse particulièrement importante. Bruno Margollé, vice-président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) remarque qu’avant le conflit, le litre coûtait autour de 60 centimes. Désormais, il tourne autour de 85 centimes et frôle même 1 euro dans certains ports.
« Sachant qu’un chalutier de taille moyenne consomme entre 2.000 et 2.500 litres par jour, ce surplus de carburant va se répercuter directement sur son chiffre d’affaires, et il ne sera plus rentable », regrette celui qui est lui-même pêcheur à Boulogne-sur-Mer.
Une hausse de 40 centimes du carburant pour un bateau consommant 2.500 litres, cela représente une augmentation de 1.000 euros de ses dépenses en carburant. Soit autant d’argent en moins sur la paye des membres de l’équipage. Autant dire que c’est colossal.
On pourrait alors se dire qu’ils n’ont qu’à répercuter cette hausse du carburant sur le prix de leur poisson. Sauf que ce n’est pas si simple: puisqu’il vend son poisson à la criée, un pêcheur ne peut pas fixer ses prix comme le ferait un simple commerçant. La criée est effectivement un marché professionnel où ce sont les acheteurs qui enchérissent sur les lots.
Des marins-pêcheurs contraints de rester à quai
En clair, les marins-pêcheurs sont dans une impasse. « À plus d’un euro le litre, les dépenses en carburant dépassent généralement la moitié du chiffre d’affaires. Avec les autres dépenses, cela devient impossible d’être rentable », affirme Bruno Margollé. Pour cette raison, dans certaines régions où le diesel marin a atteint ce seuil, les bateaux restent à quai.
De fait si les navires racourcissent leurs sorties en mer, voire ne sortent plus du tout, c’est la production qui baisse. Et cela a un impact direct sur ce que le consommateur va trouver sur les étals des marchés et poissonneries, ou dans les rayons des grandes surfaces.
Mais cet impact pour le consommateur est plus complexe qu’on le pense. La hausse du carburant pour les pêcheurs ne fait pas seulement monter les prix: elle change plus globalement la structure de l’offre. Pour comprendre, il faut faire une distinction entre les types de distributeurs.
Élisabeth Frantz est directrice générale du Groupement Chargeco, une coopérative maritime basée dans le port de pêche de La Rochelle (le port Chef de Baie). À RMC Conso, cette spécialiste du secteur rappelle un fait: la majorité du poisson que nous consommons en France n’est pas issu de la pêche artisanale française. En effet le gros du poisson que nous mangeons est issu de la pêche industrielle, ou de l’élevage (la pisciculture).
Un impact plus fort chez les petits commerçants que dans les supermarchés
Or, c’est bien le poisson artisanal qui est le plus affecté par la hausse du prix du carburant. « Les gros pêcheurs industriels ont plus de trésorerie, ont des contrats de carburant négociés à l’avance, des navires transportant plus de poisson par litre de carburant et donc plus rentables », souligne-t-elle.
En résumé, ils pourront mieux absorber cette crise dans l’immédiat. À l’inverse des petits pêcheurs, qui eux alimentent beaucoup moins les grandes surfaces que les poissonneries ou les marchés. Ce sont donc ces types de commerces qui vont devoir adapter leurs approvisionnements.
« Les poissoniers vont être obligés d’importer du poisson d’élevage. De ce fait, non seulement certaines variétés manqueront sur les étals. Mais en plus ce qu’on aura, on le paiera plus cher car importer de la marchandise de plus loin a un coût », synthétise Élisabeth Frantz.
En revanche d’après elle, les approvisionnements des supermarchés seront moins perturbés. « Le saumon d’élevage, ça le consommateur le trouvera encore, et les hausses de prix mettront plus de temps à se répercuter », affirme-t-elle.
Cette spécialiste de l’économie maritime relève également qu’un distributeur comme Intermarché dispose de sa propre flotte intégrée: la Scapêche, filiale du groupement Mousquetaires. Un acteur comme celui-ci échappera bien mieux à la crise, car il n’a pas besoin de vendre à la criée et pourra, lui, répercuter directement la hausse du carburant sur ses prix au moment où cela deviendra nécessaire.
Les carburants maritimes ne sont pas taxés
En résumé, l’augmentation du prix du carburant marin se traduira vite par des ruptures d’approvisionnement de certains poissons chez les petits commerçants, et une hausse des prix. Tandis qu’en supermarché, l’impact sera beaucoup plus lent.
Bien entendu, une telle situation n’est pas viable pour les quelque 10.000 pêcheurs que compte le pays. Leurs représentants ont été reçus le 13 mars au ministère de l’Économie. Mais ce rendez-vous n’a pas abouti à des mesures immédiates.
Il faut dire que la tâche n’est pas aussi simple. À la différence des carburants pour voitures, le diesel marin n’est pas taxé par l’État: il est exempté à la fois de la TVA et de la TICPE. Le gouvernement ne peut donc pas réduire sa fiscalité pour réduire son coût
Bruno Margollé évoque toutefois un autre levier que pourrait activer l’État pour réduire tant que faire se peut le prix du carburant maritime: « au Comité national des pêches maritimes, on demande à se que soit réactivé la TIRUERT ». Qu’est-ce donc? Derrière cet acronyme se cache la taxe incitative relative à l’utilisation de l’énergie renouvelable dans les transports.
Le vice-président du CNPMEM explique qu’en 2024, cette TIRUERT a été utilisée d’une manière quelque peu technique pour réduire indirectement le coût du carburant marin. Concrètement, un avantage fiscal était accordé aux pétroliers pour leur permettre de vendre moins cher ce diesel. Et aux pêcheurs d’obtenir une remise d’environ 13 centimes à la pompe.
Source : rmc.bfmtv.com

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