
« Elle n’a pas été privée de nourriture », maintient sa mère
20 mars 2026
mort d’un cinquième touriste étranger
20 mars 2026Francophonie: pourquoi les habitants d’une ville nigériane parlent un «français relâché» en plein pays yoruba
Ce 20 mars, c’est la journée de la francophonie. Le français est la quatrième langue la plus parlée au monde, selon l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), avec 396 millions de locuteurs. On parle même français au cœur du Nigeria, dans une ville en plein pays Yoruba.
Publié le :
3 min Temps de lecture
Avec notre correspondante à Lagos, Harmony Pondi Nyaga
Ejigbo est une localité au nord de la capitale économique Lagos, en plein pays Yoruba, et à plus de 350 km du voisin francophone, le Bénin. À priori, elle n’était pas destinée à devenir un bastion francophone.
Un mot en Yoruba suivi d’un autre en Baoulé, le tout ponctué de mots en français : c’est en effet le savant mélange qui donne « le petit français » qu’on peut entendre dans les rues de cette petite ville du sud-ouest du Nigeria dont la langue officielle est l’anglais.
Des connexions avec Abidjan
Depuis le début du XXe siècle, les habitants d’Ejigbo émigrent vers les pays francophones comme le Bénin ou le Togo, mais surtout en Côte d’Ivoire. De nombreux habitants possèdent la double nationalité et partagent leurs vies entre les deux pays. Trois fois par semaine des bus parcourent ainsi les 1 200 kilomètres qui relient Ejigbo et Abidjan.
À tel point qu’il est commun pour les commerçants ou les restaurateurs d’accepter les francs CFA pour payer une boule d’attiéké – de la semoule de manioc fermentée – un plat typiquement ivoirien qu’on retrouve fréquemment à Ejigbo.
« Un français argotique »
Akanbi Mudasiru Ilupeju, professeur de français, sociolinguiste, doyen de la faculté des arts de l’Université de Lagos, originaire de la ville d’Ejigbo, explique donc la particularité linguistique de la ville : « À Ejigbo, les gens n’ont pas déjà un type de français. C’est, disons, un français argotique ou bien un français relâché. » Il souligne : « Il y a le français standard, celui que tout le monde peut bien comprendre, qui est réservé aux élites, qui sont allés à l’école, les étudiants ou bien les ressortissants des pays francophones qui habitent à Ejigbo. Il y a aussi le français de rue : un mélange de langues nationales du pays que le locuteur a fréquenté. Surtout d’Abidjan où on mélange les langues locales comme le baoulé. »
Akanbi Mudasiru Ilupeju poursuit : « Vous allez voir cette version du français parlée à Ejigbo, surtout selon les locuteurs. Il y a aussi le français des illettrés, ceux qui n’ont plus jamais été à l’école mais qui ont fréquenté les pays francophones et qui sont revenus au pays. Vous allez y avoir des fautes de syntaxe, des structures bancales, mais compréhensibles malgré tout. Au lieu de dire « l’homme », ils peuvent dire « la homme » ou « le femme ». Quand vous allez au marché, vous allez trouver toutes ces catégories de parler français. »
Le Nigeria, pourtant entouré de pays francophones comme le Bénin, le Niger, le Cameroun ou le Tchad, n’a toutefois que peu de locuteurs du français, même si l’enseignement de la langue est théoriquement obligatoire jusqu’au collège. Mais les professeurs manquent cruellement.
Source : www.rfi.fr

9999999
