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20 mars 2026REPORTAGE. « C’est comme dans un divorce » : à Nice, Eric Ciotti et Christian Estrosi s’affrontent dans un entre-deux-tours délétère aux municipales 2026
Analyse : Notre rédaction met en lumière les points essentiels à retenir.
Notre rédaction analyse les faits saillants de « REPORTAGE. « C’est comme dans un divorce » : à Nice, Eric Ciotti et Christian Estrosi s’affrontent dans un entre-deux-tours délétère aux municipales 2026 ».
Les faits essentiels
Dans la cinquième ville de France, le maire sortant tente de combler son retard face à son ancien ami, désormais allié du Rassemblement national, dans un climat plombé par les attaques personnelles et une affaire rocambolesque.
Pour Christian Estrosi, l’entre-deux-tours des élections municipales prend des airs de chemin de croix. Ce mercredi 18 mars après-midi, le maire sortant quadrille le quartier Notre-Dame, à deux pas de la gare de Nice. Au pas de course, il enchaîne en souriant les poignées de main et les selfies, de la boucherie au kebab, en passant par l’épicerie. Mais dans ce pâté d’immeubles où les points de deal ont laissé place aux terrasses, la carte postale n’est pas parfaite. « Quelle hypocrisie, il ne met jamais les pieds ici », lâche une cycliste, en passant dans le champ de la caméra braquée sur le maire, qui s’agace des questions des journalistes sur sa soudaine activité sur le terrain.
Impassible, Christian Estrosi poursuit son interview à France 2 et assure qu’il croit à la remontada : « Les 15 000 voix [qui l’ont séparé d’Eric Ciotti au premier tour], on peut les trouver. J’ai remonté 300 000 voix face à Marion Maréchal [candidate du Front national aux régionales en 2015], on peut le faire ! » Le vice-président du parti Horizons espère encore renverser la dynamique. Le 15 mars, le député d’extrême droite des Alpes-Maritimes a recueilli 43,43% des voix, plus de 12 points devant le maire sortant (30,92%). La candidate de la gauche unie à l’exception de La France insoumise (11,93%), Juliette Chesnel-Le Roux, a choisi de se maintenir, contrecarrant les plans de Christian Estrosi, qui a axé sa campagne sur le « barrage à l’extrême droite ».
Il est tard, dimanche 15 mars, quand Christian Estrosi prend la parole après l’annonce des résultats. « Ce soir, toute la France nous regarde, tout le monde sait que la bataille de dimanche n’est pas que la bataille de Nice, c’est aussi la bataille de France et ensemble nous la remporterons ! », lance-t-il depuis son QG, un peu ému. Dans ses rangs, on accuse le coup. « Les sondages ne nous donnaient pas gagnants, mais on pouvait faire jeu égal avec Ciotti, souffle une proche. Mais c’était avant l’affaire de la tête de cochon. Ça a fait basculer la campagne dans l’ignominie et une partie des Niçois s’est peut-être dit : ‘Stop, ras-le-bol’. »
C’est l’énième rebondissement d’une campagne déjà tendue : le 27 février au soir, une tête de porc est retrouvée accrochée au portail de son domicile par le couple Estrosi. Elle est assortie d’une affiche du maire ornée d’une étoile de David et de l’insulte « connard ». Un acte « ignoble », dénonce Eric Ciotti. Mais l’enquête révèle que les suspects ont été en contact avec des proches du maire. « Je suis victime d’une barbouzerie inédite », dénonce Christian Estrosi dans un communiqué, évoquant une tentative d’infiltration de son équipe de campagne. Il pointe ensuite sur BFMTV « l’ultradroite de Monsieur Pierre-Edouard Stérin », le milliardaire proche de l’extrême droite, qui l’a en retour menacé d’une plainte en diffamation.
L’enquête est encore loin d’être finie, mais l’épisode a achevé de transformer la campagne pour la mairie niçoise en remake d’un mauvais western, ponctué de boules puantes, débauchages, tweets assassins et vidéos volées, depuis plusieurs mois déjà. Après une amitié scellée par vingt ans de carrière politique démarrée à l’UMP, les deux hommes se sont mués en pires ennemis : Christian Estrosi, 70 ans, a quitté Les Républicains en 2021 pour rejoindre le parti d’Edouard Philippe, tandis qu’Eric Ciotti, de dix ans son cadet, a fait imploser le parti qu’il présidait en ralliant Marine Le Pen à l’été 2024. Une rupture amicale qui symbolise aussi le dilemme de la droite, prise en étau entre le macronisme et le Rassemblement national. Et qui a donné le ton d’une campagne sans merci. « C’est comme dans un divorce. Quand on a été si proches, les choses peuvent ensuite être violentes : il y a de la rancœur, de la vengeance… Mais je ne pensais pas qu’on en arriverait là », regrette la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, mariée jusqu’en 2014 au maire sortant.
Dans son QG, les militants s’affairent pour téléphoner aux abstentionnistes et distribuer les milliers de tracts imprimés pour le second tour. « Aujourd’hui, Nice est en danger ! » peut-on y lire, en majuscules. « Eric Ciotti est proche du premier sponsor anti-IVG et anti-LGBTQIA+ ! » Comme sur l’affiche du second tour, le portrait du maire s’est effacé pour laisser place à un immense « NON à l’extrême droite ».
Christian Estrosi aussi s’active : à pied ou à vélo, il arpente la ville. Cette agitation suscite toutefois les railleries. « On ne rattrape pas six ans d’oubli des Niçois en quelques jours », balaie une source des Républicains locale. « Il n’était pas là, on ne le voyait pas ces derniers mois », tacle Bernard Chaix, député UDR des Alpes-Maritimes. « En deux jours, il se construit l’image du grand leader antifasciste de Nice, mais c’est grotesque : Christian Estrosi est un imposteur », dénonce le communiste Julien Picot, deuxième sur la liste de gauche.
Dans les rues, le duel provoque sourires ou haussements de sourcils blasés. « Ça fait partie du folklore méditerranéen », rigole un jeune retraité, électeur d’Eric Ciotti. « Ils mangeaient dans la même assiette. C’est dommage, ils auraient pu faire une belle équipe », soupire Roberto, qui tient un snack près du QG des « Amis du maire », où les mines sont tendues ce mercredi matin.
Car il y a à peine une heure, Christian Estrosi a subi un nouveau coup dur : Bruno Retailleau n’appelle pas à voter pour lui. « Je ne donne pas de consignes dans les conditions de cette campagne absolument délétère dans laquelle je ne me retrouve pas, ni d’un côté, ni de l’autre », lâche le président des Républicains sur BFMTV. A 700 km au sud-est du plateau parisien de la chaîne, Dominique Estrosi Sassone tombe de sa chaise. « J’étais devant mon écran, surprise et stupéfaite », lâche la sénatrice des Alpes-Maritimes.
Les textos fusent entre Paris et Nice et la campagne niçoise agit à nouveau comme un révélateur des fractures de la droite. Obligé de réagir, Bruno Retailleau tente de justifier ses propos. « J’ai redit que je ne soutenais pas Eric Ciotti et que je désapprouvais son rapprochement avec le Rassemblement national », écrit-il sur X. Trop tard : Eric Ciotti le « remercie d’avoir condamné la campagne délétère de Christian Estrosi et de retirer son soutien au candidat macroniste », et les tenants de l' »union des droites » se délectent.
Le « ni-ni » niçois de Bruno Retailleau donne le sourire à l’équipe du candidat UDR, qui tracte malgré la pluie. « En choisissant de ne pas choisir, il nous choisit », se réjouit Christophe Bremard, colistier d’Eric Ciotti. Sur le terrain, Christian Estrosi accuse le coup et brandit le risque de victoire de l’extrême droite. « Il y a des gens qui ont peur de se réveiller avec gueule de bois », assure l’ancien pilote moto. « Le front républicain, c’est la dernière carte qu’il peut jouer, ça peut marcher au plan national, mais localement ça ne changera rien », soupire une sénatrice LR.
Certains habitants, y compris d’anciens électeurs estrosistes, regrettent pourtant un essoufflement après trois mandats, sans compter les affaires judiciaires qui l’ont fragilisé.
« J’ai toujours voté Estrosi, mais je lui en veux un peu à Christian, les services de la mairie se sont endormis en trois mandatures. »
Sylvain, restaurateurà franceinfo
Pour rallier plus de voix, le maire sortant promet aux habitants d’être un rempart face à l’extrême droite et multiplie les initiatives, notamment auprès du culte musulman. Avant le premier tour, il avait déjà regretté d’avoir accroché le drapeau israélien au fronton de la mairie. Mais au coin de la rue, Mohammed, employé, ne croit pas qu’il puisse être un barrage aux discriminations. « On se sent stigmatisés par tout le monde, y compris par Estrosi », assure-t-il après avoir voté Eric Ciotti, un vote « sanction » face au « manque d’écoute ».
C’est toute la difficulté de cet entre-deux-tours pour le maire sortant, trop à droite pour les uns, trop à gauche pour les partisans d’Eric Ciotti, qui l’attaquent sur la sécurité, la propreté, les soucis de stationnement en centre-ville… « Il peut perdre des voix au second tour », estime Bernard Chaix, en tractant sur l’avenue Jean-Médecin en plein centre.
« C’est une caricature de la politique : à force de vouloir plaire à tout le monde, on ne plaît à plus personne. »
Bernard Chaix, colistier d’Eric Ciottià franceinfo
Jeudi 19 mars, dans la matinée, un frisson parcourt les QG des deux rivaux : Juliette Chesnel-Le Roux convoque la presse à 11h30 dans son local de campagne. Va-t-elle annoncer son désistement ? L’espoir retombe vite chez les estrosistes : l’ingénieure aux boucles d’oreilles vertes charge un peu plus le maire sortant. « L’hypocrisie de Christian Estrosi m’est insupportable, assène-t-elle. Qui peut penser que Christian Estrosi défendra les LGBTQIA+ quand un de ses adjoints refuse de célébrer les mariages de personne de même sexe ? Qui peut croire qu’il défendra tous les cultes ? Qui peut croire qu’il défendra les droits des femmes ? » Elle l’accuse en outre d’avoir tenté de « l’acheter », en envoyant son colistier Graig Monetti dire sur BFMTV qu’ils auraient pu travailler avec elle à l’opéra de Nice ou à la Caisse centrale d’activités sociales.
Accusée par le maire de « favoriser l’extrême droite » en se maintenant, elle renvoie les deux hommes dos à dos et veut garantir l’existence d’un contre-pouvoir au futur conseil municipal.
« On sait très bien qu’Estrosi ne restera pas sur les bancs de l’opposition après sa défaite, il partira et ses colistiers seront tentés de rejoindre la majorité de Ciotti. »
Juliette Chesnel-Le Roux, candidate de la gauche à Niceà franceinfo
L’un d’eux, Gaël Nofri, est d’ailleurs un ancien conseiller de Marine Le Pen. « Ne faites pas l’erreur que j’ai faite », lance-t-il dans une vidéo publiée jeudi pour appeler à voter Christian Estrosi.
Pendant ce temps, Eric Ciotti et ses colistiers dégustent l’apéro au soleil avec des pêcheurs sur le port. « Y a ceux qui trinquent et y a ceux qui dégustent », rit-il dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux, quelques heures avant son dernier meeting, jeudi soir, autour d’un « apéro de campagne » dès 18 heures, en même temps que la « mobilisation générale contre l’extrême droite » organisée sur la place du théâtre par le maire sortant. Le clou final d’une campagne qui s’achève avec le dépôt de deux plaintes par le clan ciottiste, dont une pour diffamation contre Christian Estrosi, selon Nice-Matin.
Eric Ciotti a lui aussi a labouré le terrain dans cette dernière ligne droite, loin des caméras, tandis que ses équipes tractaient sans relâche. Et si quelques passants refusent d’attraper un tract à son effigie (« Ah non pas lui ! »), pour beaucoup de Niçois, le député UDR n’est pas associé à l’extrême droite. « J’ai voté pour lui, mais je ne suis pas extrémiste. En revanche, je suis de droite et Estrosi a demandé des voix à la gauche », tranche une retraitée derrière ses lunettes de soleil. Sa notoriété locale prime sur son étiquette nationale, qu’il a d’ailleurs pris soin de ne pas mettre en avant dans cette campagne : sa liste est officiellement sans étiquette et réunit des colistiers adhérents de l’UDR, de l’UDI, mais aussi l’écologiste Jean-Marc Governatori.
Quant à Marine Le Pen et Jordan Bardella, ils sont venus soutenir leur allié, mais depuis Toulon, Menton ou Marseille, sans s’aventurer à Nice. Le RN lorgne pourtant depuis des mois sur la cinquième ville de France, où la campagne d’Eric Ciotti suscite de grands espoirs de conquête. « L’UDR arrive à capter un électorat qu’on n’a pas forcément », analyse un cadre du parti lepéniste. « Nice, c’est un référendum local sur cette question nationale : est-ce que Ciotti a eu raison de nous rejoindre ? » Au-delà de cette question, le verdict des urnes ne manquera pas d’alimenter le débat sur la possibilité d’une « union des droites », à un an de la présidentielle de 2027.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : La rédaction gardera un œil attentif sur cette information.

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