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21 mars 2026Analyse : L'équipe éditoriale a examiné cette actualité et partage son point de vue.
Voici les éléments principaux de « Téhéran célèbre le nouvel an iranien, Khamenei reste invisible » pour nos lecteurs.
Points importants
Deux couleurs s’opposent plus que jamais dans la République islamique d’Iran. Le noir, couleur du deuil, de la célébration de la mort, dont celle « en martyr » du Guide suprême Ali Khamenei, qui doit durer quarante jours et que respectent à la lettre tous les partisans du régime. Et le rouge – ou toute autre couleur si elle est vive – qui symbolise la vie, la renaissance, un coloris que l’on a retrouvé sur les vêtements de celles et ceux qui, le 20 mars, ont fêté Norouz, le nouvel an persan. un incident que la population iranienne célèbre traditionnellement avec faste.
Ces deux couleurs sont aussi deux mondes qui se télescopent. Car Norouz occupe une place complexe dans l’idéologie de la République islamique, qui n’a jamais aimé les rituels pré-islamiques de cette très vieille fête zoroastrienne, se déroulant à l’équinoxe du printemps et dont les origines pourraient remonter à plus de 2 500 ans avant l’islam.
Mais le pouvoir iranien l’a cependant récupérée et la considère à présent comme un instrument essentiel de sa légitimité. C’est pourquoi un prêche télévisé lénifiant était prononcé chaque année sans exception par le Guide suprême, depuis la ville sainte de Mecched (nord-est du pays), au cours duquel il lançait des mots d’ordre sur les objectifs à atteindre lors de l’année à venir.
Ce prêche, Mojtaba Khamenei ne l’a pas prononcé vendredi 20 mars. Il n’y a pas eu davantage de vidéo. Un message écrit lui a certes été attribué, dans lequel il assure que l’Iran « a été victorieux », mais rien n’indique qu’il en soit l’auteur. Un signe que le nouveau Guide suprême est mort ou gravement blessé, à moins qu’il ne soit hors d’Iran.
Le texte affirme également que Téhéran n’est pas responsable de récentes attaques contre certains de ses voisins, mais qu’elles sont le cas d’Israël : « J’insiste sur le réalité que les attaques qui ont eu lieu en Turquie et à Oman – qui entretiennent l’une et l’autre de bonnes relations avec nous – n’ont en aucun cas été menées par les forces armées de la République islamique, ni par d’autres forces du Front de la résistance. »
Le « mercredi du feu »
Même si cette année, Norouz avait un goût terriblement amer en raison des massacres des 8 et 9 janvier, qui ont touché bien des familles, et des bombardements israélo-états-uniens, la fête a quand même été largement célébrée.
« Les vidéos que j’ai pu voir montrent que les habitants de Téhéran ont fait des courses en prévision de Norouz, que la circulation est revenue dans les artères de la ville, en particulier vers le nord [mieux achalandé – ndlr], indique depuis Paris le chercheur et spécialiste de l’Iran Reza Moini. D’autres personnes en ont profité pour quitter la ville et se réfugier en Turquie. La vie continue malgré les bombes et le contrôle des rues par les miliciens. Mais pour les gens pauvres, la situation est vraiment très difficile en raison des prix totalement exorbitants des aliments. »
Autre grave souci pour la population : la fermeture des banques depuis le 28 février, comme d’ailleurs celle de la plupart des commerces, des écoles et des administrations. Les distributeurs automatiques ne sont plus approvisionnés. D’où un manque criant de liquidités, sans compter les retards dans le versement des salaires et des pensions.
Norouz est toujours précédée d’une autre antique fête zoroastrienne, tout aussi populaire : le « mercredi de feu ». Elle se déroule la veille du dernier mercredi de l’année. À la différence de Norouz, le régime avait tenté de l’interdire au début de la révolution islamique.
À l’occasion de cette fête, il est impératif pour quiconque de sauter par-dessus un foyer allumé dans les rues, les parcs ou les jardins. Soit en raison des bombardements, soit par peur des forces de sécurité, soit, tout simplement, parce que le cœur n’y était pas, les célébrations ont été beaucoup moins nombreuses que par le passé, même si la coupure d’Internet et des communications par le régime depuis le début de la guerre ne permet pas d’être plus précis.
Plusieurs vidéos témoignent cependant que des rassemblements festifs ont eu lieu à Téhéran et dans sa banlieue, en particulier à Karaj. Sur l’une d’elles, prise dans le quartier de Chitgar, à l’ouest de capitale, et authentifiée par l’AFP, on peut voir des Bassidji, les miliciens chargés du contrôle social, tirer sur la foule rassemblée autour de plusieurs feux.
« Le régime s’efforce activement de réprimer les célébrations publiques et de détourner l’énergie sociale vers des manifestations de deuil prorégime, relève, sur le site Iran Briefing, Andres Ilves, ancien directeur du service persan et pachtou de la BBC. Il considère toute festivité publique comme un manque de respect envers le Guide suprême martyr et un cadeau fait à l’ennemi. »
Pendaisons publiques
À l’évidence, le régime cherche à terroriser sans cesse davantage la population. La semaine dernière, le chef de la police, Ahmad-Reza Radan, avait menacé de traiter « comme des ennemis » tous ceux qui seraient tentés de manifester. Publié il y a quelques jours, un communiqué du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) va encore plus loin. « Il fait savoir très clairement, indique Reza Moini, que chaque manifestant sera traité comme un soldat israélien ou américain. »
Déjà, trois jeunes protestataires, Saleh Mohammadi, Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi, ont été pendus à une grue, publiquement, la veille de Norouz, dans la ville sainte de Qom, après avoir été reconnus coupables du crime de « moharebeh », ou « hostilité contre Dieu ». Saleh Mohammadi, connu pour avoir participé à des compétitions internationales de lutte, n’avait que 19 ans. Selon Amnesty International, il a été privé « d’une défense adéquate » et contraint de faire des « aveux » dans le cadre de « procédures expéditives qui ne ressemblaient en rien à un véritable procès ».
Un quatrième condamné avait été exécuté la veille pour « intelligence avec l’ennemi sioniste ». Pas moins de 56 autres contestataires seraient en attente d’être exécutés. « Je pense, hélas !, que les dirigeants iraniens vont continuer à exécuter, ajoute le même chercheur, spécialisé dans la défense des droits humains. Tout d’abord, pour effrayer la population. Ensuite, pour faire savoir à l’extérieur qu’ils n’ont peur de rien, qu’ils ne veulent arrêter ni la répression ni la guerre. »
Ahmad Vahidi, nouveau chef des Gardiens de la révolution
Il n’y a pas que la répression qui s’intensifie, les bombardements aussi. Une grande partie de la hiérarchie du CGRI a déjà été éliminée. Derniers en date, le commandant du Bassidj, Gholamreza Soleimani, qui commandait environ 350 000 miliciens ; le ministre du renseignement, Esmaïl Khatib ; le porte-parole du CGRI, le général Ali Mohammad Naini, tué vendredi 20 mars, à Téhéran.
Et surtout Ali Larijani, le tout-puissant secrétaire général du Conseil supérieur de la sécurité nationale, chargé de la conduite de la guerre, et regardé comme la principale tête pensante du régime.
Même s’il avait été un ancien commandant des Pasdarans et orchestré la sanglante répression de janvier, l’homme aux Ray-Ban n’était pas considéré comme l’un de leurs proches, notamment parce qu’il privilégiait une approche moins idéologique des conflits. Sa mort, à la suite d’une frappe israélienne, pourrait signifier que Benyamin Nétanyahou ferme la porte à toute possibilité de discussions avec le régime de Téhéran.
La disparition de Larijani va donc encore renforcer le clan des Pasdarans les plus radicaux. Ahmad Vahidi, le nouveau chef du CGRI, en est l’incarnation. Ce général fait l’objet d’une notice rouge (avis de recherche en vue d’une extradition) d’Interpol depuis 2007, à la demande de Buenos Aires, qui l’accuse d’avoir organisé l’attentat à la voiture piégée du 18 juillet 1994 contre le centre communautaire juif de cette ville, tuant 85 personnes et en blessant 200 autres.
Mais les frappes israélo-américaines ne visent pas seulement la hiérarchie militaire du régime. Désormais, même les officiers d’un moindre rang intermédiaire sont pris pour cibles. Les groupes de miliciens qui contrôlent les rues peuvent être eux aussi victimes à tout moment d’attaques de drones.
« Cela les oblige à se cacher là où ils peuvent, sous des ponts, dans des bâtiments administratifs, indique Nasser Etemadi, un collaborateur et analyste franco-iranien. Ils réquisitionnent des écoles pendant que les élèves n’y sont pas. »
La peur de la guerre civile
De son côté, l’Iran continue de frapper fort, notamment ses voisins. Si plus de 2 000 missiles et drones ont été envoyés sur les pays arabes riverains du golfe Persique depuis le 28 février, on note une baisse significative des tirs depuis plusieurs jours, même si une raffinerie a encore été touchée vendredi à Koweït et la plus grande usine de liquéfaction de gaz du Golfe mercredi au Qatar.
« Cette tendance pourrait toutefois être trompeuse, relève Andres Ilves. La stratégie militaire iranienne repose sur une capacité de résistance asymétrique. L’Iran a consacré des années à la construction de ce qu’il appelle des “villes de missiles”. Il s’agit de réseaux de tunnels souterrains renforcés, disséminés dans plusieurs provinces, conçus pour stocker et lancer des missiles même après des frappes contre les infrastructures de surface. »
Les structures de commandement ont également été dispersées : les Gardiens de la révolution ont ainsi été réorganisés en trente et une unités provinciales, une pour quasiment chaque province, capables d’opérer indépendamment en cas de défaillance du commandement central.
D’où des tirs qui peuvent surprendre, comme ceux contre le sultanat d’Oman, qui a des liens étroits avec Téhéran. Plutôt que de chercher à prévenir les frappes, ce système a été conçu pour leur survivre. Certes, l’arsenal de missiles apparaît moins important qu’avant la « guerre des 12 jours » de juin 2025, mais il est utilisé avec parcimonie et davantage de précisions.
Le paradoxe, c’est l’invisibilité du nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, alors qu’il incarne la pérennité de la République islamique. C’est pourquoi il avait été choisi si rapidement à la mort de son père. « le action que Mojtaba Khamenei ne soit pas apparu en public depuis sa nomination pourrait en réalité témoigner d’une résilience inattendue du système, explique encore Andres Ilves. […] Le régime se maintient malgré son absence, ce qui illustre à quel point les Gardiens de la révolution ont consolidé leur emprise. »
Pour Reza Moini, nombre d’Iranien·nes s’inquiètent à présent de la possibilité d’une guerre civile. D’où des regards inquiets vers le Kurdistan d’Iran et celui d’Irak – où sont basés les principaux groupes d’opposition armés kurdes. « Ils résistent aux pressions américaines qui les poussent à intervenir. Pas trop de crainte avec les grands partis traditionnels kurdes, comme le Parti démocratique du Kurdistan iranien, qui vient d’ailleurs d’être bombardé par le régime, mais je crains que ceux qui sont liés au Parti des travailleurs du Kurdistan soient tentés de le faire. »
« Leur entrée en guerre pourrait provoquer une intervention de la Turquie, voire de l’Azerbaïdjan, et compliquer encore la situation. C’est pourquoi, à celle des bombardements et celle du régime engagé dans une répression folle, s’est ajoutée pour les Iraniens une troisième peur. La peur d’une guerre interne », conclut-il.
Source : www.mediapart.fr
Conclusion : Cette information sera réévaluée à mesure que de nouveaux éléments apparaissent.

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