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Notre équipe analyse l'article « «États de corps» d’Atiq Rahimi, les corps dessinés de l’écrivain afghan » pour en tirer les points essentiels.
Faits marquants
« Je suis écrivain, cinéaste et quand je ne sais ni écrire ni filmer, je dessine. » Atiq Rahimi est devenu célèbre avec son roman « Syngué sabour. Pierre de patience », lauréat du prix Goncourt en 2008, et du film du même nom, mais il pratique aussi le dessin. À l’occasion de son exposition « États de corps », l’artiste afghan parle pour la première fois de son rapport avec la peinture, et aussi de son nouveau livre, « Kabuliwalla, c’est moi ». Entretien.
RFI : Vous êtes écrivain, cinéaste, en revanche, ce n’est pas votre première exposition de dessin. Qu’est-ce qui vous a poussé à dessiner ?
Atiq Rahimi : Eh bien, justement, l’écriture… C’est la première fois que je parle de mon rapport avec la peinture. J’ai commencé le dessin quand j’étais tout jeune, dès que je suis entré à l’école. Ma mère était professeure dans une école de filles. Elle enseignait les beaux-arts. J’en étais imprégné. Et puis, quand j’étais en première année à l’école, un de mes dessins a fait la couverture d’un magazine pour la jeunesse. Donc c’était une passion dès le début. Ensuite, à l’âge de onze ans, j’ai quitté le dessin pour la littérature. J’ai écrit mon premier poème à ce moment-là. Le cinéma est venu évidemment plus tard, quand j’ai quitté l’Afghanistan et que je suis venu en France.
États de corps, de quel corps parlez-vous dans votre exposition ?
Le corps… Tout le monde me pose la question, parce que dans l’écriture et dans les films, les corps que je décris et expose sont des corps blessés, blâmés, torturés, meurtriers. Je ne sais pas comment, mais la peinture me pousse vers d’autres corps, des corps sublimés. Pourquoi ça ? Parce que c’est la guerre… Comme disait André Malraux : « La guerre, c’est faire l’impossible pour que des morceaux de fer entrent dans la chair vivante ».
Et la peinture me permet d’extraire ce fer de cette chair. Pour moi, c’est ça. Je sublime le corps, et, en particulier, le corps féminin. Pourquoi ? Parce que c’est le seul corps qu’on connaît mieux que notre propre corps. C’est non seulement [vrai] pour les hommes, mais aussi pour les femmes, parce que nous sommes nés dans ce corps, on fait partie de ce corps de femme, de mère, nous avons vécu neuf mois dedans et grâce à ça, on grandit. Donc, c’est la sublimation de ce corps-là. C’est pourquoi ces deux séries s’appellent respectivement Comment je suis né et Comment je suis née, avec un « e » à la fin. Donc féminin-masculin : d’un côté « anima » [l’âme], de l’autre côté « animus » [l’esprit].
C’est-à-dire, avec l’écriture et le cinéma, vous ne traversez pas les mêmes univers qu’avec le dessin.
Ah non. Même si je voulais – et c’est ce que j’ai souvent essayé –, chaque art révèle une autre dimension du corps, d’un situation marquant, d’un personnage, d’une histoire. Ce que révèle le cinéma, la littérature ne peut pas, et inversement. Ce que la littérature sait faire avec le corps, avec les événements, le cinéma ne sait pas faire. Et de la même manière, la peinture… Chaque fois que je me lance, soit au cinéma, soit en littérature, soit en peinture, et même en photographie – parce que je fais aussi beaucoup de photos –, je me pose cette question : quelle dimension serait révélée dans cet art-là ? C’est ça qui m’excite. C’est ça qui me pousse à créer, à passer d’un art à l’autre.
Pourriez-vous nous expliquer la « callimorphie », une des spécificités de vos dessins ?
« Callimorphie », justement c’est ça : je prends un état du corps et je trouve le mot dans ma langue maternelle, le persan, qui désigne cet état du corps. Ensuite, je transforme ce mot en dessin. Par exemple, ici, c’est le mot en persan qui veut dire « endormie ». C’est souvent ça qui me pousse dans les callimorphies, donc les mots qui m’ont inspiré ou que vous voyez ici, mais sous forme de dessin. Callimorphie, c’est d’une certaine manière la sublimation des corps par le roseau avec lequel je dessine, ou par le fusain, et sur des papiers [tibétains] très particuliers. La callimorphie, c’est une rencontre entre l’encre et les mots, entre le dessin et la littérature.

Vous êtes né à Kaboul, en Afghanistan, en 1964, exilé en France depuis 1984. Dans vos livres, vous avez souvent parlé de votre pays de naissance, l’Afghanistan. Dans votre nouveau roman, Kabuliwalla, c’est moi, vous racontez le destin d’un réfugié afghan en Inde. Une histoire inspirée par une nouvelle du prix Nobel indien Rabindranath Tagore. Avec votre nouveau livre, vous vous éloignez de l’Afghanistan pour trouver d’autres cieux ?
Non, ce serait au contraire pour me rapprocher de l’Afghanistan [rires] ! Malheureusement, je ne peux pas retourner dans mon pays pour m’en inspirer encore afin d’écrire, expérimenter, vivre des choses. Donc évidemment, même si je parle du génocide rwandais, je parle aussi de l’Afghanistan d’une certaine manière. Je parle de la guerre interne, de la guerre civile, de cette guerre fratricide, que ce soit en Afrique, en Afghanistan, ou dans le monde entier. Les autres me servent de miroir, comme dans le livre Kabuliwalla, c’est moi. Déjà le titre ! Le personnage est un Afghan en Inde. D’une certaine manière, c’est moi-même. J’étais en Inde et, bien sûr, je voulais faire des films, etc. Donc, où que j’aille, je ne peux pas me débarrasser de l’Afghanistan. Et d’ailleurs, dans le livre, je dis ça : même si je suis fatigué, même si je suis épuisé, même si je suis dingue de l’Afghanistan, de parler tout le temps de malheur, etc. Mais au fond, je parle de moi, de mes racines, de mon identité perdue, de mon exil. Mais en même temps, c’est une ouverture et j’arrive quand même à tirer le regard des gens vers l’Afghanistan.
États de corps, exposition d’Atiq Rahimi à la galerie parisienne Virginie Lesage, du 12 au 28 mars. Le livre Kabuliwalla vient d’être publié par les éditions P.O.L.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Cette situation sera suivie de près par notre rédaction.

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