
un couvre-feu instauré après une nuit de violences
25 mars 2026
au moins neuf morts dans des raids israéliens dans le sud du Liban
25 mars 2026Analyse : Voici un aperçu des faits selon nos journalistes.
Notre équipe propose une synthèse des informations de « Bande de Gaza: la tragédie se poursuit, éclipsée par la guerre contre l’Iran ».
Éléments essentiels
Près d’un mois après le début de la guerre lancée par Tel-Aviv et Washington contre l’Iran, la catastrophe dans la bande de Gaza, éloignée des projecteurs médiatiques, continue.
Samedi 21 mars à Tel-Aviv, des centaines de personnes se rassemblent sur la célèbre place Habima contre la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Mais sur certaines pancartes brandies par des manifestants aux mains peintes en rouge, des slogans rappellent qu’un autre drame se poursuit en Palestine : « Look, look, look, the genocide in Gaza continues ».
Si la nouvelle guerre lancée le 28 février contre l’Iran et le Hezbollah fait la Une des médias, celle qui frappe Gaza depuis deux ans et demi se poursuit silencieusement. « Gaza est frappé de manière régulière et continue depuis le 8 octobre 2023, avec une intensité qui varie en fonction de la séquence. Pour la population de Gaza, il n’y a pas de cessez-le-feu, simplement une variation dans l’intensité des bombardements », analyse Thomas Vescovi, doctorant en études politiques à l’EHESS et à l’université libre de Bruxelles, cofondateur et membre du comité de rédaction de Yaani.fr.
Un cessez-le-feu trompeur
Depuis le 10 octobre 2025, l’armée israélienne a violé le cessez-le-feu des centaines de fois : bombardements, incursions terrestres, etc., et au moins 677 Palestiniens ont été tués. De fait, l’armée israélienne est toujours présente dans une large partie du territoire palestinien. « Mi-mars, on avait déjà autant de victimes, des blessés ou des morts, qu’en 2025. Cela dit un petit peu la violence de la situation », alerte Jean-François Corty, président de Médecins du Monde.
Chaque jour continue ainsi d’apporter aux habitants de l’enclave son lot de désolations. Le 22 mars dernier encore, une frappe israélienne par drone a tué au moins trois personnes et en a blessé huit autres dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza. Un peu plus tôt le même jour, des sources médicales palestiniennes ont indiqué qu’une personne avait été tuée et que plusieurs autres avaient été blessées lors d’une frappe près du pont Cheikh Radwan, dans la ville de Gaza. Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a alors déclaré sur X que la victime « préparait des plans visant à commettre des attentats terroristes sur le territoire d’Israël ».
Si les frappes ne cessent donc pas, il en va de même à propos de la catastrophe humanitaire, et l’épée de Damoclès qui plane sur de nombreuses ONG risquant d’être interdites sur le territoire fait craindre le pire pour la population. Une trentaine d’entre elles, dont MSF et Oxfam, n’ont pas obtenu leur permis pour travailler dans l’enclave palestinienne. Dix-neuf autres avaient déposé en début d’année un recours auprès de la Cour suprême israélienne. Ce 24 mars, les juges se sont rangés du côté du gouvernement israélien et proposé aux ONG de retirer leur recours en échange d’un mois de plus pour effectuer les nouvelles procédures d’enregistrement. Pour les ONG, l’exigence israélienne expose le personnel à des représailles et contrevient au droit international comme au principe de neutralité.
À lire aussiGaza: les ONG d’aides humanitaires étranglées par les exigences israéliennes
Plus de deux millions de Palestiniens dans le besoin
Fin février 2026, plus de deux millions de Palestiniens de la bande de Gaza avaient besoin d’aide humanitaire. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux vivent encore sous des bâches en plastique ou des tentes, un cauchemar exacerbé par les pluies, les orages, mais aussi les tempêtes de sable comme ce fut le cas ces dernières semaines. « La situation humanitaire reste terrifiante. Je ne crois pas qu’elle puisse être pire ou moins pire, selon le baromètre de la militarisation de la conflictualité sur l’Iran. Aujourd’hui, on est encore sur les critères qui relèvent possiblement d’un génocide en cours », se désole le président de Médecins du Monde.
Dès le premier jour de l’attaque israélo-américaine sur l’Iran, Tel-Aviv a totalement bouclé la bande de Gaza. Seul le poste de Kerem Shalom a été partiellement rouvert pour le passage de certaines marchandises. Quant au point de passage de Rafah, il a rouvert le 19 mars dernier.
Mais cette unique porte de sortie vers l’extérieur – sans passer par Israël – pour les Palestiniens de l’enclave s’est rouverte dans les deux sens mais uniquement pour permettre à un nombre limité de personnes de sortir à des fins d’évacuation médicale, ainsi que le retour d’un nombre équivalent de personnes à Gaza. Quelque 18 500 malades dans la bande de Gaza attendent toujours d’être évacués, dont 4 000 enfants. Dans le territoire dévasté par plus de deux années de bombardements, environ 40% seulement des établissements de santé sont opérationnels, et la plupart d’entre eux ne fonctionnent que partiellement.
Toujours des restrictions et des obstacles
Cette ouverture limitée ne permet donc pas aux organisations humanitaires de franchir tous les obstacles permettant de venir correctement en aide aux populations. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) pointe ainsi du doigt « les restrictions sévères » imposées aux articles considérés par les autorités israéliennes comme étant à double usage : des produits tels que le bois, les outils de réparation des abris, le ciment, les équipements lourds destinés à déblayer les décombres, de nombreuses fournitures médicales etc.
« On est toujours dans un contexte de pression, d’insécurité alimentaire pour un million et demi de personnes, témoigne le président de Médecins du Monde. Même s’il y a plus de nourriture qui rentre et que les prix ont baissé, selon les jours, les semaines, le manque de cash entre autres, font que l’accès à la nourriture reste difficile. L’estimation possible du nombre de 100 000 enfants malnutris en avril reste réel. Le nombre de passage de camions, notamment, demeure largement insuffisant. On était à 200 camions par jour au début de l’année 2026. »
Alors que le plan Trump stipulait, après le retour de tous les otages, que l’aide humanitaire rentrerait sans entraves dans la bande de Gaza, l’ONU alertait déjà fin janvier : « L’accord de cessez-le-feu, qui a franchi la barre des 100 jours, doit être maintenu afin que davantage de vies civiles puissent être sauvées (…) Comme nous vous l’avons indiqué, l’intensification de l’action humanitaire continue d’être freinée par des restrictions et des obstacles, les intempéries récentes ayant également retardé certains progrès. » Pour justifier les fermetures des points de passage et donc la réduction de l’entrée de l’aide, qui entraîne une flambée des prix, Israël avance des raisons sécuritaires. « Il y a le Hamas, explique Jean-François Corty, mais ce n’est pas la seule source de dangerosité pour les civils ou pour les équipes, il y a pléthore de groupes pseudo-mafieux, dont certains d’ailleurs ont été financés par Netanyahu. Lui-même le dit. Cela entretient des logiques de prédation qui mettent tout le monde en difficulté. L’aide peut être détournée, mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne doit pas rentrer, et c’est justement en étant sur une stratégie d’aide massive que l’on peut casser ce genre de business. »
Le Hamas renforce-t-il sa domination ?
La guerre lancée contre l’Iran ferait-elle l’affaire du Hamas dans la bande de Gaza ? Selon des médias israéliens, de gauche comme de droite, le mouvement islamiste palestinien en profiterait pour consolider sa domination. Le Hamas, qui contrôle la partie ouest de l’enclave palestinienne, est aux manettes, entre autres, du ministère de la Sécurité intérieure et sa police contrôle les routes et les marchés. « Croire que le Hamas était perdu et terminé à Gaza du fait de l’invasion israélienne, c’était de mon point de vue une critique en trompe l’œil, car ça ne prenait pas en considération la réalité de son implantation dans la société et de sa représentativité politique auprès des Palestiniens », explique Thomas Vescovi.
Et d’ajouter : « Le Hamas fait partie du paysage politique dans la bande de Gaza, et en ce sens, il faut comprendre qu’en l’absence d’une autorité palestinienne souveraine et capable d’exercer une autorité, il n’y a que lui qui a actuellement les capacités d’organiser la vie quotidienne et d’exercer une forme de souveraineté, à la fois en termes sécuritaires comme en termes d’administration quotidienne pour les gens. » Depuis le 8 octobre 2023 effectivement, à chaque fois que l’armée israélienne s’est retirée d’une zone, des unités du Hamas, soit administratives, soit sécuritaires, soit militaires, se sont redéployées pour exercer leur autorité sur la zone. Dans le plan de paix du président américain Donald Trump, la démilitarisation du mouvement palestinien est l’une des conditions sine qua none à la reconstruction de l’enclave.
À lire aussiPlan Trump pour Gaza: des juristes vent debout contre «un protectorat illégal»
Quid du plan de paix de Trump ?
Mi-janvier, Washington a annoncé la mise en place de la deuxième phase du plan Trump, prévoyant donc, entre autres, la démilitarisation du Hamas, la reconstruction, le retrait progressif de l’armée israélienne et l’installation d’un gouvernement de technocrates. Il n’en est rien jusqu’à présent. Quant au plan présenté par les pays de la Ligue arabe il y a plus d’un an, il semble être tombé aux oubliettes.
« Tout porte à croire que du point de vue des pays de la région comme des pays occidentaux impliqués dans cette question du Levant, il n’y a plus que le plan Trump qui est sur la table, poursuit Thomas Vescovi. C’est assez inquiétant car ce plan mine toute capacité de souveraineté palestinienne sur leurs terres et de leur droit à l’autodétermination. Trump parvient, par la force des choses, à balayer les autres plans et à imposer le sien. La faiblesse des autres pays dans cette affaire, à répliquer en proposant autre chose, est inquiétante. »
Du point de vue israélien, le plan Trump passe par un déplacement forcé d’une grande partie de Palestiniens et par une reconstruction de Gaza uniquement à la faveur des intérêts israéliens. Du côté palestinien, que ça soit le Hamas où l’Autorité palestinienne, le principe premier est que c’est aux Palestiniens d’exercer leur souveraineté dans la bande de Gaza. Mais du côté du président américain et des personnes qui portent son plan, c’est l’idée de déploiement d’une force internationale étrangère dans la bande de Gaza pour mettre en place ce plan qui prime, une force qui risque d’être vue par une partie des Palestiniens comme une force d’occupation. Une force que les Israéliens refusent également catégoriquement, estimant que c’est à eux de gérer la bande de Gaza.

Un avenir toujours aussi sombre
« Malgré le cessez-le-feu, Gaza n’est toujours pas en paix », avertissait le 18 février dernier, soit dix jours avant les attaques israélo-américaines sur l’Iran, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires politiques devant le Conseil de sécurité. Pour Jean-François Corty, « les Palestiniens voient une démission de la communauté internationale. La situation reste aussi difficile qu’au lendemain des fameux accords de paix d’octobre 2025, accords de paix qui n’ont du reste que le nom, qui sont une fiction au regard de la situation sur le terrain. »
L’horizon des Palestiniens reste ainsi très sombre. En Cisjordanie, la colonisation s’accélère d’une manière inédite et à Gaza, « c’est soit vous restez et vous vous alignez sur le plan colonial de Trump, soit vous êtes tué, soit vous partez et cela même si ça reste encore difficile de partir, conclut le président de Médecins du Monde. Cette situation terrifiante s’inscrit dans la continuité de ce qu’on peut voir depuis trois ans, c’est-à-dire la poursuite d’un effacement et l’anéantissement des Palestiniens. »
« Pour le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, la situation actuelle est un moment historique, affirme Thomas Vescovi. Toutes ces guerres, ces fragilisations d’États, qui ont eu lieu ou qui se déroulent depuis deux ans et demi ont pour lui un but : imposer la vassalisation des États de la région, les contraindre à se soumettre aux intérêts israéliens, dans le sens où ils ne porteront pas atteinte aux volontés et aux velléités coloniales de l’État d’Israël. »
Lors de la présentation de son dernier rapport sur la torture systématique pratiquée par Israël sur les Palestiniens lundi 23 mars, la rapporteure spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a alerté : « Le mépris du droit international ne s’arrêtera pas en Palestine. Il se manifeste déjà du Liban à l’Iran, dans les pays du Golfe et au Venezuela. Si rien n’est fait, il s’étendra bien au-delà. » Israël semble transposer sur le théâtre libanais le modèle de guerre d’anéantissement et d’expulsion déjà éprouvé dans la bande de Gaza.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Les développements à venir permettront de compléter notre point de vue.

9999999
/2026/03/25/whatsapp-image-2026-03-25-at-08-47-16-69c3987ca1a79381545720.jpg?w=960&resize=960,750&ssl=1)