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28 mars 2026Analyse : Les rédacteurs ont examiné cette actualité pour en tirer quelques conclusions.
Un regard de nos journalistes sur l'article « ce que révèle le ciblage de la nouvelle coqueluche LFI ».
Récapitulatif des informations
À croire qu’il a pris le pouvoir par effraction. Depuis qu’il a été élu maire de Saint-Denis au premier tour le 15 mars dernier, Bally Bagayoko est devenu un enjeu politique à lui tout seul. Nouvelle coqueluche des insoumis, qui tiennent ici l’incarnation idoine de leur « Nouvelle France », le quinquagénaire est surtout la cible d’une cabale intense, alimentée par ses adversaires et relayées par nombreux médias.
Sa première polémique, le cadre de la RATP et ancien basketteur du coin l’a éprouvée littéralement six heures après l’annonce de sa victoire. Alors qu’il est invité de LCI pour commenter son succès à chaud, certaines oreilles troublées déforment ses propos. Il aurait parlé de sa commune comme étant « la ville des noirs. » Premier tollé.
En réalité, Bally Bagayoko n’a jamais dit ça. À la place, il répète plusieurs fois l’expression « la ville des rois morts et du peuple vivant », une citation du poète et résistant Jean Marcenac, illustre personnalité de Saint-Denis. Qu’importe, la controverse enflamme les réseaux sociaux, à l’initiative de la fachosphère, et finit par atterrir dans les médias traditionnels.
Cible de fake news le soir de son élection
Après franceinfo et « C ce soir » (France 5) où des intervenants reprennent la fausse phrase sans être corrigés, l’intervieweuse star de BFMTV Apolline de Malherbe embraye dès lundi 16 mars en demandant au nouveau maire de s’en expliquer sur son plateau. Pourtant, une simple écoute de l’extrait initial permettait d’évacuer cette interprétation, malgré le brouhaha invoqué par certains pour se justifier. Simple méprise, ou biais navrant ?
Même antenne, le lendemain. Bally Bagayoko fait face cette fois-ci à Tugdual Denis, le directeur du magazine ultraconservateur Valeurs Actuelles. La fausse information sur la « ville des noirs » désormais corrigée, le reporter interroge son interlocuteur sur les liens qu’il entretient avec les narcotrafiquants, et qui auraient permis son élection – un halo de doutes déjà savamment entretenu par son adversaire socialiste Mathieu Hanotin pendant la campagne. D’ailleurs, « de nombreux patrons de points de deal », étaient à la mairie pour célébrer le résultat des élections, affirme (au conditionnel) le chroniqueur, sans éléments tangibles. Puis de conclure sa longue diatribe par une question qui n’en est pas une : « Vous êtes dans la main de qui ? »
Violent ? « Irresponsable », répond en tout cas Bally Bagayoko, avec le calme de celui qui sait que tout agacement lui sera reproché. Insupportable, ajoutent en chœur les insoumis qui décident de boycotter un temps BFMTV. À ce moment-là, l’ensemble de la gauche vole à son secours pour dénoncer un traitement médiatique indigne. De quoi calmer les choses ?
Que nenni. Depuis ces premières controverses, l’édile est comme placé sous surveillance. De fait, ses moindres déclarations ou décisions sont scrutées, commentées, critiquées – même au sein du gouvernement – comme aucun autre maire élu ce printemps. Deux fronts sont plus précisément ouverts contre lui : sur l’armement de la police d’une part, et ses propos à l’égard des agents municipaux, de l’autre.
Maire sous surveillance
Pour cause, le maire de Saint-Denis a confirmé son souhait de retirer progressivement les LBD, ces lanceurs de balle de défense controversées, à ses policiers municipaux. Une mesure défendue depuis des années par la France insoumise à l’échelon national, comme au local, pour en finir avec ces armes déjà bannies dans de nombreux pays européens. Rien de neuf, en somme, en terres insoumises.
Il n’en fallait toutefois pas davantage pour déclencher une nouvelle salve d’attaques. À l’extrême droite, on se fait fort de vouloir accueillir les agents désireux de garder leurs armes, tandis que certains médias (souvent de la sphère Bolloré) évoquent une fuite massive et inquiétante des effectifs de police dyonisiens. « Il y a eu une seule demande de départ », dément de son côté Bally Bagayoko, suite à la confirmation de son projet.
L’élu de 52 ans, premier insoumis à la tête d’une ville de plus de 100 000 habitants, peut également se targuer d’avoir (déjà) reçu une missive de la part d’un membre du gouvernement. Un courrier en guise d’avertissement, quelques jours après son installation. C’est donc David Amiel, le ministre de l’Action publique, qui a pris la plume pour expliquer qu’« aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d’agents communaux (…) pourrait dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques de l’exécutif municipal ». Pourquoi ce rappel à l’ordre ?
La réponse se trouve dans l’instrumentalisation d’une autre séquence médiatique. Dans une interview, le nouveau maire rappelait que « les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent à une commande politique. » En conséquence, les agents de sa commune qui ne souscriraient pas à ce projet pourront « faire une mobilité qui est complètement naturelle et qui n’est pas quelque chose de nouveau. » Un résumé peut être un brin provocateur, ou réducteur, du rôle et des marges de manœuvre des fonctionnaires.
Le sens des priorités du gouvernement
Mais qui ne défie pas la réalité pour autant, puisqu’il s’agit d’affirmer que les employés municipaux qui seraient allergiques aux consignes de la mairie seront libres de partir. Une position bien plus consensuelle que d’autres : en 2024, le RN agitait la menace de sanctions disciplinaires contre les fonctionnaires qui refuseraient d’appliquer ses consignes en cas de victoire aux législatives.
Quoi qu’il en soit, le gouvernement a décidé de taper du poing sur la table. Face à ce concert de critiques, une question se pose donc parmi d’autres : certains maires subissent-ils un traitement différencié, en fonction de leurs profils ou de leurs couleurs politiques ? Le sens des priorités du gouvernement semble en tout cas venir attester cette idée de deux poids, deux mesures.
À côté de l’empressement de David Amiel à reprendre de volée Bally Bagayoko, on peine effectivement à trouver la trace de la réprimande officielle d’Yves Foulon, édile LR d’Arcachon filmé en train de menacer violemment son opposant écologiste. Pas de sortie ministérielle non plus, ni de grands débats médiatiques, vis-à-vis de Philippe Janicot, ce maire mis en examen pour viol mais réélu à la tête d’une commune où il n’a pas droit de paraître. Du reste, on attend toujours l’avertissement de l’exécutif au maire RN d’Hénin-Beaumont Steeve Briois, désireux de sanctionner un agent au motif que ses actions syndicales « perturbaient le bon fonctionnement du service public ». Surprenant ? Pas tant que ça.
Depuis des mois, La France Insoumise est étudiée sous toutes les coutures pour déceler notamment le moindre égarement ou signe « communautariste » de sa part. Ses détracteurs pensent donc tenir, avec Saint-Denis, le laboratoire des affres de la gauche radicale et une cible facile à critiquer. Mais ce n’est sans doute pas tout. Car Bally Bagayoko, élu dès le premier tour comme 96 % des maires de France, ferait aussi l’objet d’un racisme latent. Lui en cas en est convaincu.
Le signe d’une « négrophobie ancestrale »
Lors d’une interview accordée à Radio Nova, il revient sur les mots mis dans sa bouche, à tort, par Apolline de Malherbe : « il y a quelque chose qui relève de l’approche néocoloniale où, par définition, il ne peut qu’avoir dit ça » car perçu comme « black » par l’intéressée. Ce qui, selon lui, expliquerait sa crédulité à l’égard de la fake news sur « la ville des noirs ». Une sorte de biais inconscient qui aurait conduit la rédacteur a faire l’impasse sur ses standards de vérification et son habituelle rigueur au profit d’un narratif raciste monté de toutes pièces par l’extrême droite en ligne.
Pour la sociologue Solène Brun, l’attention démesurée autour de Bally Bagayoko, comme d’autres responsables ou personnalités noirs avant lui, témoigne également d’une forme de « négrophobie ancestrale » dont la France, « obsédée par la race », peine à se défaire. « Frantz Fanon l’expliquait déjà dans Peau noire, masques blancs il y a près de soixante-quinze ans », écrit la chercheuse dans une tribune publiée dans les colonnes du journal Le Monde.
« Désigné comme “nègre” par un enfant dans le train qui s’adresse à sa mère, Fanon rend compte de la manière dont cette interpellation est le premier geste d’une objectification qui “emprisonne” et qui déshumanise. Tout à coup, Fanon n’est plus un homme, plus un psychiatre, plus le fils de quelqu’un : il n’est que “noir”. Comme Frantz Fanon, comme Bally Bagayoko, chaque jour, des millions de personnes en France font cette même expérience », poursuit-elle, expliquant que ces derniers « disparaissent derrière l’assignation minorisante, totalisante et dépersonnalisante ».
Ainsi, « Bally Bagayoko n’est plus l’enfant de Saint-Denis, l’ancien basketteur devenu entraîneur, le cadre à la RATP. Même être le maire nouvellement élu de la deuxième plus grande ville d’Île-de-France ne le protège pas. Bally Bagayoko est noir. Bally Bagayoko est un Noir. » C’est ce même mécanisme qui avait conduit, par exemple, Valeurs Actuelles à grimer la députée Danièle Obono en esclave dans les pages de son magazine en 2020. Tugdual Denis et ses collègues avaient alors démenti toute intention raciste. La force des impensés perdure.
Source : www.huffingtonpost.fr
Conclusion : L'équipe continuera de suivre cette situation et partagera les développements.

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