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29 mars 2026comment le patriarcat et l’industrie du divertissement ont broyé la vie de l’icône de la téléréalité – franceinfo
Analyse : Nos journalistes ont mis en avant les points essentiels à connaître.
Un résumé rapide de « comment le patriarcat et l’industrie du divertissement ont broyé la vie de l’icône de la téléréalité – franceinfo » selon notre rédaction.
Résumé pour le lecteur
Toute sa vie durant, la première gagnante de « Loft Story », retrouvée morte à son domicile mercredi, a été moquée pour son corps et victime de violences.
Printemps 2018. Loana, 40 ans tout pile, tourne la saison 4 de « La Villa des cœurs brisés ». Dans ce programme de TF1, les candidats sont invités à revenir sur leurs difficultés sentimentales et identifier les « problématiques » qui les empêchent de rencontrer un partenaire amoureux.
La « love coach » de l’émission – dans une séance de coaching pour le moins douteuse – incite la quadragénaire aux longs cheveux blonds à s’immerger dans la piscine de la villa, pour un « bain de renaissance » afin de se « laver » de son « personnage de Loana ». Référence évidente à la scène iconique de « Loft Story », dix-sept ans avant. La candidate s’exécute. Elle avance dans l’eau chlorée et énumère, en larmes : « Je ne veux plus qu’on m’insulte ; je ne veux plus qu’on me juge par rapport à mon physique ; je ne veux plus avoir besoin de quelqu’un pour pouvoir avancer ; je ne veux plus qu’on m’utilise comme un objet ; je ne veux plus qu’on me fasse mal ; je ne veux plus pleurer… »
La séquence, bien que mise en scène, montre toute la souffrance traversée par Loana, retrouvée morte à 48 ans, mercredi 25 mars, à son domicile de Nice. Sa sexualité, son corps, ses choix de vie : tout lui a été reproché, dans un mépris constant. Pour l’autrice féministe Valérie Rey-Robert, Loana « est morte du sexisme ». un critère de vue partagé par le rédacteur Paul Sanfourche, auteur de l’essai Sexisme story, et pour qui « Loana est vraiment au carrefour de toutes les violences faites aux femmes ».
Ces violences ont d’abord été intrafamiliales pour Loana, née à Cannes le 30 août 1977. Son père, qui connaît une période de chômage, sombre peu à peu dans l’alcool et frappe régulièrement sa compagne, au point de lui fracturer le nez et la mâchoire. La mère de Loana, par ailleurs très dépressive, finit par s’enfuir, laissant sa fille de 11 ans seule avec son géniteur, qui la force à faire tout le ménage de leur appartement et s’en prend à son tour physiquement à sa fille. Il la traite de « bonne à rien », de « nulle », de « vilaine », selon le récit de Loana dans le livre biographique du journaliste Paul Sanfourche.
« Tout mon collège, je l’ai passé sans ma mère, avec mon père qui me rabaissait tous les soirs. Ça ne donne pas vraiment confiance en soi. »
Loanadans le livre « Sexisme story », de Paul Sanfourche
En décembre 1993, à 16 ans, elle quitte définitivement le domicile paternel pour retourner vivre à Antibes, sur la côte, avec sa mère et son nouveau compagnon. Une « renaissance », confie-t-elle à son biographe. Mais côté scolaire, l’adolescente décroche peu à peu. Loana se fait refaire la poitrine pour ressembler à son idole, Pamela Anderson, et commence à travailler comme danseuse dans des boîtes de nuit niçoises.
L’un de ses petits copains de l’époque, très jaloux, l’insulte et la cogne. Un jour, il la pousse si violemment qu’elle passe « à travers une porte-fenêtre », relate Paul Sanfourche. Elle se fracture l’orbite et perd, pour toujours, une partie de la vision.
Au printemps 2001, Loana, qui guettait les annonces de castings, est retenue parmi 13 000 candidatures pour celui d’un tout nouveau concept : un programme de téléréalité, le « Big Brother » à la française. Un certain Benoît Chaigneau, qui s’occupe du casting pour la zone sud-est, relate sa première impression à Paul Sanfourche : « C’était une bombe. Et en même temps, elle avait cette voix de petite fille, un peu écervelée. Et moi je me dis que je suis en train de voir un personnage ». Face caméra, les questions fusent : Loana répond avec le sourire, essentiellement questionnée sur sa capacité à draguer, à séduire.
Pour s’assurer de son coup de cœur pour la jeune Niçoise, Benoît Chaigneau décide d’aller la voir danser le soir-même en boîte de nuit pour voir l’effet produit sur les gens autour d’elle. Visiblement convaincu, il note le CV de la candidate « A+ ». Et ajoute sur la fiche de casting : « Elle est tellement bonne que ce serait un scandale de l’oublier ».
A son arrivée dans « Loft Story », elle incarne l’archétype de la bimbo. La boîte de production, Endemol, « voulait créer des contrastes, entre plusieurs personnages stéréotypés : Laure, la brune bourgeoise, et Loana, la cagole. Ou encore Jean-Edouard, le beau gosse », énumère Valérie Rey-Robert. La fameuse scène de la piscine, qui collera toute sa vie à la peau de Loana, fait l’effet d’une bombe à l’échelle nationale. Celle qui n’a alors encore que 23 ans a raconté par la suite avoir très mal vécu le incident d’avoir été filmée dans son intimité.
« Ce malheur a fait le plus grand bonheur du programme puisque c’est ça qui a créé l’audience, le phénomène et tout le reste », déclarait Alexia Laroche-Joubert, productrice de l’émission, à Vanity Fair, lors de la sortie de la série Culte, l’année dernière, retraçant les coulisses de « Loft Story ». Pour la sociologue des médias Nathalie Nadaud-Albertini, ce moment « scelle l’image de la femme transgressive », analysait-elle dans Le Monde en 2021, pour les 20 ans de l’émission. Et d’ajouter : « Cette image ne cessera de la suivre ».
Dans le même temps, environ trois semaines après le début du tournage, France-Dimanche révèle le 20 mai 2001 l’existence de sa fille dans un numéro titré ainsi : « Le scandale de son enfant abandonné ! ». La presse people se déchaîne : trois jours après, Voici confirme l’information et n’hésite pas à publier l’acte de naissance de la fillette en guise de preuve. Et puis Paris-Match assène le coup de grâce, en parvenant à obtenir auprès de la mère de Loana des photos de sa fille avec son bébé : le visage de la petite Mindy fait la une du magazine.
Loana, toujours cloîtrée dans les studios d’enregistrement de La Plaine Saint-Denis, ne se doute pas de la violence de ce grand déballage médiatique. Quatre ans auparavant, en 1997, elle avait 19 ans lorsqu’elle a réalisé, après quatre mois, qu’elle était tombée enceinte. Le délai pour avorter en France était alors dépassé et Loana devait donc se rendre en Espagne.
Mais arrivée à Madrid, elle change d’avis et décide de garder son bébé, qu’elle confiera à l’aide sociale à l’enfance. A 1 an, la petite Mindy est placée en famille d’accueil. Avant que son père biologique n’en obtienne la garde exclusive. Mais peu importe les dessous de l’histoire, « dans les médias, la fille facile de la piscine devient la mauvaise mère des classes populaires », observe Constance Vilanova dans Télérama.
Le 5 juillet 2001, Loana sort victorieuse de l’émission, avec 1,5 million de francs en poche. La finale est regardée par 7,5 millions de téléspectateurs. Sa notoriété est immense et son entourage la pousse à enchaîner les contrats, plus ou moins rentables. Dans les mois et années qui suivent, la jeune femme prête son image à une ligne de maillots de bain pour La Halle, crée un parfum à son nom, sort un single, défile pour Jean Paul Gaultier… Mais elle peine à être prise au sérieux.
« Elle avait des compétences pour le business, mais énormément de personnes ont abusé de cette possible source de revenus. Elle n’en a pas vraiment profité », pointe auprès de franceinfo la journaliste spécialisé féministe Rokhaya Diallo, qui lui a consacré chapitre dans son Dictionnaire amoureux du féminisme.
« Loana a été niée comme individu : on voyait qu’elle était intelligente, qu’elle avait une grande faculté à s’exprimer. Mais c’est comme si elle n’avait jamais été vue comme elle était, avec toutes les compétences et la sensibilité qu’elle pouvait avoir ».
Rokhaya Dialloà franceinfo
Un phénomène typique de « slut-shaming » décrit par l’écrivaine et documentariste Ovidie, soit « la discrimination des femmes pour leur sexualité prétendue ou réelle ». Dans son dernier livre, Slut shaming – Faire payer les femmes, elle explique que Loana, comme tant d’autres, a payé l’hypersexualisation de son corps, associée à la période du « porno chic » des années 1990-2000. Celles qui ont osé exposé leur corps et leur sexualité ont d’abord été adulées avant d’être méprisées.
Dès sa sortie de « Loft Story » et plus encore quelques années après, quand ses variations de poids s’accentuent, son corps est l’objet de tous les commentaires. « Quand elle était dans le Loft, elle était la risée de tous, car elle était le cliché de la bimbo, surfaite, etc. Elle tombe dans l’enfer de la drogue, l’alcool, la dépression. A 120 kilos, elle est toujours la risée. On devrait tous être peinés pour elle. Pas lui cracher dessus. Nous, les femmes, on ne peut jamais gagner : bimbo on perd, grosse on perd », déplore Gabrielle Deydier dans son livre On ne naît pas grosse.
Ainsi, lorsqu’elle fait son grand retour à la télévision en 2012, onze ans après « Loft Story », pour la quatrième saison des « Anges de la téléréalité », Loana doit arriver avec un projet professionnel, comme le reste des candidats. Certains veulent percer dans la musique, d’autres comme acteurs ou danseurs. L’ex-vedette arrive, elle, en annonçant qu’elle veut perdre du poids. « C’est d’un cynisme total de la part de la production », commente Valérie Rey-Robert auprès de franceinfo, d’autant que l’opération se solde par « un échec ». « Elle est ridiculisée. Son corps est, plus que jamais, un objet de moquerie. »
Comble du sexisme et de la grossophobie : en 2017, Loana accepte de tourner dans une publicité pour Gifi. On y voit Benjamin Castaldi, ancien présentateur de « Loft Story », lui prendre la main et, alors que Loana met le pied dans un jacuzzi gonflable, elle se transforme en une femme plus jeune et plus mince. Le spot, particulièrement humiliant, déclenche une vive indignation sur les réseaux sociaux.
Dans les années 2010, à mesure que Loana s’enfonce dans la dépression, les violences masculines continuent de la poursuivre, encore et toujours. En 2012, elle confie au Parisien : « Ces trois dernières années ont été difficiles. J’étais devenue un vrai fantôme. Le producteur de mon album m’a arnaquée. Et j’ai été maltraitée, séquestrée, violée par un petit ami ». Elle a une nouvelle fois tenté de mettre fin à ses jours, quelques mois auparavant.
En septembre 2020, elle publie sur Instagram des photos de son corps couvert d’hématomes et accuse son ex-compagnon, Fred Cauvin, de l’avoir frappée. « Je n’avais jamais vécu une telle violence sur autant de temps, j’aurais préféré mourir, je me cachais dans toutes les pièces, les coins, en priant qu’il s’arrête, je lui disais même oui lorsqu’il me disait que j’étais qu’une connasse pour qu’il soit content », détaille-t-elle en majuscules.
L’homme est invité quelques jours après chez Cyril Hanouna, dans l’émission « Touche pas à mon poste ». Fort de cette tribune, à une heure de grande écoute, il ne reconnaît que des violences « verbales », à l’exception d’une « petite gifle », et précise au passage avoir passé « 48 heures en garde à vue » après que Loana a déposé plainte contre lui. Devant cette séquence inacceptable, les téléspectateurs sont nombreux à réagir sur les réseaux sociaux. « A quelle heure une femme se fait taper et on invite à la télé le connard qui a fait ça pour en parler ? », interroge l’un d’eux sur X, indigné.
Le 5 février 2024, Loana est invitée dans la même émission et livre un récit effroyable : la première gagnante de « Loft Story » dit avoir été séquestrée chez elle par un homme qui l’a ensuite violée pendant des heures. Cyril Hanouna diffuse des photos de son corps supplicié, sous les yeux sidérés de Loana, visiblement dans un état second. La séquence, terriblement dérangeante, vaut à l’émission une mise en demeure de l’Arcom, qui reproche à l’animateur et aux chroniqueurs d’avoir « continué à lui poser des questions, dont certaines étaient intrusives », malgré sa « situation manifeste de profonde détresse ».
Ce fut le dernier passage télévisé de Loana, pour lequel Mediapart a révélé que la quadragénaire avait été payée 3 000 euros par la société de Cyril Hanouna. Interrogée par La Revue des médias en 2021 sur sa perception d’elle-même, voici ce que Loana déclarait : « Je ne suis pas quelqu’un de féministe et je ne veux pas être un symbole, mais je suppose que je suis une bonne représentante du traitement qui peut être réservé aux femmes ».
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Cette situation sera suivie de près par notre rédaction.

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