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L'équipe éditoriale a étudié « J’ai scrollé une heure avec des adolescents, voici ce que j’ai vu sur leurs écrans » et partage son avis.
Récap des faits principaux
Justin Lambert / Getty Images
À la question « Est-ce que vous voyez passer des choses choquantes ou bizarres ? », les collégiens répondent presque tous par la négative, mais en creusant, certaines expériences sont loin d’être positives.
« Si je vois quelque chose que j’aime pas, je change de vidéo et je dis “pas intéressé”, c’est tout. » Dans cette classe de 4e d’un collège de Drancy (93), les 27 élèves semblent très loin des discours catastrophés des adultes sur les réseaux sociaux. Le temps d’un cours, leur prof d’histoire-géo m’a autorisée à venir scroller avec eux.
L’interdiction des téléphones dans les collèges, entrée en vigueur à la rentrée 2025 ? « Aucun budget n’a été alloué, explique l’enseignante. On est déjà sous-staffés. Qui a le temps de récupérer 650 téléphones ? » Voilà qui m’arrange finalement : les élèves vont pouvoir me montrer en temps réel ce que les algorithmes leur donnent à voir, un accès rare.
Je déambule donc entre les collégiens répartis par groupe de quatre, pour leur poser des questions en faisant défiler des vidéos sur les téléphones des volontaires. TikTok et Snapchat sont les réseaux les plus populaires, loin devant Instagram, YouTube ou Wattpad.
Danses, recettes et « phrases visées »
Questionnés sur leurs usages, ces ados de 13-14 ans semblent sereins. Alors que les 11-14 ans passent en moyenne 1h47 par jour sur les réseaux, aucun ne se dit accro. « Je passe beaucoup de temps avec ma famille. Des fois, je n’ouvre même pas les réseaux », assure Julie*. D’autres n’y ont pas droit, comme Hema* qui se dit « pas intéressée » par ce qui se passe sur les plateformes. Et, même s’ils sont peu à savoir ce qu’est un algorithme, ils en comprennent bien le fonctionnement, savent comment voir certaines choses ou ne pas en revoir d’autres. À ma question « Est-ce que vous voyez passer des choses choquantes ou bizarres ? », ils répondent presque tous par la négative.
Pour confronter leur perception et la réalité, il est temps de passer aux choses sérieuses : le scroll. Quatre collégiennes assises à la même table s’empressent de me montrer ce que TikTok leur propose et, à première vue, le contenu est adapté à leur âge. Danses, recettes, blagues et beaucoup de « phrases visées ». Devant ma tête désemparée, l’une d’entre elles m’explique : « C’est une photo ou une vidéo avec une phrase. Si on se reconnaît dedans ou qu’on reconnaît nos amis, on republie. »
Brainrot à base d’IA et montages douteux
Dans un autre groupe, il suffit de quelques minutes pour voir apparaître la tendance du moment, des vidéos générées par IA montrant les histoires de tromperies entre des humains-fruits. Virales et épinglées par certains médias pour leur discours masculiniste, ces vidéos sont parfois très racistes. Elles apparaissent souvent dans leurs fils, mais les ados disent ne pas les aimer. Elles font partie des « brainrot » (« pourriture cérébrale »), un mot désignant les contenus abrutissants sur les réseaux sociaux mais qui, pour leur génération, pointe plus spécifiquement ces vidéos parfois incohérentes, avec des personnages surréalistes inventés par IA.
À la table d’à côté, après quelques posts sur des voitures, TikTok fait émerger une vidéo étrange : un Jeffrey Epstein détouré, dansant sur un fond illustré. « C’est une IA », précise la propriétaire du téléphone – comme les autres élèves, elle semble bien faire la différence entre les images générées par des machines et la réalité. La bizarrerie la élément rire, elle like et republie. « C’est un montage, et puis, en fond, c’est GTA. » Elle me montre ensuite son Instagram, sur lequel elle fait défiler quelques reels, jusqu’à une image qui lui décroche un rire gêné : une fausse capture d’écran YouTube montrant un adulte avec une petite fille, accompagné du texte « Storytime with my girlfriend ». « C’est un montage », m’indique-t-elle encore. Pourquoi c’est drôle ? « Parce que c’est faux », m’expliquent l’ado et ses camarades à l’unisson.
Après des recettes, une vidéo suggestive
Un peu plus loin, quatre garçons gênés à l’idée de montrer leurs réseaux se prêtent quand même à l’exercice de bon cœur. Le premier fait défiler plusieurs vidéos de foot, et nous avons même la joie de voir passer une vidéo du HuffPost. Il explique s’intéresser à l’actualité et à la politique, aux élections municipales. À côté de lui, son camarade accepte de me montrer ses « pour toi » sur TikTok. Tasty Crousty, montages de séries qu’il regarde, personnes qu’il connaît de loin… Et, d’un coup, une vidéo beaucoup moins adaptée à son âge, sur laquelle on voit un homme et deux femmes, tous habillés, mais dans une posture de plus en plus suggestive. D’un coup, le plan se coupe et montre du foot. Le collégien tente vite de changer de vidéo et m’explique que ce n’est pas le genre de chose qu’il regarde. Ses amis sont morts de rire, tandis qu’il se justifie, mal à l’aise.
Où sont les influenceurs ? Le nom qui revient le plus souvent sur les téléphones des élèves est celui de Nasdas, 9 millions d’abonnés sur Snapchat. Dans les vidéos, on voit des membres de sa « team » faire des « storytimes ». Ils sont plusieurs à citer également TK78. « C’est un YouTubeur, il est toujours à son prime », décrit une élève qui dit beaucoup rire devant les vidéos du streameur de 33 ans. En se renseignant après coup, je découvre que celui-ci est accusé de viol et a reconnu avoir été en couple avec une mineure de 16 ans, avant d’affirmer avoir rompu avec elle.
Quand des inconnus les contactent
Un autre groupe d’adolescents venus portables liste ce qu’ils aiment voir quand ils scrollent : des vidéos de pêche pour l’un, des combats d’insectes pour l’autre. L’un d’entre eux raconte cependant avoir déjà vu de la violence sur un live TikTok, un homme en train de frapper son père. « J’ai commenté le live en disant “Tu tapes ton père, c’est la honte !” et il m’a exclu. Ensuite un mec est venu dans mes DM pour justifier ce qui se passait dans le live. » C’est la première mention de contacts avec des inconnus via les réseaux sociaux.
Pendant l’heure de cours, les élèves ont rempli un questionnaire où certains m’en disent un peu plus. À la question « Racontez une anecdote positive ou négative qui vous est arrivée sur les réseaux sociaux », Vespera* répond : « Un jour, j’ai accepté la demande d’ami d’un gars sur Snapchat. Je lui ai demandé quel âge il avait, il m’a dit qu’il avait 22 ans. […] J’étais sur le note de le bloquer quand il m’a dit “mais t’inquiète, elle fait pas 22 centimètres” ». Lya*, elle, écrit plus brièvement : « On m’a envoyé un zizi. »
Malgré tout, dans l’ensemble, les ados de la classe sont très opposés à l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Ils appellent à des solutions adaptées à leur usage : le blocage des vidéos violentes ou à caractère sexuel, la création de réseaux sociaux réservées aux mineurs, ou l’instauration d’une limite de temps.
*Les prénoms ont été modifiés par les élèves eux-mêmes
Source : www.huffingtonpost.fr
Conclusion : L'équipe continuera de suivre cette situation et partagera les développements.

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