
Trump s’entretient avec la famille d’un étudiant qui aurait été tué par un immigrant clandestin
30 mars 2026
Occitanie : les concertations pour la future ligne TGV Béziers-Perpignan débuteront le 9 avril 2026 à Narbonne
30 mars 2026Le nouveau maire de Saint-Denis-Pierrefitte face à une déferlante de racisme et de fake news
Analyse : Notre rédaction met en avant les points essentiels à retenir.
Nos rédacteurs mettent en avant les points clés de « Le nouveau maire de Saint-Denis-Pierrefitte face à une déferlante de racisme et de fake news ».
Éléments à garder en tête
Un dérapage raciste de plus sur CNews visant Bally Bagayoko. Le nouveau maire de Saint-Denis-Pierrefitte – deuxième plus grande ville d’Île-de-France avec près de 150 000 habitants – fait l’objet de propos racistes et de fausses informations depuis son élection, dimanche 15 mars, dès le premier tour des élections municipales. Alors que ces attaques se déroulaient jusqu’ici dans l’indifférence presque générale, les ministres de l’Intérieur et de la Culture ont fini par réagir, lundi 30 mars, pour prendre la défense de l’élu dyonisien.
Bally Bagayoko, 52 ans, a été associé vendredi soir sur la chaîne d’extrême droite de Vincent Bolloré dans une démonstration faisant référence aux « grands singes » et aux « chefs de tribu ». Est-ce que ce maire « essaye de pousser les limites ? », demande le présentateur de CNews. « Sûrement qu’il y a un peu de ça. Maintenant, c’est important de rappeler que l’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus. Il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité », a répondu le psychologue Jean Doridot en plateau.
À lire aussiLe maire de Saint-Denis va porter plainte contre CNews après des propos jugés racistes
« J’ai trouvé ces attaques ignobles (…), nous sommes ici en France, c’est la République française qui reconnaît tous ses enfants quelle que soit leur origine », a dit lundi matin sur RTL le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, en ajoutant qu’il était « très choqué par ces propos ». « On ne peut pas avoir ce genre de dérapage. C’est inacceptable », a-t-il insisté.
Catherine Pégard, ministre de la Culture, a elle aussi condamné « des attaques ignobles, inadmissibles ». « La liberté d’expression ne peut pas aller contre les règles du droit, les règles de la civilité », a-t-elle ajouté sur France Inter, en référence à CNews, qui fait de la liberté d’expression son étendard.
Des réactions officielles condamnant le racisme visant Bally Bagayoko qui mettent fin à un silence qui durait depuis deux semaines. Au même moment, le nouveau maire La France insoumise (LFI), issu d’une famille d’origine malienne, pointait justement l’absence de message de soutien du président de la République. « Ce qui est plus scandaleux, c’est qu’il n’y a aucune condamnation (…) au niveau de l’Élysée, pour porter la grandeur [de] ce qu’est la France, qui a toujours été première de cordée en fait contre les propos racistes », regrettait-il sur France Inter.
Car les attaques ont commencé dès le soir de son élection. Interrogé sur LCI quelques heures après sa victoire et alors que le présentateur évoque le passé historique de la ville de Saint-Denis en parlant de « la ville des rois », Bally Bagayoko enchaîne en affirmant « la ville des rois et du peuple vivant ». Une expression inspirée d’un texte du poète Jean Marcenac, un résistant communiste devenu professeur à Saint-Denis dans l’après-guerre, qui dépeignait Saint-Denis comme de la ville des « Rois morts et du peuple vivant. »
À voir aussi« Saint Denis, ville de Noirs » : histoire d’une infox
Mais des comptes X d’extrême droite font rapidement circuler une fausse information : Bally Bagayoko aurait répondu « la ville des Noirs ». Il n’en fallait pas plus pour que cette « fake news » soit reprise par la droite, puis bientôt par des médias classiques, à l’image de BFMTV/RMC, franceinfo ou France 5.
« Ces polémiques sont une nouvelle illustration d’une libération de la parole raciste et d’un système médiatique qui tourne en boucle. Ce qui se passe et se dit sur CNews a désormais une résonance bien au-delà de ses seuls téléspectateurs puisque c’est ensuite repris sur BMFTV et les autres chaînes et que tout le monde est obligé de réagir. Pourtant, l’élection de Bally Bagayoko, comme celles d’autres maires d’origine immigrée, est logique compte tenu de l’évolution de la population de ces villes. On pourrait même se demander pourquoi il a fallu attendre autant de temps », souligne Vincent Tiberj, spécialiste de sociologie électorale et auteur notamment de « La droitisation française : mythe et réalités » (PUF, 2024).
« Un gouvernement qui se laisse dicter son agenda par l’extrême droite »
Mardi 17 mars, c’est au tour du directeur de la rédaction du magazine d’extrême droite Valeurs actuelles, Tugdual Denis, d’affirmer sur BFMTV que Bally Bagayoko a été soutenu par les narcotrafiquants de Saint-Denis, reprenant à son compte des accusations lancées durant la campagne par le maire socialiste sortant Mathieu Hanotin et par un dossier du Canard enchaîné.
Réponse de Bally Bagayoko, à qui l’éditorialiste vient de demander « Vous êtes dans la main de qui ? » : « Il y a une cabale organisée [qui] colle avec ce que je suis : Bally Bagayoko, un enfant héritier de l’immigration, et donc ça coche avec le élément qu’il est forcément en lien avec les narcotrafiquants. »
Puis c’est son projet de désarmement progressif de la police municipale, en commençant dans un premier temps par les lanceurs de balles de défense (LBD), qui fait l’objet d’une nouvelle polémique. Interrogé par CNews devant l’hôtel de ville, mardi 24 mars, le nouvel édile déclare : « Les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent en fait à une commande politique. (…) Celles et ceux qui, pour des tas de raisons qui peuvent les regarder d’ailleurs, ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront. Mais ce n’est pas le observation qu’on les mettra dehors, c’est parce qu’ils feront une mobilité qui est complètement naturelle et qui n’est pas quelque chose de nouveau. »
La déformation de ses propos est immédiate. L’idée selon laquelle Bally Bagayoko souhaiterait se débarrasser des agents territoriaux qui ne seraient pas en phase avec son action se répand comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux et les médias de la sphère Bolloré (CNews, Europe 1, JDD).
Deux jours plus tard, un rappel à l’ordre du gouvernement tombe sous la forme d’un courrier envoyé au nouvel élu par David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.
« Aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d’agents communaux, leur affectation ou leur maintien en fonctions pourraient dépendre de leur adhésion, réelle ou supposée, aux orientations politiques de l’exécutif municipal », souligne David Amiel. Le ministre rappelle dans sa lettre que toute décision « d’écarter un agent pour des motifs politiques serait entachée d’illégalité et pourrait être suspendue ou annulée par le juge administratif », ajoutant que de telles mobilités pourraient « relever du harcèlement moral » voire constituer de possibles infractions pénales.
« On a malheureusement un gouvernement qui se laisse dicter son agenda par l’extrême droite, regrette Vincent Tiberj. Il y a une stratégie qui vise à occuper le terrain médiatique et l’attention médiatique. Le temps que vous passez sur Saint-Denis, vous ne le passez pas sur le social, sur l’écologie, sur les inégalités, sur le logement ou sur l’éducation. On comprend l’intérêt de l’extrême droite à agir ainsi, mais ça devient plus gênant quand c’est repris par des ministres. Et c’est d’autant plus troublant qu’ils pensent avoir raison, ce qui montre le niveau de déconnexion de certains partis avec les quartiers populaires. »
« Indignations à géométrie variables » d’Emmanuel Macron
Ces attaques racistes et la multiplication des fausses informations visant Bally Bagayoko – qui a annoncé porter plainte contre CNews et l’organisation d’un rassemblement, samedi 4 avril, contre « le racisme et les discriminations » – s’inscrivent par ailleurs dans une séquence post-électorale plus large, marquée par des accusations d’agressions verbales subies par plusieurs maires sortants de villes populaires.
Des scènes houleuses ont notamment été filmées dans plusieurs mairies remportées par des candidats LFI ou divers gauche à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Creil (Oise), Vaulx-en-Velin (Rhône), Le Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) ou Mantes-La-Jolie (Yvelines). On y voit des maires battus être hués et parfois insultés. Aucune violence physique n’a en revanche été rapportée.
Ces vidéos ont largement été reprises sur les réseaux sociaux par des comptes d’extrême droite ou proches de l’extrême droite et par les médias Bolloré. Et contrairement aux propos racistes visant Bally Bagayoko, elles ont rapidement provoqué l’indignation de nombreux responsables politiques, dont celle d’Emmanuel Macron, qui a déclaré en conseil des ministres qu’il n’y avait « pas de sédition possible dans les communes de la République ».
À lire aussiMunicipales 2026 : à chacun son récit victorieux, les regards tournés vers 2027
« Parler de sédition montre qu’Emmanuel Macron n’a aucune idée du niveau de polarisation politique dans ces villes. Ce qu’on a vu, ce sont des habitants souvent victimes de violences sociales qui ont exulté, alors que d’habitude, ils sont invisibilisés dans les débats », analyse le sociologue, qui pointe par ailleurs « le deux poids, deux mesures » du chef de l’État qui ne s’est pas ému du racisme visant Bally Bagayoko ou des menaces de mort proférées par le maire Les Républicains (LR) sortant du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen.
Ce dernier a déclaré, au sujet de la spécialiste Nassira El Moaddem, autrice d’un livre-enquête sur ses deux mandats à la tête de la ville : « Je vais la faire condamner pour diffamation. Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue », selon des propos rapportés le 23 mars par Le Monde.
« C’est extrêmement dommage pour des responsables politiques d’avoir des indignations à géométrie variable. Mais ce n’est pas la première fois. On fait des minutes de silence pour certains et pas pour d’autres, observe Vincent Tiberj. Il y a une droitisation de la société française qui se fait par en haut, dans la manière dont on fait primer un agenda, certaines thématiques et la façon dont on en parle. C’est un danger car ces manières de penser ont largement dépassé l’extrême droite et CNews. Il y a une forme de contagion du champ médiatique comme du champ politique. »
Source : www.france24.com
Conclusion : Notre équipe continuera d’examiner les faits et de proposer des analyses.

9999999
