
En Iran, la doctrine Nétanyahou pour redessiner le Moyen-Orient à l’épreuve du feu
2 avril 2026Reuters.com
2 avril 2026Analyse : Cette information a été analysée pour vous fournir un résumé clair.
Nos rédacteurs considèrent que « enquête sur les fraudes massives dans les centres de santé – franceinfo » est un article à suivre.
Faits marquants
Les montants détournés donnent le tournis. Fin mars, 7 personnes étaient mises en examen, suspectées d’avoir escroqué l’Assurance Maladie de 58 millions d’euros dans 18 centres de santé, essentiellement dentaires, répartis sur tout le territoire. « Ce réseau a réussi à robotiser la facturation d’actes fictifs« , nous explique une source proche du dossier. « C’est une affaire exceptionnelle par son ampleur« , commente pour sa part Fabien Badinier, le directeur de la lutte contre la fraude à l’Assurance Maladie. D’après les informations de la cellule investigation de Radio France, ces escrocs avaient adopté les codes du grand banditisme. Ils utilisaient de fausses identités, ne conversaient jamais par téléphone, ils étaient équipés de brouilleurs et variaient leur itinéraire à chaque déplacement. L’auteur principal logeait dans un Airbnb qu’il « pouvait quitter en 30 secondes« .
« On a souvent l’impression que les fraudes aux prestations sociales viennent de particuliers qui ont du mal à joindre les deux bouts. Mais ce n’est pas du tout ce qui ressort de nos enquêtes », commente le général José Montull, chef de l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), en charge des investigations dans cette affaire hors norme, sous l’autorité de la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Paris. Pour le général Montull, le portrait-robot des fraudeurs de la « Sécu » a évolué ces dernières années : « Nous avons affaire à des gens qui détournent des millions d’euros et qui ont un train de vie de flambeurs. Ils louent des appartements à 13 000 euros par mois à côté de la place Beauvau [à Paris, siège du ministère de l’Intérieur, NDLR], ils se déplacent en hélicoptère et achètent des véhicules de luxe. Donc on n’est pas du tout dans un schéma de fraude du pauvre », poursuit le général Montull.
Pour en savoir plus sur ces escrocs qui s’en prennent à l’Assurance Maladie, nous nous sommes plongés dans les plus gros scandales de ces dernières années. Ils concernent tous des réseaux de centres de santé. Ces affaires déjà judiciarisées commencent à livrer, au fil des auditions et des investigations, un « mode d’emploi » standardisé de la fraude.
Mises bout à bout, ces escroqueries de plusieurs millions d’euros menacent notre modèle social. Et minent la confiance dans notre système de santé qui, faut-il le rappeler, est financé par les cotisations, les contributions et les impôts dédiés des Français. La cellule investigation de Radio France a pu recueillir des témoignages inédits et a eu accès à des dossiers judiciaires montrant l’étendue et l’ingéniosité de cette fraude, qui s’inscrit désormais dans le champ de la criminalité organisée.
Les centres de santé ont éclos frénétiquement depuis la loi Bachelot de 2009, qui avait supprimé l’agrément préalable des autorités de santé pour faciliter leur ouverture. On les trouve surtout dans les grandes agglomérations, à rebours de leur ambition première qui était de lutter contre les déserts médicaux. Il y a aujourd’hui 3000 centres de santé en France, en majorité dentaires et ophtalmologiques. Ce sont des établissements où le tiers payant est généralisé, le patient n’a donc rien à débourser. Et peu nombreux sont ceux qui vont vérifier sur leur compte Ameli ce qui a été réellement facturé en leur nom à la Sécurité sociale.
Ces centres sont en grande majorité des structures associatives à but non lucratif. Contrairement aux cabinets de médecins libéraux, les praticiens y sont salariés. Il n’y a pas d’actionnaires, pas de dividendes à redistribuer. L’argent gagné – les remboursements de la Sécurité sociale –, doit être réinvesti dans le centre. En théorie. Mais dans la pratique, les abus sont nombreux.
Juillet 2023. L’Assurance-Maladie prend une décision radicale. Elle déconventionne 13 centres ophtalmologiques Alliance Vision. Motif : facturation d’actes fictifs et non-respect des règles de facturation. Huit personnes ont depuis été mises en examen pour « escroquerie en bande organisée, blanchiment et exercice illégal de la profession de médecin », dans le cadre de l’instruction ouverte par la Junalco, la division du parquet de Paris chargée de la criminalité organisée.
D’après les informations de la cellule investigation de Radio France, l’un des instigateurs présumés de cette fraude d’ampleur (21 millions d’euros de préjudice pour l’Assurance Maladie) a été arrêté début mars en Israël. Yahir Haddad, qui possède la double nationalité franco-israélienne, s’était enfui de France le 15 juin 2023, juste après avoir reçu sa convocation devant les services de police, en vue de son placement en garde à vue. Il portait pourtant un bracelet électronique, résultat de son placement sous contrôle judiciaire dans une autre affaire. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir produit de faux documents du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) pour faire son Alyah [décision d’un juif d’aller s’installer en Israël, NDLR] et se soustraire ainsi à la justice française. Mais la police israélienne l’a donc finalement arrêté et placé en détention, une enquête ayant été ouverte sur place pour blanchiment. Toujours selon nos informations, la France vient de demander son extradition.
Une fois sur le sol français, Yahir Haddad devrait être présenté au juge et mis en examen. Fin de cavale donc pour celui qui a créé les centres Alliance Vision avec un ami d’enfance, Avner Taieb. C’était en 2018. Tous deux se présentent alors comme d’anciens opticiens. À Paris, à Argenteuil, au Havre, à Saint-Etienne, à Amiens ou à Orléans notamment, leurs centres accueillent immédiatement de nombreux patients, ravis de ne pas avoir à attendre plusieurs semaines pour décrocher un rendez-vous. « Ils étaient ouverts de 8 heures à 20 heures, 7 jours sur 7. C’était de l’abattage« , se souvient Axelle Berthout, ophtalmologue installée en libéral à Amiens. Certains de ses patients se sont laissé tenter par la grande amplitude horaire, avant de revenir la voir quelques semaines plus tard. « Ils étaient déboussolés, on leur avait fait des diagnostics qui ne tenaient pas la route« . Et pour cause. L’enquête, menée par les gendarmes de l’OCLTI a démontré que les médecins exerçant dans les centres Alliance Vision… n’en étaient pas forcément. « Des secrétaires, souvent sans expérience, pouvaient pratiquer des actes relevant des personnels de santé. Les orthoptistes [chargés de rééduquer la vision, NDLR] effectuaient des actes relevant de l’ophtalmologue et une partie des ophtalmologues étaient des médecins étrangers n’ayant pas encore l’autorisation d’exercer en France« , peut-on lire dans un arrêt de la Cour d’appel de Paris de septembre 2024 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter.
Pour signer les ordonnances, le personnel d’Alliance Vision utilisait les numéros RPSS, c’est-à-dire l’identifiant personnel, de médecins français. Ces derniers n’ont, à ce stade, pas été reconnus comme complices de la fraude. Tout comme les secrétaires médicales à qui les dirigeants d’Alliance Vision imposaient, selon les enquêteurs, de facturer des milliers d’actes fictifs. « Il y avait toujours cette petite pression pour facturer« , témoigne pour la première fois une ancienne secrétaire du centre d’Amiens, que nous appellerons Mathilde* pour préserver son anonymat. « On cotait [facturait, NDLR] des fonds de l’œil pour 80 % des patients. Même s’ils n’étaient pas réalisés, il fallait qu’on les cote. On devait toujours ajouter quelque chose pour élever le montant de la facturation. Parce qu’une consultation simple, pour eux, ça ne valait rien« . Les patients ne se rendent compte de rien. « Ils nous donnaient leur carte vitale en arrivant. Ils n’avaient rien à débourser grâce au tiers payant« , poursuit la jeune femme.
Mathilde raconte aussi que les objectifs de facturation venaient « d’en haut« . « C’était la directrice du centre qui avait les informations par le siège et qui nous les communiquait« , se souvient-elle. Les secrétaires sont conviées à rejoindre un groupe WhatsApp « avec des responsables d’Alliance Vision« . « Si la facturation était élevée, ils nous félicitaient. Si elle était basse, on nous disait de carburer« . Mathilde fait état de menaces à peine voilées. « On m’a déjà dit : ‘tu te tais sinon tu vas avoir des problèmes’« . En désaccord avec sa direction, la jeune femme a fini par quitter le centre Alliance Vision d’Amiens avant que le scandale n’éclate.
Sur l’ensemble des 13 centres Alliance Vision, le montant des recettes engrangées est impressionnant : plus de 82 millions d’euros en 4 ans, dont 21 millions de remboursements présumés injustifiés. Les deux dirigeants Yahir Haddad et Avner Taieb sont soupçonnés d’avoir empoché chacun, directement ou indirectement, plus de 2,4 millions d’euros. Pour sortir l’argent des centres, un épais maillage de sociétés a été mis en place, selon les enquêteurs. « La gestion des centres de santé relevait d’associations à but non lucratif. Mais contrairement à ce qu’exigeait la réglementation, chaque association se voyait adjoindre une société par actions simplifiée dont l’objectif était de récupérer les bénéfices des associations« , peut-on lire dans le dossier judiciaire. Pour ce faire, ces sociétés, créées par les patrons d’Alliance Vision, leurs proches ou des hommes de paille, facturaient très cher aux centres de santé tout un tas de prestations : mise à disposition de matériel, de locaux, de conseils, de ressources humaines. « L’objectif était de faire en sorte qu’il y ait une traçabilité au niveau de la comptabilité« , explique Fabien Badinier de l’Assurance Maladie. « Mais ces prestations étaient facturées à un niveau beaucoup trop élevé. Il s’agissait en fait d’aspirer l’argent de l’Assurance-Maladie« .
Contacté via son avocate, Avner Taieb conteste tous les faits qui lui sont reprochés. Lors de son interrogatoire de première comparution devant le juge d’instruction en juin 2023, il avait déclaré : « Je n’ai jamais eu l’idée de faire une fraude. J’ai essayé de faire au mieux, mais on n’a pas été accompagnés comme il le fallait par la Sécurité sociale. » Son ami Yahir Haddad, actuellement en détention en Israël, n’a pu être joint. Les autres mis en examen dans cette affaire sont l’ancien directeur financier du groupe Alliance Vision, son ancienne directrice générale adjointe, un actionnaire minoritaire, une directrice de centre, plusieurs intermédiaires et… un avocat parisien, conseil du groupe Alliance Vision et de ses dirigeants. Il lui est reproché d’avoir pris des parts dans une société rattachée au centre Alliance Vision de Rennes et dans un call center au Maroc, qui servait exclusivement à relancer les patients pour qu’ils prennent rendez-vous. En clair, il est suspecté d’avoir été un bénéficiaire économique de la fraude. Ce que lui conteste formellement. « Je n’ai perçu que des honoraires correspondant à mon travail d’avocat« , nous fait-il savoir via son avocat Yves Leberquier.
Reste que certaines conversations que l’avocat d’Alliance Vision a eues avec des responsables du groupe, captées lors d’écoutes téléphoniques, peuvent sembler embarrassantes. Le 31 mars 2023, au moment où les enquêteurs saisissent de l’argent sur les comptes de deux femmes qui ont supposément participé à la fraude, l’avocat s’entretient avec Avner Taieb au téléphone. Il lui lance : « il faut lui dire que tu vas la rembourser. Qu’elle ferme sa gueule et que tu vas la rembourser« . Le même jour, l’avocat appelle une directrice de centre Alliance Vision, elle aussi dans le viseur de la justice. Il lui propose de lui faire un virement pour compenser la saisie pénale. « Par contre tu n’en parles à personne« , dit-il à la jeune femme. « Non, t’inquiètes, je n’en parle à personne« , lui répond-elle. L’avocat conclut ainsi la conversation : « On te rembourse lundi matin tranquillement (…) Ne te mets pas dans un état comme ça, tout va s’arranger. » Yves Leberquier, a refusé de commenter ces écoutes téléphoniques qui concernent son client.
D’autres affaires de ce type illustrent l’ingéniosité sans limite des fraudeurs, comme le scandale Proxidentaire instruit à Dijon. 14 personnes ont été mises en examen fin 2021 pour escroquerie, blanchiment aggravé et complicité d’exercice illégal de la profession de chirurgien-dentiste. Les montants détournés sont moindres que dans l’affaire Alliance Vision. L’Assurance Maladie évalue son préjudice à 900 000 euros, essentiellement des remboursements d’actes fictifs. Mais des dizaines de patients ont vu leur dentition mutilée par des chirurgiens-dentistes étrangers qui n’avaient pas le droit d’exercer.
Depuis, selon les informations de la cellule investigation de Radio France, l’un des principaux mis en examen a pu rouvrir un centre dentaire dans une autre région, à Riedisheim en Alsace, au nez et à la barbe des autorités. Il s’agit de Kévin Gainet, l’ancien trésorier de Proxidentaire. On l’apprend au détour d’un arrêt de la Cour d’appel de Dijon, daté de décembre 2025. « Des vérifications diligentées auprès de la banque Revolut mettaient en évidence l’ouverture par M. Gainet d’un compte bancaire », écrivent les magistrats. « Il apparaissait que ce compte était ouvert au nom d’un centre dentaire Dollfus, association anonyme ayant pour activité la pratique dentaire, domiciliée à Lyon mais exerçant en réalité à Riedisheim. Son activité a débuté en février 2022« .
Or depuis sa mise en examen, Kévin Gainet a interdiction de gérer un centre dentaire. Son contrôle judiciaire a donc été révoqué et il a effectué quelques mois de détention provisoire en 2022. L’Assurance Maladie, que nous avons interrogée, estime que le problème est « réglé« . « Nous avons agi très vite et nous avons alerté l’Agence régionale de santé« , explique Fabien Badinier, le directeur de la lutte contre la fraude. « Les choses ont été stoppées et aujourd’hui, nous n’avons plus de reproche à faire vis-à-vis de ce centre.«
La situation semble cependant être un peu plus complexe. Le directeur actuel du centre dentaire de Riedisheim nous a confié qu’il louait son matériel médical à une société prénommée Dental Partner Corps Ltd. Or cette société est justement au cœur du scandale Proxidentaire. D’après les enquêteurs, elle aurait servi à blanchir l’argent de la fraude et aurait été créée par Kévin Gainet lui-même. Contacté par Radio France, ce dernier assure n’avoir « aucun lien » avec Dental Partner et le centre alsacien.
Pour les victimes de Proxidentaire, ce rebondissement est un coup dur. « Il y a clairement un manque de contrôle« , dénonce Laëtitia Beaudeau, la responsable du collectif de victimes, qui attend désespérément une date pour le procès. L’affaire est encore à l’instruction, les expertises sur les mutilations subies par les patients sont toujours en cours.
Dans ce genre d’affaires complexes, la justice peut donner parfois une impression de lenteur. C’est le cas aussi concernant la gestion des centres de santé du Cosem, dont la cellule investigation de Radio France avait révélé les irrégularités présumées en 2023. À l’époque, 11 lanceurs d’alertes, tous salariés du Cosem, avaient fait un signalement en justice contre leur directeur Daniel Dimermanas et sa famille pour « détournement de fonds publics« . Dans leur signalement, ils racontaient par le menu les dépenses jugées extravagantes des Dimermanas.
L’épouse du directeur avait ainsi dépensé 95 000 euros en notes de frais en 2021, dont 14 000 euros de restaurant, 1400 euros au palace niçois le Negresco et 328 euros de parfum chez Guerlain. Les lanceurs d’alerte avaient aussi découvert que Daniel Dimermanas s’était acheté une Jaguar avec les fonds du Cosem. « Quand on le lui a fait remarquer lors d’une séance du CSE [Comité social et économique, NDLR], il nous a dit : ‘Vous n’allez pas faire la lutte des classes ! »« , raconte Sybil*, l’une de celles qui a dénoncé ces pratiques. « En fait, ils ont profité de l’argent de la Sécurité sociale et des mutuelles pour pouvoir mener la grande vie, parce que c’est ce qu’ils faisaient, ils menaient la grande vie. C’est complètement anormal.«
À ce jour, Daniel Dimermanas et sa famille n’ont pas été entendus. Ni dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en 2023, ni dans le cadre de l’information judiciaire pour détournement de fonds publics ouverte le 23 décembre 2025 par le parquet de Paris. « Cela démontre la vacuité des accusations portées à mon encontre« , estime l’ancien directeur du Cosem. Daniel Dimermanas précise également à la cellule investigation de Radio France que la Jaguar est un « véhicule de fonction réglementaire« . Et que les notes de frais litigieuses ont été « examinées lors d’un contrôle fiscal approfondi« , sans que des anomalies ne soient, selon lui, détectées.
D’après nos informations, le Cosem a tout de même été sanctionné par l’Assurance Maladie car au-delà de la question du train de vie de la famille Dimermanas, des anomalies de facturation ont été détectées dans 9 des 17 centres de santé du réseau. « Nous avons découvert que des actes fictifs et des actes redondants ont été facturés« , révèle Fabien Badinier. « Il y a eu plus de 600 000 euros de remboursements indus. Nous les avons sanctionnés en prononçant 1 million d’euros de pénalité« .
Aujourd’hui le Cosem, vénérable association créée après la Seconde Guerre mondiale, n’existe plus. Il a été placé en liquidation judiciaire et ses centres de santé ont été repris par le groupe de cliniques privées Ramsay.
Alliance Vision, Proxidentaire, Cosem… Face à toutes ces dérives, le législateur tente de réagir. Ainsi, la loi Khattabi de 2023 a rétabli l’agrément préalable supprimé par la loi Bachelot. Pour ouvrir un centre, il faut notamment fournir aux Agences régionales de santé (ARS) les diplômes des praticiens et leurs contrats de travail.
Reste que les escroqueries sont de plus en plus élaborées et les fraudeurs inventifs. « Dans nos dernières enquêtes, on a eu affaire à des centres de santé 100 % fictifs« , raconte le général José Montull, patron de l’OCLTI. « Auparavant, le projet d’escroquerie était consubstantiel à la création du centre. Mais pour habiller la légende, le centre dispensait des soins réels pour donner le change en cas de contrôle. Aujourd’hui, on est confronté à des coquilles vides, des centres sans patient.«
Les fraudeurs, avec la complicité ou non de professionnels de santé, adressent à l’Assurance Maladie des demandes de remboursement complètement fictives en usurpant les données de patients. « Les demandes sont dispersées dans plusieurs caisses pour retarder la détection de la fraude« , selon le général Montull.
« Ce n’est plus de la fraude opportuniste« , analyse Marc Scholler, le directeur financier de l’Assurance Maladie. « On a quelque chose de nouveau, d’extrêmement agressif et dont l’objectif est de piller le système extrêmement vite. » Pour lutter contre la fraude, l’Assurance Maladie dispose aujourd’hui de 1700 agents répartis dans les caisses locales (CPAM). Parmi eux, depuis début 2025, 60 enquêteurs judiciaires – d’anciens gendarmes ou d’ex-policiers – viennent apporter leur expertise. Résultat, l’an dernier, l’Assurance Maladie a pu détecter et stopper « 723 millions d’euros de fraude » tous secteurs confondus, a annoncé hier la ministre de la santé Stéphanie Rist. Un chiffre en hausse de 15% par rapport à 2024.
Même souci d’agir vite du côté des complémentaires santé, qui sont en première ligne dans les remboursements de soins dentaires, d’audioprothèses ou dans les équipements optiques. « La fraude pourrait représenter entre 3 et 5 % des prestations versées par les complémentaires santé, soit entre 1 et 1,5 milliard d’euros« , estime Laure-Marie Issanchou, directrice santé à la Fédération nationale de la Mutualité française. « Ce n’est pas négligeable, surtout avec un tel déficit du système de santé et alors que se pose la question de la hausse des cotisations« , poursuit la responsable de la Mutualité pour qui « lutter contre la fraude est une priorité absolue« .
D’après les enquêteurs spécialisés, cette fraude à l’Assurance Maladie et aux complémentaires santé relève de plus en plus de la criminalité en bande organisée. Des liens se sont créés avec le narcotrafic. « On a observé dans plusieurs de nos enquêtes récentes des filières de blanchiment qui étaient également utilisées par des figures du narcobanditisme français« , explique le général José Montull. « Quand vous vendez des stupéfiants, vous avez beaucoup d’espèces à écouler. Et les gens qui créent des centres de santé pour frauder s’adossent sur tout un tas de sociétés disposant de comptes bancaires. Ils ont déjà des moyens de bancariser l’argent détourné. Donc on observe des convergences entre des narcotrafiquants qui veulent écouler leurs espèces et ces fraudeurs qui les leur rachètent et qui les bancarisent. » Preuve supplémentaire que la fraude à l’Assurance Maladie a changé de dimension.
*Le prénom a été modifié
Hold-up sur la santé : enquête sur les fraudes massives dans les établissements médicaux à écouter dans « Révélations » sur France Inter
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Conclusion : Nous vous tiendrons informés des prochaines évolutions.

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