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2 avril 2026Analyse : L'équipe éditoriale a examiné cette actualité et partage son point de vue.
Notre équipe propose un aperçu rapide des éléments de « avec la loi sur la peine de mort, la société israélienne est-elle à un tournant? ».
Ce qu'il faut retenir
Les députés israéliens ont adopté un texte de l’extrême droite établissant la peine de mort pour les « terroristes ». Selon la sociologue et spécialiste d’Israël Sylvaine Bulle, ce texte aurait de graves conséquences sur la société israélienne s’il entrait en vigueur.
Le Parlement israélien a adopté cette semaine une loi instaurant « la peine de mort pour les terroristes », un texte taillé sur mesure pour ne s’appliquer qu’aux Palestiniens qui suscite un tollé sur la scène internationale.
La peine de mort existe en Israël, mais n’a été appliquée qu’à deux reprises: en 1948, peu après la création de l’État, contre un capitaine de l’armée accusé de haute trahison, et en 1962, contre le criminel nazi et architecte de la Shoah Adolf Eichmann.
Le cadre général de la loi prévoit que toute personne qui commet un homicide « avec l’intention de mettre fin à l’existence de l’État d’Israël » sera condamnée « à mort ou à la prison à perpétuité ». Mais pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée, le texte prévoit que la peine capitale soit la sanction par défaut si l’homicide est qualifié d’acte de terrorisme par la justice militaire israélienne.
L’adoption du texte a provoqué les réactions indignées d’ONG de défense des droits humain, de plusieurs pays dont la France et de l’ONU. Le Conseil de l’Europe, vigie des droits de l’homme et de la démocratie sur le continent, a également menacé d’exclure Israël de son statut d’observateur.
La sociologue Sylvaine Bulle, chercheuse à l’EHESS et auteure d’Israël après le 7-Octobre (PUF, février 2026), explique à BFM le contexte dans lequel cette loi a été votée et ses implications pour la société israélienne.
Qu’est-ce qui a motivé le vote de ce texte ?
C’est tout d’abord l’hubris folle d’une partie du gouvernement, c’est-à-dire une branche de l’extrême droite, les Kahanistes, représentés par le ministre Itamar Ben-Gvir, qui a porté cette loi, et qui fait valoir un idéal de pureté juive excluant les Palestiniens. C’est la branche la plus sectaire du sionisme, qui se conjugue avec le suprémacisme que porte Bezalel Smotrich, ministre des Finances.
Smotrich et Ben-Gvir considèrent que le 7-Octobre n’est pas terminé et ne fait que commencer. Ils considèrent que le 7-Octobre peut se reproduire tout le temps, partout, au nord, au sud, à l’intérieur, en Cisjordanie. Et que donc les citoyens israéliens juifs peuvent être attaqués par des terroristes, par le Hamas, le Hezbollah, mais aussi par des citoyens palestiniens revendicatifs. C’est une loi raciste qui s’inscrit dans une logique, d’épuisement, d’étouffement et de harcèlement de la population palestinienne.
La loi a aussi été votée par le parti de droite Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahu…
Les kahanistes et les suprémacistes représentent peut-être 10% de l’électorat, mais ils pèsent de façon disproportionnée dans la coalition gouvernementale. Ils sont devenus forts non pas en voix, mais parce que la coalition gouvernementale actuelle se rapproche de plus en plus d’eux.
Tout cela est le signe de la porosité entre la loi religieuse, le droit juridique civil, l’armée, le gouvernement et les institutions. On le voit en Cisjordanie où les exactions des colons, des sionistes religieux, ne sont pas punis, ou le sont en tout cas de moins en moins.
La loi doit désormais passer plusieurs filtres constitutionnels dont la Cour suprême. Si elle entrait en vigueur, quelles seraient les conséquences sur la société israélienne?
Ce serait définitivement un tournant dans l’histoire de ce pays. C’est une loi qui d’une part va absolument anéantir Israël en tant qu’État de droit et qui d’autre part s’attaque à une partie du sionisme actuel qui est un sionisme de gauche, humaniste, socialiste et moral. C’est cela qui est menacé de disparaître.
Il faut insister sur la déshumanisation des Israéliens, par effet de ricochet, qui en résulte. Ce que je retiens de la loi, en-dehors de l’aspect pratique intolérable, c’est l’effet de sidération et d’épuisement qu’il produit sur les citoyens juifs humanistes qui restent nombreux et qui vont être assimilés à cette cruauté.
Sur le plan juridique il y a quand même de fortes chances pour que la loi soit réfutée par la Cour suprême, car elle introduit une rupture fondamentale qui est la rupture d’égalité entre les citoyens.
Certaines ONG dénoncent une société israélienne à deux vitesses, divisée entre les citoyens juifs et les citoyens arabes. Peut-on parler d’ »apartheid », comme le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez?
En Israël (à différencier de la Cisjordanie occupée), il y a des discriminations de fait qui sont indéniables, mais en droit, on ne peut pas parler d’apartheid. Un Palestinien d’Israël est un citoyen doté d’un passeport, il a le droit de circuler, de voyager, d’aller à l’étranger, d’aller en justice. Il a le droit à une éducation – les Palestiniens d’Israël sont maintenant mieux éduqués que les premiers Israéliens. De grands postes de médecins, de professeurs, sont occupés par des Palestiniens. Mais ces dernières années, il y a eu en effet des reculs dans la loi, notamment avec la loi fondamentale de 2018 et le statut de la langue arabe qui a été dégradé.
L’adoption de cette loi a suscité un tollé sur la scène internationale, y compris parmi des soutiens du gouvernement israélien et dans la diaspora.
Une des adversaires des partisans de l’extrême droite et sioniste religieuse actuelle est la diaspora juive. À leurs yeux elle trahit la nation d’Israël, car elle n’est pas religieuse, et surtout elle ne défend pas le pays puisqu’elle ne fait pas l’armée. Selon eux, l’israélité authentique consiste à dire que l’on est d’abord israélien, ensuite on est juif.
Ce type de discours se construist contre une figure de l’ennemi qui est le Palestinien, le non-juif, mais aussi les non-pratiquants, le juif laïc, le juif de la diaspora. Donc de ce point de vue-là, il y a effectivement une vraie scission. La diaspora ne comprend plus les Israéliens, mais les Israéliens ne veulent surtout pas avoir à comprendre la diaspora.
La société israélienne est-elle en train de se refermer sur elle-même?
Le gouvernement d’Israël considère qu’il a le monde entier comme ennemi. Et on ne peut pas dire que ce soit faux de ce point de vue-là. Israël est en effet isolé du reste du monde. C’est un constat. Par contre, la réponse qui est faite, de ce point de vue quasiment eschatologique (tournée vers la fin du monde, NDLR), de se refermer et surtout de dire qu’il n’y a de la place que pour les vrais juifs, est évidemment une mauvaise réponse.
Israël est un pays perpétuellement en guerre depuis le 7-Octobre. Les questions d’État de droit et de droits humains sont-elles relégués au second plan?
Nous sommes entrés dans une société de l’ennemi en Israël. Ça ne veut pas dire qu’elle est incompatible avec la démocratie, mais la temporalité n’est pas la même. Une refonte de la démocratie, qui supposerait de faire reculer l’extrémisme religieux, demande une temporalité qui, de mon point de vue, est celle de 5 à 10 ans, alors que là, nous sommes toujours dans une temporalité de la guerre depuis le 7-Octobre.
Les Israéliens pensent majoritairement, y compris à la gauche, à la sécurité et à sortir de cette temporalité-là. Ils ont un esprit très pragmatique là-dessus. D’abord sortir de la guerre, et ensuite reconstruire la démocratie.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Notre rédaction suivra les développements à venir et partagera des analyses.

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