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3 avril 2026Analyse : Quelques éléments à retenir de cette information pour nos lecteurs.
Nos journalistes proposent un aperçu de l'article « Antarctique: bataille autour du krill entre Sea Shepherd France et les géants de la pêche ».
Ce qu'il faut retenir
Ce mardi 31 mars, un navire de Sea Shepherd France a percuté un chalutier de pêche au krill, l’Antarctic Sea, dans les eaux polaires. Coutumière des opérations « d’action directe », l’organisation revendique vouloir alerter sur les conséquences mondiales de cette industrie.
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« Il y a effectivement eu une collision. C’était surtout pour envoyer un message clair. » Depuis le MV Bandero, navire opéré par Sea Sheperd France, Lamya Essemlali, la présidente de l’organisation, revient sur l’opération : « Des mesures de précaution ont été prises pour ne blesser personne, on était au-dessus de la ligne de flottaison. L’objectif était surtout d’interpeler Aker et l’opinion publique ».
Aker, c’est Aker Qrill, géant norvégien de l’industrie de la pêche au krill, accusé par Sea Shepherd de mener « une activité extrêmement destructrice, la pêche au krill en Antarctique ». Ce petit crustacé joue en effet un rôle important : il est à la base de la chaîne alimentaire dans cette partie du monde, nourriture essentielle des baleines, manchots, phoques, oiseaux marins. « Si on a un problème avec les populations de krill, on a un effondrement en cascade de la biodiversité ici en Antarctique », développe Lamya Essemlali, évoquant une « bombe à retardement écologique ».
Joint par RFI, Matts Johansen, le patron de la société norvégienne, n’a pas la même lecture de l’événement. « J’ai partagé des images où on voit qu’ils nous percutent à l’arrière du navire. C’est là que se trouve le réservoir de diesel », raconte-t-il, alors que son navire se trouvait à « plusieurs jours de navigation du port le plus proche ou de toute capacité de sauvetage », ce qui aurait mis en danger l’équipage « dans ces eaux, où chaque minute compte ». Une version contredite par Lamya Essemlali depuis le MV Bandero : « Ils parlent d’un réservoir de gasoil. En réalité, c’est leur équipement de sauvetage qui est à proximité. Le capitaine a très bien manœuvré le bateau pour éviter tout risque potentiel. On aurait pu faire une collision beaucoup plus impactante si on l’avait voulu, mais c’est un choix délibéré de ne pas prendre de risques à ce niveau‑là », insiste-t‑elle. Coup de chance, répond Matts Johansen, évoquant une mer formée, des rafales de vent et le risque que « si vous prenez la vague au mauvais moment, les conséquences puissent être dévastatrices ». Il se dit néanmoins soulagé : « L’équipage est choqué, mais sain et sauf. L’opération n’a pas été interrompue. » Il annonce la saisie de la justice.
Une industrie en plein essor
Pour Sea Shepherd, la multiplication des chalutiers spécialisés, « une bonne dizaine sur la zone », et l’augmentation des volumes pêchés constituent un signal d’alarme. L’organisation souligne que la saison précédente s’est terminée plus tôt que d’habitude, en août, parce que le quota avait été atteint pour la première fois. Elle accuse l’industrie de concentrer sa pêche précisément dans les zones d’alimentation des prédateurs marins, là où se rassemblent baleines et manchots. « L’argument de l’industrie est de dire qu’elle ne capture qu’1 % de la population estimée de krill. 1 %, ça peut sembler peu, sauf que c’est concentré dans une zone qui est la cantine des prédateurs marins », affirme Lamya Essemlali.
D’autant plus que l’intérêt même de cette industrie est remis en question. Lamya Essemlali énumère : « La majeure partie des prises est transformée en nourriture pour le saumon d’élevage, en compléments alimentaires et en nourriture pour animaux de compagnie. On n’est vraiment pas sur des usages essentiels, cette pêche n’a absolument aucune justification. » Matts Johansen, se dit en réponse « très surpris », mettant en avant « les pêches les plus durables au monde » et le cadre réglementaire « extrêmement strict » censé encadrer l’activité en Antarctique.
« On n’a absolument aucun besoin du krill »
La région est placée sous le régime du Traité sur l’Antarctique et de la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR), une organisation qui réunit 27 États et fonctionne par consensus. « Tout ce que vous faites doit être approuvé par tout le monde, explique-t‑il. C’est un système lent, mais très conservateur. » Selon lui, l’industrie du krill ne peut capturer que 1 % de la biomasse estimée. « Une fois que ce 1 % est atteint, la pêche s’arrête, peu importe le “boom” de l’industrie », affirme-t‑il, mettant en regard ces chiffres avec ceux des quantités de krill prélevés par les animaux marins, qui consomment « 24 % de la biomasse de krill chaque année ». Il poursuit : « Je comprends le débat sur les pratiques humaines en Antarctique. Mais de notre côté, nous considérons qu’il manquera 50 millions de tonnes de protéines à l’humanité en 2050. Il faudra les trouver quelque part. Nous devons exploiter les ressources que nous pouvons de manière durable et c’est ce que nous faisons ».
Pour Lamya Essemlali, au contraire, le calcul est sans appel. Au-delà de son rôle central dans la chaîne alimentaire antarctique, le « krill joue aussi un rôle de puits de carbone, en séquestrant le CO₂ qu’il entraîne vers les profondeurs ». Dans un contexte de crise climatique, « il est d’autant plus irresponsable de fragiliser cette brique de base de l’écosystème antarctique […]. On n’a absolument aucun besoin du krill. Les entreprises nient complètement les alertes scientifiques. C’est très problématique. »
Dans les eaux antarctiques, la confrontation n’est ainsi pas terminée. La flotte de chalutiers, norvégiens, chinois ou coréens, poursuit sa campagne de pêche au cœur de la saison du krill. Le Bandero de Sea Sheperd est toujours sur place, tout comme l’Antarctic Sea qui a repris ses opérations, accompagné de garde-côtes chiliens appelés par Aker Qrill.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Nous continuerons de surveiller cette situation pour vous informer.

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