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5 avril 2026Analyse : L'équipe éditoriale a examiné cette actualité et partage son point de vue.
Notre équipe met en lumière les éléments clés de « « Changer la Russie implique d’agir ici et maintenant, au niveau local » ».
À savoir
ENTRETIEN – Privée de la possibilité d’enseigner à l’université, déchue de son mandat d’élue locale à Moscou et reconnue « agent de l’étranger », cette figure de l’opposition restée en Russie est l’une des rares à s’exprimer publiquement. Elle réclame un arrêt immédiat des combats en Ukraine.
LE FIGARO. – Vous avez été femme politique et enseignante à l’université. Que faites-vous aujourd’hui, après avoir été réprimée par le pouvoir ?
IOULIA GALIAMINA. – Je me considère toujours comme une femme politique. Je m’occupe toujours de projets mais je ne peux pas le faire publiquement, ni rentrer ici dans les détails, car j’ai été désignée comme un « agent étranger ». J’aide des militants et des communautés qui s’engagent dans la vie publique et œuvrent pour le bien commun. Je ne peux pas être en première ligne ; je travaille en coulisses : j’aide, je forme, je conseille…
En tant qu’« agent étranger » conservez-vous une marge de manœuvre ?
Gagner sa vie est pratiquement impossible. Les possibilités d’emploi officiel sont minimes. Le taux d’imposition pour les « agents étrangers » est très élevé : 30 % de l’impôt sur le revenu. Et d’ailleurs, qui souhaiterait recruter un « agent de l’étranger » ? Mes droits au travail sont bafoués et mes droits politiques aussi.
En politique, il m’est interdit de me présenter aux élections, de rejoindre l’équipe de campagne d’un candidat ou de soutenir officiellement qui que ce soit… Avec ce statut, dont je suis frappée depuis septembre 2022, le pouvoir a tenté de m’effacer complètement. Il faut dire qu’en 2020, j’ai fait l’objet d’une procédure pénale pour participation à l’organisation de manifestations contre la réforme constitutionnelle (permettant à Poutine de rester au pouvoir jusqu’en 2036, NDLR). J’ai écopé d’une peine de deux ans avec sursis, ce qui a restreint toutes mes activités publiques.
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Et pourtant vous restez déterminée à agir ?
Bien sûr, mais il ne faut surtout pas en parler. Dans notre pays, les autorités s’attachent avant tout à la forme : si rien n’est visible, c’est que rien ne se passe et que tout va bien. Personne n’ira creuser. Les Russes, dans leur grande majorité, ne soutiennent ni la répression, ni l’autoritarisme, ni la guerre ; ils font juste semblant.
Actuellement, ce sont surtout les blocages de l’internet qui irritent les Russes…
Oui, le mécontentement populaire grandit : les prix augmentent, les conditions de vie se dégradent… Et les élections à la Douma se tiendront en septembre prochain. Pour les dirigeants, tous les maux viennent des réseaux sociaux. Mais en les interdisant les uns après les autres, (WhatsApp, Telegram…), ils ne font qu’attiser le mécontentement. Les entreprises en souffrent ; les gens simples aussi – par exemple, ceux qui prennent leurs rendez-vous médicaux en ligne… D’abord, les pouvoirs nous ont forcés à entrer dans ce « goulag numérique », et maintenant ils nous en expulsent.
Partout dans le pays, des gens agissent et obtiennent parfois des résultats
Comment les gens peuvent-ils exprimer leur mécontentement ?
C’est très difficile. La seule chose qui fonctionne, c’est l’action collective : recueillir des signatures, poster des messages vidéo… Cela ne garantit pas le résultat. Mais on sent que les autorités hésitent, elles avancent d’un pas, puis reculent… Par exemple, non loin d’ici (dans un quartier du nord de Moscou, NDLR), il y a une maison centenaire. Il y avait le projet de la démolir et de construire une grande tour à la place. C’était en 2023, déjà durant la guerre. Nous avons recueilli quatre mille signatures contre la démolition, sans organiser de manifestations. Nous faisions des séances de peinture en plein air dans le parc, en dessinant cette maison… Les fonctionnaires ont finalement fait marche arrière. La maison est toujours là. Partout dans le pays, des gens agissent et obtiennent parfois des résultats : ils organisent des collectivités, des groupes… Certaines choses marchent, d’autres non.
Peut-on, de cette façon, obtenir un vrai changement politique ?
Si vous protestez radicalement et frontalement, vous vous heurterez à une forte réaction des autorités. Et cela se termine par l’émigration, la mort, la prison… J’ai commencé à étudier la philosophie précisément parce que j’ai compris que nous ne savions pas comment agir. Comment faire pour permettre le changement nécessaire ? Nous partons du concept philosophique d’« événement politique mineur », c’est-à-dire un événement notable qui se produit ici et maintenant, et qui entraîne un changement dans certains lieux, sur certains sujets. C’est ainsi que se transforment le tissu social, les expériences, les habitudes et le quotidien des gens.
Quelques exemples concrets ?
En Russie, différentes communautés peuvent se réunir, discuter de différents domaines, parler de l’avenir… Je connais un groupe qui s’appelle le club Vert : les gens y parlent de boutures de fleurs mais lisent aussi des livres de philosophie. Ils participent à des campagnes pour la défense de l’environnement, militent pour le tri des déchets, organisent des conférences publiques… Les gens se regroupent, échangent et cherchent un nouveau sens à leur vie. Ils ne font rien de radical mais s’impliquent en tant que citoyens. Avec une association de quartier, nous essayons de protéger la forêt. Nous écrivons aux instances gouvernementales et planifions des actions communes.
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On ne change pas le système par des actions radicales, qui mènent souvent à des violences majeures, mais en modifiant de petites habitudes politiques quotidiennes. Il faut essayer d’élargir des « bulles de liberté », où se créent des alternatives politiques. Le pouvoir nous en empêche ; il faut se relever et continuer.
Mais dans l’ensemble, aujourd’hui, les Russes ne souhaitent pas s’impliquer dans la grande politique. Ils veulent que quelqu’un prenne les décisions à leur place et que les autorités leur permettent de vivre tranquillement. Le programme nucléaire iranien ne les inquiète pas ; de même que le « régime nazi ukrainien » dont parle le pouvoir. Seuls 7 à 10 % de la population s’en soucient. Cependant, beaucoup plus souhaitent participer à la gouvernance au niveau local et à la solution des problèmes qui les concernent directement : comment empêcher un oligarque de bloquer l’accès à la rivière en y construisant sa maison, comment interdire l’installation d’une décharge à côté de chez soi, comment empêcher la construction d’une église dans un parc public, ou empêcher la fermeture d’une église là où elle est nécessaire…
Il me semble que l’Europe n’a aucun plan d’avenir concernant la sécurité du continent. Elle s’en tient à la vision de la Russie comme puissance adverse
Comment, selon vous, mettre fin à la guerre en Ukraine ?
La Russie, l’Ukraine et les Européens ont chacun leur vision particulière de ce qui est « juste ». Je propose d’abandonner cette « théorie de la guerre juste », au profit du pacifisme, pour donner la priorité à la vie des gens plutôt qu’aux frontières et aux territoires. Je dirais à Poutine : il est inutile de rechercher à imposer ce que vous qualifiez de « juste » par la force et la violence car cela ne mène qu’à davantage de victimes. La seule chose à faire est d’arrêter tout et de geler la situation sur le terrain.
Par ailleurs, il me semble que l’Europe n’a aucun plan d’avenir concernant la sécurité du continent. Elle s’en tient à la vision de la Russie comme puissance adverse et perpétue les mêmes structures systémiques, telle l’Otan, qui ont fait de notre pays un ennemi potentiel. Je ne parle pas de la Russie de Poutine, mais de la Russie tout court. Vous dites que vous allez vous défendre contre la Russie… mais Poutine partira un jour. Et s’il n’y a pas de compréhension que la Russie sans Poutine est un partenaire, cela pourrait reproduire les conditions d’une troisième guerre mondiale.
Poutine est là néanmoins. Comment envisagez-vous l’avenir ?
Quand Poutine partira, deux voies s’ouvriront. Soit une junte de « siloviki » émergera (ce terme désigne les « structures de forces », c’est-à-dire les « services », l’armée, NDLR), soit un néolibéral quelconque prendra le pouvoir, par exemple Mikhaïl Michoustine (l’actuel premier ministre) ou Sergueï Sobianine (le maire de Moscou). Dans les deux cas, l’étau se desserrera peu à peu, car aucun de ces deux camps n’aura le pouvoir de préserver le système actuel. Selon moi, s’ouvrira alors une phase dans laquelle il faudra nécessairement accorder une certaine liberté au peuple. Nous devrons en tirer parti.
Cependant, il existe déjà de petites fenêtres d’opportunité pour changer progressivement les choses. Je ne crois pas à un scénario révolutionnaire – comme l’espèrent certains de mes collègues, membres de l’opposition partis à l’étranger. Il faut agir, ici et maintenant, et adapter notre tactique en fonction de la réalité du pays.
Source : www.lefigaro.fr
Conclusion : Une information à suivre dans les jours à venir.

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