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7 avril 2026que cherche vraiment Donald Trump avec la guerre au Moyen-Orient, alors que la fin de l’ultimatum approche?
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À retenir
Le monde attend la fin du nouvel ultimatum lancé à Téhéran par le locataire de la Maison Blanche. Le docteur en géopolitique Frédéric Encel analyse dans « Quid Juris, le podcast du Club des Juristes » la situation internationale au regard du droit, mais aussi des foucades du président américain.
Que peut faire la France face au blocage du détroit d’Ormuz? L’ONU a-t-elle encore un rôle à jouer dans ce conflit? La guerre en Iran peut-elle signer la fin de l’OTAN? Donald Trump peut-il se sortir du piège de Téhéran? Le nouvel épisode du podcast Quid Juris, le podcast du Club des Juristes tente de répondre à toutes ces questions. Laurent Neumann y reçoit Frédéric Encel, docteur en géopolitique, maître de conférences à Sciences-Po, fondateur des Rencontres géopolitiques de Trouville, et auteur d’un livre récemment chez Odile Jacob, La guerre mondiale n’aura pas lieu.
Laurent Neumann: Pour rebondir sur le titre de votre livre, à partir de quel moment on peut dire qu’une guerre est mondiale ?
Frédéric Encel: C’est une question centrale. Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. Il n’y pas de guerre mondiale, il n’y a que des preuves de guerres mondiales. Parmi ces paramètres, il y en a un qui est empirique, à travers les deux grandes guerres du XXe siècle, qui était l’existence de deux blocs d’alliances militaires opposées.
Aujourd’hui, cela n’existe pas. Il y a une coalition de deux États, l’Amérique et Israël face à un troisième pays qui est l’Iran. Dans conflit, vous avez le préfixe « con » en latin avec conflictualité. Une belligérance en quelque sorte. C’est ça une conflictualité. En réalité, les États arabes, ça ne vous aura pas échappé, ne réagissent pas. Donc ne forment pas une alliance.
LN: L’Iran considère que tous les pays du Golfe sont belligérants, parce qu’ils aident d’une certaine manière les États-Unis et Israël, tout comme les pays européens. Ne sont-ils pas co-belligérants, en tout cas ennemis?
F.E: La propagande de Téhéran ne vaut pas réalité. Vous mentionnez des États qui accueilleraient des bases américaines ou occidentales. Oman n’en a aucune sur son sol, pas plus que l’Arabie Saoudite. Idem pour l’Azerbaïdjan, aucune.
Quant aux États européens, ils sont très officiellement, très concrètement non belligérants. D’ailleurs, ils l’ont dit dès le départ et la plupart des États européens, en fait la quasi-totalité, n’ont pas de bases militaires dans la région. Sauf le Royaume-Uni en Jordanie et la France aux Émirats arabes unis. Pour honorer son contrat en quelque sorte de défense mutuelle avec les Émirats arabes unis, la France fait voler ses Rafale, mais à des fins exclusivement défensives.
Ce n’est pas parce qu’un État, dominé par un régime par ailleurs extraordinairement fanatique et tout à fait contempteurs du droit international, désigne des ennemis que cela correspond à une réalité géopolitique ou juridique.
L.N: Ce qui intéresse les Français, c’est ce qui se déroule en ce moment au détroit d’Ormuz. Il y avait 120 navires qui l’empruntaient avant la guerre, entre 0 et 5 aujourd’hui. Or, la liberté de navigation est un principe fondamental du droit international que l’Iran ne respecte pas…
F.E: La libre circulation maritime, vous l’avez rappelé, c’est fondamental. C’est dans la convention de Montego Bay de 1982. De ce point de vue-là, les Iraniens aujourd’hui ne la respectent pas. L’Iran viole la souveraineté à la fois aérienne, maritime et finalement terrestre des États du Golfe.
L.N: On ne sait pas comment cette guerre va finir, ni quand elle va finir. Mais l’une des conséquences potentielles, c’est que l’Iran se met à privatiser d’une certaine manière le détroit d’Ormuz en réclamant 2 millions de dollars par bateau.
F.E: Bien sûr. C’est la façon dont les États voyous se comportent. On est hors droit. Pour être intellectuellement très honnête, je vous dirais que l’attaque américano-israélienne, si on s’en tient au strict droit international et à la Charte des Nations Unies, ne correspond pas à un droit reconnu par les Nations unies puisque l’Iran est un État souverain et donc il peut à bon droit riposter. Mais attention, pour riposter contre les belligérants, contre les assaillants, certainement pas contre le sultanat d’Oman.
L.N: Le blocage du détroit d’Ormuz peut avoir des conséquences incalculables. Donald Trump dit une fois que la guerre sera finie, ce seront les pays qui ont besoin d’utiliser ce détroit qui organiseront sa sécurité. Le Royaume-Uni et la France ont prévu de réunir une coalition d’une trentaine de pays pour organiser la sécurité de ce détroit…
F.E: Mais pour ça, il faudrait un mandat de l’ONU au minimum. En principe, il faut même carrément en passer par l’exécutif de l’ONU. C’est l’organe exécutif qui est bien évidemment le Conseil de sécurité. Maintenant, je ne vous rappellerai pas qu’au Conseil de sécurité siègent la Russie et la Chine. Alors, comment fait on?
Les Français, les Britanniques, à bon droit, pourraient déposer des résolutions de concert, comme ils le font d’ailleurs régulièrement depuis le 15 mars 2011, c’est-à-dire depuis l’affaire libyenne. On était à l’époque du printemps arabe, mais depuis, Paris et Londres déposent quasi systématiquement ensemble, d’un commun accord, des résolutions au Conseil de sécurité.
Ce que j’approuve d’ailleurs formellement, à la fois en tant qu’Européen et en tant que géopolitologue. Mais ça ne suffit pas, parce que si l’un des trois autres membres permanents met son veto, évidemment, ça ne correspondra à rien. Et c’est là qu’on en arrive, me semble-t-il, à la question fondamentale du droit international tel qu’il existe depuis 1945 et qui, à mon avis, est dépassé. On peut parfaitement le regretter et on peut bien évidemment rester, c’est mon cas, très attaché à une forme de droit international permettant à tout le moins à minima un multilatéralisme. Mais il est dépassé. Pas depuis Donald Trump au Moyen-Orient, depuis au moins Vladimir Poutine en Ukraine.
L.N: Depuis le début de ce conflit, l’ONU semble singulièrement absente. Elle est censée être le lieu du multiralisme et de la diplomatie…
F.E: Oui, il est censé l’être, mais depuis 1945, il n’aura échappé à personne que ce sont les grandes puissances qui sont au Conseil de sécurité, membres permanents, donc dotés du fameux droit de veto, qui imposent leurs vues. L’ONU a été bâtie dans un moment particulier et sur un revue de force extrêmement particulier. Et aujourd’hui, les choses ont changé.
L.N: Pourquoi selon vous, Donald Trump repousse sans cesse son ultimatum ?
F.E. Parce que les négociations continuent. Et ensuite parce que c’est Trump. Sur le plan politique et militaire, il est d’une imprévisibilité quasiment totale. Il ne l’est pas sur le plan économique. C’est un mercantiliste absolu. Il est si imprévisible que je ne sais même pas dans quelle mesure lui-même sait quelle décision il va prendre le lendemain.
Et je ne plaisante pas. On a rarement à faire dans l’histoire longue des relations internationales à ce type de cas de figure. S’il organisait sa propre imprévisibilité pour tromper ses ennemis, ce pourrait ne pas être idiot. Sauf que je ne suis pas du tout certain que la majorité que la masse critique, disons, de ses propos et actes erratiques, relève de cette « stratégie ».
Je pense qu’il y a aussi chez Monsieur Trump une part importante de n’importe quoi. Ce que l’on peut dire, c’est qu’il ne cherche pas prioritairement à abattre le régime de Téhéran, mais il cherche à terme à pacifier, je dis bien pacifier – pas certain qu’il y réussisse – la région au profit bien évidemment des États-Unis, mais aussi de pays du Golfe qu’il ne considère pas comme des alliés mais comme des clients.
L.N: Un affaiblissement de l’Iran lui suffirait…
F.E: Un affaiblissement de l’Iran et de sa toxicité géopolitique. Et de ce point de vue-là, regardez à quel point les pays du Conseil de coopération du Golfe, qui sont tous frappés par l’Iran, achètent des moyens de protection par centaines de milliards de dollars sur ces dernières décennies aux États-Unis et à d’autres pays, y compris la France. Pour les États-Unis, pour l’économie américaine, pour l’économie de la famille de Monsieur Trump et la sienne aussi, c’est extrêmement important.
L.N: Quid du peuple iranien dans tout cela ?
F.E: De manière extraordinairement cynique, Donald Trump a appelé les Iraniens à continuer à se révolter en leur affirmant un soutien immédiat qui a d’ailleurs mis plusieurs semaines à venir, c’est le moins qu’on puisse dire. Je vais être extraordinairement franc avec vous, Monsieur Trump se fiche complètement de la population iranienne. Il se fiche de la démocratie sur laquelle d’ailleurs il met des coups de canif aux États-Unis.
Mais en était-il autrement pour Obama avec la Syrie? Ou pour Clinton au Rwanda? Je veux bien que l’on « luciférise » Trump mais, en réalité, il s’inscrit dans une espèce de realpolitik glaciale qui, malheureusement, a presque toujours prévalu. Et, non, on ne fait, on ne fera rien pour la malheureuse population iranienne.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Quelques éléments à garder en tête pour suivre cette actualité.

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