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8 avril 2026Nu et musclé ? Les masculinités en Grèce antique : épisode du podcast Quoi de neuf en Grèce antique ?
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Résumé pour le lecteur
L’émergence de l’histoire des femmes et du genre permet d’écrire une histoire des masculinités à nouveaux frais. Il s’agit d’un concept pluriel et complexe, entre force et faiblesse, performance et fragilité. De nouveaux outils, largement mobilisés par les historiennes Véronique Mehl et Lydie Bodiou, directrices du Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne (Presses universitaires de Rennes, 2026), renouvellent la perspective, comme l’histoire du corps, l’histoire des représentations, ou l’histoire du sensible.
Les Grecs définissent la masculinité et la virilité avec le terme d’andreia, qui prend aussi le sens de courage. Cette qualité peut donc être appliquée aux hommes comme aux femmes. Un idéal masculin se dessine à travers la culture matérielle et littéraire grecque antique. Il renvoie au modèle élitaire « kalos kagathos » (bel et bon), c’est-à-dire à une harmonie et une noblesse de corps et d’esprit. L’athlète comme les héros de la mythologie et des épopées homériques occupent une place de choix dans l’exaltation de ces valeurs. Achille, le beau et valeureux combattant de la guerre de Troie, ou Héraclès, le fils de Zeus à la force surhumaine, sont des figures exemplaires de cette masculinité grecque. Exposés dans le gymnase, ces héros mythologiques servent de modèle, notamment pour les petits garçons. Ils sont néanmoins plus complexes qu’il n’y paraît. Ils sont capables de trembler de peur de la tête aux pieds, chez Homère, ou de pleurer à chaudes larmes. Ainsi Achille verse-t-il des larmes amères au début de l’Iliade, après que sa captive Briséis lui a été ravie sur ordre d’Agamemnon.
Les temps de la procréation et de l’éducation sont des moments privilégiés pour étudier la fabrique des hommes grecs. Les sociétés grecques sont patriarcales et eugénistes. Elles favorisent le masculin, notamment à travers des pratiques comme l’exposition des nouveaux-nés, qu’ils soient malformés ou handicapés, ou qu’il s’agisse de petites filles. Les garçons sont façonnés très tôt par un mélange de principes éducatifs, de contraintes collectives et d’attentes familiales, en particulier dans le cadre du gymnase ou de l’éphébie, entre 18 et 20 ans. Les adultes, qu’ils soient hommes ou femmes, jouent un rôle central dans ce contingentement des esprits et des corps masculins.
Les hommes grecs peuvent se concevoir par une série de fonctions et de rôles au sein de la cité, qu’ils prennent les armes et s’illustrent à la guerre, qu’ils exercent leurs droits de citoyens et dominent femmes, esclaves, métèques et barbares, ou qu’ils récoltent des honneurs athlétiques par leur culture physique impeccable.
Cependant, un examen plus serré des sources permet de mettre en évidence des figures masculines qui ne se conforment pas à ces normes hégémoniques. Loin d’une image monolithique de la vaillance militaire, certains guerriers apparaissent terrifiés, prennent la fuite, trahissent, sont vaincus ou faits prisonniers. De même, au sein de la vie politique de la cité ou au sein de l’oikos, la maisonnée grecque, les hommes — pères, fils, frères, maris — peuvent jouer un rôle qui dépasse leur position de dominants objectifs. Amoureux, attentifs à leurs enfants, et notamment à leurs filles, attentionnés vis-à-vis de leur épouse ou de leur mère, les hommes grecs gagnent à être étudiés sous le prisme de l’histoire des émotions et du sensible. Quant au modèle physique d’excellence athlétique et de beauté, bien des hommes grecs n’y correspondent pas, qu’ils soient laids, bedonnants, petits ou bossus. Si l’on en croit le philosophe Socrate, célébré pour sa grande intelligence, et connu pour sa laideur, la véritable beauté masculine est avant tout intérieure.
Pour en savoir plus
Lydie Bodiou est maîtresse de conférences en histoire ancienne à l’université de Poitiers. Elle est spécialiste d’histoire des femmes et du genre, d’histoire du corps et du sensible dans le monde grec antique.
Véronique Mehl est maîtresse de conférences en histoire ancienne à l’Université Bretagne Sud. Elle est spécialiste d’histoire du sensible et de la sensorialité, des corps, de la société et des rituels dans le monde grec ancien.
Bibliographie :
- Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne, Presses universitaires de Rennes, 2026.
- Véronique Mehl et Morgan Guyvarc’h (dir.), Utérus. De l’organe aux discours, Presses universitaires de Rennes, 2022.
- Lydie Bodiou, Véronique Mehl, Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, Presses universitaires de Rennes, 2019.
- Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), L’Antiquité écarlate : le sang des Anciens, Presses universitaires de Rennes, 2017.
- Lydie Bodiou, Frédéric Chauvaud et Ludovic Gaussot (dir.), Le Corps en lambeaux : violences sexuelles et sexuées faites aux femmes, Presses universitaires de Rennes, 2016.
- Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Rouge sang : crimes et sentiments en Grèce et à Rome, Les Belles Lettres, 2015.
- Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Odeurs antiques, Belles Lettres, 2011.
- Lydie Bodiou, Florence Gherchanoc, Véronique Mehl et Valérie Huet (dir.), Parures et artifices : le corps exposé dans l’Antiquité, L’Harmattan, 2011.
- Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Corps outragés, corps ravagés de l’Antiquité au Moyen Âge, Brepols, 2011.
- Lydie Bodiou, Véronique Mehl et Myriam Soria (dir.), La Religion des femmes en Grèce ancienne : mythes, cultes et société : actes d’un colloque, Cork, juillet 2008, Presses universitaires de Rennes, 2009.
- Lydie Bodiou, Véronique Mehl et Dominique Frère (dir.), Parfums et odeurs dans l’Antiquité, Presses universitaires de Rennes, 2008.
- Véronique Mehl et Pierre Brulé (dir.), Le Sacrifice antique, Presses universitaires de Rennes, 2008.
- Lydie Bodiou, Véronique Mehl et Dominique Frère (dir.), L’Expression des corps : gestes, attitudes, regards dans l’iconographie antique, Presses universitaires de Rennes, 2006.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : La rédaction gardera un œil attentif sur cette information.

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