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9 avril 2026Reuters.com
9 avril 2026pourquoi le protoxyde d’azote coûte « un pognon de dingue » aux collectivités – franceinfo
Analyse : Voici quelques points à considérer selon notre équipe éditoriale.
Les journalistes partagent leur point de vue sur « pourquoi le protoxyde d’azote coûte « un pognon de dingue » aux collectivités – franceinfo ».
Ce qu’il est utile de savoir
Kamel surveille les caniveaux du coin de l’œil, au volant de sa voiture. Le chef des agents de propreté de la ville de Neuilly-sur-Marne, dans le sud de la Seine-Saint-Denis, veut nous montrer les « ravages » du protoxyde d’azote. Il est papa, il ne les connaît que trop bien : « J’habite à la cité, j’ai un fils de 15 ans. Je le surveille de près. » Des bonbonnes, « il y en a, partout, partout, partout. En 2025, ça a explosé », dit-il en entrant sur un parking à l’écart du centre-ville. Dans l’herbe, sept bonbonnes en acier, de la taille de petits obus, siglées « Creamy Deluxe ».
De plus en plus de médecins alertent sur les dangers du protoxyde d’azote pour la santé publique. C’est devenu la nouvelle drogue des jeunes. Mais les bonbonnes vides qu’on retrouve, de plus en plus dans les rues, posent aussi un problème écologique de taille. À la déchetterie communale, Kamel montre le stock ramassé les trois dernières semaines : 200 bonbonnes environ, une palette presque entière. « Il y a même des tanks, les grosses, celles qui contiennent plus de 2 kg de gaz ». Les agents doivent en récupérer le plus possible dans les rues, pour les trier à part du reste des déchets : « Vous imaginez ça », dit-il en soupesant la bonbonne, « si ça passe dans le four d’un incinérateur, ça peut faire des dégâts ».
À une vingtaine de kilomètres de là, à Ivry, les responsables du plus grand incinérateur d’Europe sont bien conscients du problème. Le Syctom, le syndicat de traitement des déchets qui ramasse les ordures de six millions d’habitants de la région parisienne, estime qu’un million de bonbonnes se sont retrouvées dans les fours de ses trois incinérateurs en 2025. « Il y en a partout« , s’exclame Bruno Bernier, chef de projet, en marchant au milieu du parc à Machefer. C’est là que les résidus ressortent, après avoir été brûlés à 850 degrés. Par terre, on reconnaît la forme oblongue des bonbonnes enduites de cendre. « Celle-là a explosé, elle est complètement ouverte en deux. Vous voyez l’épaisseur du métal, c’est plusieurs millimètres. Au contact de la chaleur, elles explosent et provoquent des casses du matériel. »
« On en a vu certaines faire ‘fusée’ et s’élever de 25 mètres de haut. »
Bruno Bernier, chef de projet, en marchant au milieu du parc à Macheferà franceinfo
Aurélie Principaud, directrice générale des services du Syctom, parle de « 25 000 à 30 000 explosions l’an dernier » dans les fours des trois incinérateurs. Elles ont provoqué des arrêts d’urgence, parfois pendant plusieurs semaines. « Pendant ce temps, on ne peut plus valoriser les déchets, et on a dû enfouir l’an dernier 150 000 tonnes de déchets, à cause notamment du protoxyde d’azote ». Entre les pannes et la taxe que paye le syndicat sur l’enfouissement, elle estime que le protoxyde d’azote a coûté 15 millions d’euros en 2025. « C’est de l’argent public, que les gens paieront in fine sur leur TEOM, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ».
Le Syctom dit avoir alerté « depuis des années » les pouvoirs publics sur le fléau du protoxyde d’azote, « mais en 2025, ça a vraiment pris une ampleur sans précédent ». Le gouvernement prépare une loi qui devrait être examinée cet automne, pour punir la consommation détournée du gaz initialement prévu pour la chantilly. Pour Aurélie Principaud, il faut aller plus vite : « On ne comprend pas pourquoi la vente sur internet de ces bonbonnes n’est toujours pas interdite. Il faut que ça cesse. »
La solution qu’ont trouvée les collectivités, c’est de trier en amont les bonbonnes de protoxyde d’azote pour éviter qu’elles ne finissent dans les ordures ménagères. Mais là encore, ça coûte très cher : « En 2023, c’était 450 000 euros de traitement uniquement, sans compter la collecte et le temps d’agent, pour les 14 communes de Grand Paris Grand Est », s’agace Zartoshte Bakhtiari, le maire de Neuilly-sur-Marne. « On a collecté, l’an dernier, sur ma seule commune, un peu plus de 9 000 bonbonnes [pour une ville de 40 000 habitants, NDLR], et chacune de ces bonbonnes coûte 6,50 euros à faire retraiter par une entreprise spécialisée. C’est, pardon de le dire ainsi, un pognon de dingue ! On est tous en train de payer notre incapacité à traiter le fond du problème, et à éradiquer ce fléau ».
La mairie, comme les autres communes de Grand Paris Grand Est, envoie les bonbonnes à retraiter à D.I. Services, une entreprise de Seine-et-Marne spécialisée dans le retraitement du protoxyde d’azote. Elles ne sont qu’une poignée en France, et le business explose. « Pfiouh, Fastgas, C.R.E.A.M., Miami Magic… », énumère Cédric Nadotti, le patron, en montrant une cage en métal remplie de bonbonnes de différentes marques, et de différentes tailles : « La XXXL, c’est 4,5 L. Les bonbonnes sont de plus en plus grosses. Avec ces volumes-là, si c’était pour la cuisine, il y a bien longtemps qu’on serait tous recouverts de chantilly ».
Le chef d’entreprise a commencé dans le retraitement des bouteilles de gaz, avant d’être parmi les premiers à s’occuper des bonbonnes de protoxyde d’azote. « Il y a eu un tournant juste après le Covid », dit-il. « Avant, on ne trouvait que les petites cartouches à chantilly, et c’est à partir de là qu’on a commencé à voir arriver les bonbonnes. En cinq ans, on est passé de 5-6 tonnes, à 40 tonnes par mois. On vient de rentrer un chantier, une collectivité, avec 80 000 bonbonnes à retraiter ». Mairies, syndicats de déchets, même la police fait appel à lui pour détruire les saisies de bonbonnes de protoxyde d’azote.
Le prix ? « Ça va d’un peu moins de 10 euros, à plus de 50 euros par bonbonne sur certaines opérations », explique Cédric Nadotti. Il l’explique d’abord par « la nouveauté » du produit : il a dû créer une machine sur mesure pour dégazer les bonbonnes, et vider le protoxyde d’azote. « C’est un gaz 300 fois plus nocif pour la couche d’ozone que le CO2 ». En plus, il sort à -50 degrés des bonbonnes sous pression. « Les bonbonnes sont achetées sur internet, c’est une économie grise, donc il n’y a aucune norme qui permettrait d’industrialiser le process. » Les bonbonnes ont toutes les tailles, il faut donc les percer à la main : « C’est vraiment du sur-mesure. Pour vider une bonbonne pleine, on met environ 15 minutes ». Le patron a embauché six personnes dédiées uniquement au protoxyde d’azote.
« Ça fait de l’argent, mais c’est aussi beaucoup d’investissements », explique Cédric Nadotti. Depuis quelques mois, il voit se développer un véritable business du protoxyde d’azote : « Il y a des sociétés, disons, véreuses, qui proposent des tarifs moins chers que nous » pour remporter les appels d’offres des collectivités. De plus en plus de particuliers font aussi la tournée des parkings pour récupérer les bonbonnes et revendre l’acier, au mépris du risque d’explosion. « Ils se disent : c’est de la ferraille, on met un coup de perceuse dedans et on revend la matière. Sauf qu’ils relâchent le gaz dans la nature. C’est comme ramasser un pot de peinture plein et le vider dans la forêt ».
Cédric Nadotti a prévu de déménager sa société pour s’agrandir. Il prépare même l’ouverture de deux succursales, dans le sud de la France. « On me dit souvent que l’activité va s’effondrer quand le gouvernement aura fait voter la loi pour interdire le protoxyde d’azote. Mais regardez le cannabis, c’est interdit et on en trouve quand même. Le phénomène ne va pas s’arrêter du jour au lendemain ».
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Un suivi attentif permettra de compléter notre point de vue.

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