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Les journalistes partagent leur point de vue sur « le président américain en difficulté aux États-Unis après le cessez-le-feu avec l’Iran? ».
À retenir absolument
Le cessez-le-feu conclu ce mardi 7 avril 2026 entre l’Iran et les États-Unis permet un répit fragile après des semaines de tensions qui ont secoué l’économie mondiale. Malgré des revendications de victoire des deux côtés, s’agit-il d’un succès diplomatique ou d’un recul stratégique pour Donald Trump?
L’accord de cessez-le-feu conclu ce mardi 7 avril 2026 entre l’Iran et les États-Unis offre un répit fragile à une économie mondiale secouée depuis le début du conflit, le 28 février dernier. Si cette trêve de deux semaines pourrait desserrer certaines tensions, tous les secteurs ne repartiront pas au même rythme.
De Washington à Téhéran, chacun revendique pourtant la victoire. Donald Trump évoque une « victoire totale et complète », assurant que la question du nucléaire iranien serait désormais « parfaitement réglée ». En Iran, le ton est tout aussi ferme: les autorités saluent « une grande victoire », tout en rappelant que la guerre n’est pas terminée et que la trêve reste conditionnée à l’issue des négociations.
Alors, véritable succès diplomatique pour Donald Trump ou recul stratégique? Pour en débattre, Le Titre à la Une reçoit Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po Paris, spécialiste des relations internationales, et auteur de Par-delà la puissance et la guerre, la mystérieuse énergie sociale.
À l’approche de la fin de l’ultimatum, Donald Trump a déclaré « qu’une civilisation entière allait mourir », mais dans la nuit, l’Iran et les États-Unis ont annoncé un accord de cessez-le-feu de deux semaines. Que s’est-il passé?
On pourrait partir de l’outrance du langage. Le président des États-Unis était monté si haut que la situation prenait une tournure dramatique considérée par certains comme insoutenable. Il y a probablement eu de nombreuses transactions et conversations diplomatiques face à une telle menace, mais ce n’est pas le fond de la question. Celui-ci renvoie à trois éléments. Premièrement, depuis environ six semaines, aucun résultat stratégique clair ni concret n’a pu être obtenu. Cette opération paraissait de plus en plus irrationnelle, obligeant ses initiateurs à trouver une porte de sortie.
Deuxièmement, Donald Trump s’est enfermé dans un piège qui s’est consolidé: cette guerre s’est transformée en une guerre mondialisée, touchant l’ensemble du système mondial, les économies et les sociétés. Ce qui devait être une opération pour annuler des risques est devenu une production de risques généralisés.
Enfin, l’élément déterminant a été l’évolution rapide des opinions publiques. L’électorat hispanique, qui avait assuré sa victoire en 2024, se retourne contre lui, ce qui compromet les élections de mi-mandat. De même, l’opinion publique israélienne, initialement favorable, s’est soudainement divisée. Il a manqué à Donald Trump cette énergie sociale pour soutenir une opération qui, stratégiquement, avait peu de chances d’aboutir.
Est-ce que ces conséquences directes notamment autour du détroit d’Ormuz l’ont fait plier?
L’impréparation est frappante. Des risques évidents n’ont pas été pris en compte ou parés, comme le blocage du détroit d’Ormuz ou le démantèlement des pétromonarchies du Golfe. Ce démantèlement concerne leur production d’hydrocarbures, mais aussi toute la survie de ces hubs aéroportuaires et la crédibilité de leurs dirigeants. Le prince héritier d’Arabie Saoudite a été publiquement humilié par Donald Trump, ce qui a déstabilisé l’opération.
On peut s’étonner qu’un tel manque de prévision existe à ce niveau de responsabilité. C’est un défaut de conséquentialisme que l’on retrouve aux États-Unis et, dans une certaine mesure, en Israël. Face à une opération condamnée, soit on l’arrête, soit on se lance dans une escalade risquée. Ce danger n’est pas totalement écarté aujourd’hui. Quand un dirigeant est traqué, il peut avoir des réactions extrêmes pour préserver la crédibilité de la puissance américaine.
Donald Trump avait annoncé que l’Iran pourrait être détruit en une seule nuit. Était-il vraiment prêt à aller jusqu’au bout?
Il faut comprendre que cet homme est essentiellement un acteur manipulant l’outrance pour parler à ses électeurs. Ses propos ne doivent pas être pris au premier degré, ils visent à impressionner son public. Cependant, le risque est de se laisser enfermer dans sa propre rhétorique et d’être contraint de passer à l’acte pour ne pas perdre toute crédibilité.
Ses messages ont eu un effet boomerang. Injurier le peuple iranien a annulé tout début de soutien au sein d’une population pourtant exaspérée par son régime, et a au contraire renforcé les éléments modérés ou associés au pouvoir. De plus, son discours a été très mal reçu par ses alliés, notamment en Europe, le plaçant dans une situation d’isolement objectif.
Le président américain revendique une victoire totale. Est-ce un coup de maître ou une reculade?
C’est une défaite complète. Bien que l’art de la politique consiste à transformer les échecs en illusions de victoire, le résultat ici est nul malgré un investissement énorme. Au lieu d’un changement de régime, on assiste à sa consolidation. L’Iran a prouvé sa capacité réactive et a réussi à prendre en otage l’économie mondiale en bloquant le Golfe.
Lors de sa conférence de presse, Donald Trump a passé une heure à vanter le sauvetage technique d’un pilote; pour une superpuissance mondiale, consacrer autant de temps à un succès si mineur montre que le bilan stratégique est extraordinairement maigre.
Donc, Donald Trump n’a rien gagné?
Il n’a rien gagné. Le plan en dix points présenté par les Iraniens est en décalage total avec les exigences américaines initiales. L’Iran pourrait sortir renforcé de cette négociation s’il obtient le contrôle du Golfe, la levée des sanctions et l’acceptation de l’enrichissement d’uranium. C’est une très grosse défaite pour les États-Unis et pour Israël, qui visait l’anéantissement du régime iranien. Israël semble avoir admis la fin de son opération militaire, mais une incertitude demeure concernant le Liban, car la partie iranienne joue sur cette solidarité régionale.
Sur le plan de paix proposé par Téhéran, il est question de frais de passage pour le détroit d’Ormuz et de l’enrichissement d’uranium. Le grand gagnant est-il finalement l’Iran?
C’est la conséquence logique de la situation actuelle. Cependant, rien n’est définitif puisque le cessez-le-feu est de quinze jours et que les négociations débutent vendredi au Pakistan. Trump pourrait tenter des manœuvres pour sauver la face, au risque de tout faire basculer à nouveau. Cette situation prouve que la puissance n’est plus ce qu’elle était et que, dans le contexte contemporain, le faible dispose de moyens pour gagner sur le fort. C’est une tendance que l’on observe depuis les guerres de décolonisation, le Vietnam ou l’Afghanistan. Il est frappant de voir qu’une superpuissance avec un budget de défense de 1.500 milliards de dollars aboutit à un tel résultat.
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Source : www.bfmtv.com
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