
EN DIRECT – La Hongrie vote pour des législatives à haut risque pour Viktor Orbán
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12 avril 2026Accusation de complot, guerre en Ukraine, Vladimir Poutine… Comment Viktor Orbán a tout tenté avant des élections qui pourraient le faire chuter
Analyse : Quelques éléments saillants observés par notre rédaction.
Notre rédaction analyse les faits saillants de « Accusation de complot, guerre en Ukraine, Vladimir Poutine… Comment Viktor Orbán a tout tenté avant des élections qui pourraient le faire chuter ».
À retenir
Après seize ans de règne sur la Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, disputent ce dimanche 12 avril des élections législatives en délicate posture. Le Premier ministre joue sur la crainte des Hongrois vis-à-vis de la guerre en Ukraine et villipende Bruxelles et Volodymyr Zelensky en se targuant du soutien de Donald Trump.
Une campagne sous haute tension qui prend fin sous les yeux attentifs de tous les pays européens. Ce dimanche 12 avril, des élections législatives sont organisées en Hongrie, et risque de voir Viktor Orbán chuter. Son rival, l’eurodéputé Péter Magyar, arrive avec une vingtaine de points d’avance dans les sondages.
Cette avance est cependant à prendre avec des pincettes, en raison du système électoral hongrois, qui comprend une part de proportionnelle et un découpage des circonscriptions savamment orchestré par les troupes de l’actuel Premier ministre.
Face à un résultat qui pourrait donc être très serré, Viktor Orbán a tenté le tout pour le tout. « Je n’avais jamais vécu une telle agitation lors d’une campagne électorale », constate le politologue et constitutionnaliste hongrois Richard Szentpéteri Nagy. « Chaque jour, il se passe un nouveau rebondissement », décrit-il auprès de BFM.
Dernier exemple en date ce vendredi, à deux jours du scrutin. Viktor Orbán a ainsi publié un message sur Facebook accusant ses adversaires de « comploter avec des services de renseignement étrangers » pour « s’emparer du pouvoir. » Le Premier ministre sortant a dénoncé des « menaces de violences » sur ses partisans, des « accusations de fraude électorale fabriquées de toutes pièces » et de « manifestations pré-organisées » avant même le dépouillement.
Un mauvais bilan du Premier ministre au niveau économique?
La veille, le vice-président américain a conclu une visite de 48 heures à Budapest pour soutenir le dirigeant européen qui fait l’admiration des conservateurs américains car il promeut des valeurs similaires (souverainisme, christianisme, illibéralisme…).
« Je voulais vraiment envoyer un signal à tout le monde, en particulier aux bureaucrates de Bruxelles, qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour maintenir le peuple hongrois sous pression parce qu’ils n’aiment pas le dirigeant qui, lui, s’est réellement levé pour défendre le peuple de Hongrie », a déclaré JD Vance, dénonçant une ingérence, tout en s’immisçant lui-même dans cette élection.
Mais comment expliquer cette fébrilité? Là où Viktor Orbán avait été largement réélu en 2022, le contexte économique joue contre lui cette fois-ci, comme l’explique Bálint Madlovics, chercheur hongrois en sciences politiques à l’Université d’Europe Centrale.
« La stabilité économique était l’un des principaux enjeux de la précédente élection. Le régime d’Orbán semblait très stable. Les fonds de l’UE affluaient en Hongrie en grande quantité, représentant environ 3% du PIB par an. Jusqu’à la pandémie, il y avait une forte reprise économique à l’échelle mondiale. Dans l’ensemble, le régime a obtenu de bons résultats économiques et a pu s’appuyer sur cela et remporter les élections », résume-t-il pour BFM.
Mais depuis, l’inflation a atteint des niveaux records à deux chiffres, la croissance stagne depuis trois ans. Les fonds européens ont été coupés car la Commission européenne demande une réforme judiciaire. Les fondements économiques du régime se sont donc effrités. « Une grande majorité de la population estime que le gouvernement est bel et bien responsable de la mauvaise situation économique », selon le spécialiste.
Un appel polémique avec Vladimir Poutine
Pour tenter de sauver la face, le Premier ministre hongrois a cherché un bouc émissaire: l’Ukraine. « La rhétorique de la campagne est délibérément binaire, présentant Kiev comme un risque et le gouvernement hongrois sortant comme garant de stabilité et de rationalité », souligne l’historienne Csilla Fedinec du Centre des sciences sociales de l’université ELTE à l’AFP.
La tension entre les deux voisins s’est accentuée depuis l’arrêt des livraisons de pétrole russe au travers de l’oléoduc Droujba, qui transite par l’Ukraine. Kiev affirme que l’ouvrage a été endommagé par des frappes russes fin janvier, Budapest l’accuse de retarder délibérément les réparations. En représailles Viktor Orbán a décidé de bloquer un prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine.
Des panneaux d’affichage, financés par l’argent du contribuable, se sont multipliés dans le pays au cours des douze derniers mois, représentant Volodymyr Zelensky sous un jour négatif, dont l’un le montre aux côtés de Péter Magyar et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en train de jeter de l’argent dans des toilettes dorées.
Cependant, même si la campagne du gouvernement comporte des éléments mensongers voire « surréalistes », elle s’ancre dans une peur largement répandue de voir la Hongrie entraînée dans la guerre en Ukraine, explique à l’AFP l’analyste politique Eszter Kovats, de l’université de Vienne.
Plus tôt dans la semaine, Bloomberg publiait la transcription d’une conversation téléphonique tenue en octobre dernier entre Orbán et Poutine. « Notre amitié a atteint un tel niveau que je peux vous aider de toutes les manières possibles », a déclaré Orbán, selon une transcription de l’appel établie par le gouvernement hongrois et consultée par le média américain. « Pour tout ce en quoi je peux vous être utile, je suis à votre service. » De telles fuites n’ont pas trouvé d’écho dans les médias aux mains de proches d’Orbán.
L’ascension de Peter Magyar
Au-delà de la simple crise économique, une crise morale est née autour du « scandale des grâces », à l’hiver 2024. Il a été révélé qu’un proche du gouvernement avait bénéficié d’une « grâce » alors qu’il était impliqué dans une affaire de pédocriminalité. Des milliers de Hongrois ont participé à des manifestations contre la corruption. La présidente Katalin Novák a été contrainte à la démission.
« Des influenceurs (youtubers, podcasters, chanteurs,…), très populaires auprès des 18-30 ans ont rassemblé 150.000 personnes dans les rues de Budapest. Mais il s’agissait d’un occasion ponctuel, unique. Il n’y avait pas de stratégie derrière, ni de volonté de le faire évoluer vers la création d’un parti ou de se présenter aux élections », poursuit Bálint Madlovics.
Face à cette forte demande de changement de régime, aucune offre ne s’imposait avec des oppositions morcelées. Péter Magyar s’est engouffré dans ce vide comme l’explique notre chercheur.
« C’est l’ex-mari de la ministre de la Justice à qui le régime a fait porter le chapeau dans l »affaire des grâces’. Péter Magyar s’est rendu dans les locaux de Partizan, le plus grand média d’opposition en ligne ici en Hongrie pour s’exprimer. Les gens voyaient que le régime vacillait et soudain, cette personne qui faisait partie du sérail a tout simplement pris la fuite, et les Hongrois l’ont vu comme un signe et un symbole de la chute du régime. »
Après avoir récupéré le micro-parti Tisza, classé au centre-droit et en avoir pris le contrôle, Péter Magyar, plutôt conservateur, s’est présenté aux élections européennes de juin 2024. Il a obtenu 29,6% des voix, distancé d’une quinzaine de points par le Fidesz mais terminant devant les autres formations politiques, s’imposant dès lors comme la première force d’opposition.
« Le camp Orbán a réagi bien trop tard »
Longtemps Viktor Orbán a négligé l’ascension de Péter Magyar. « Orbán a une façon bien particulière de gouverner. Il ne s’occupe pas des problèmes quotidiens des Hongrois, mais dirige plutôt par l’endoctrinement, en cherchant sans cesse des ennemis », explique Richard Szentpéteri Nagy.
Bálint Madlovics explique qu’à partir de 2022, Viktor Orbán, sûr de sa domination sur la scène domestique, a décidé de ne plus se consacrer qu’à la politique internationale. Le chercheur explique que le pouvoir hongrois disposait des outils de coercition pour paralyser Tisza et Péter Magyar avec des amendes, des obstacles administratifs mais qu’ils ne l’ont pas suffisamment pris au sérieux.
« Aujourd’hui une action vraiment très agressive contre lui pourrait en faire un martyr. » Les services de renseignement intérieur sont malgré tout soupçonnés d’avoir tenté de discréditer Tisza en l’infiltrant à l’automne 2025.
Une autre stratégie a été choisie du côté de Viktor Orbán: celle de la polarisation. « Il créé des clivages très profonds au sein de la Hongrie, au sein de la population hongroise. Il affirme que ceux qui le soutiennent sont les défenseurs de la Nation, et que tous ceux qui ne le soutiennent pas sont des agents étrangers, qui ne sont pas de vrais Hongrois », résume Bálint Madlovics.
Péter Magyar à l’inverse, tente de développer une approche inclusive, tendant également la main aux électeurs du Fidesz et tâchant de fédérer autour de la lutte contre la corruption. « L’un de ses slogans c’est de dire qu’il propose un chemin vers la prison pour les 3.000 bandits d’Orbán. Il propose un changement de régime d’un État mafieux vers un État constitutionnel », termine le chercheur. Reste à savoir si cela sera suffisant pour remplacer un Premier ministre soutenu par Donald Trump.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Notre équipe continuera à suivre l'évolution de cette actualité.

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