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12 avril 2026Analyse : Quelques éléments à retenir de cette information pour nos lecteurs.
Nos rédacteurs mettent en avant les points clés de « Saul Bass (1920-1996), l’illustre inconnu du cinéma ».
Points clés à retenir
« Il y a quelques années, quelqu’un m’a demandé quel métier je voulais faire quand j’étais enfant ? « . J’ai répondu : « Saul Bass », c’était une blague… » (Saul Bass)
Ses affiches de films pour Preminger (Carmen Jones, Autopsie d’un meurtre, Exodus) et ses génériques pour Hollywood (du Spartacus de Kubrick au Casino de Scorsese, en passant par Psycho, Vertigo et La Mort aux trousses d’Hitchcock) ne doivent pas faire oublier le parcours personnel de Saul Bass ni sa longue collaboration créative avec son épouse Elaine, ni ses logos pour de célèbres compagnies (AT&T, Kleenex, United Airlines, Warner), ni le grand cinéaste méconnu qu’il fut – auteur de courts, moyens et longs-métrages humanistes et écologiques, en avance sur leur temps, dont Why Man creates (1968), pour lequel il reçoit un Oscar, ou encore Phase IV (1974) et The Solar Film (1979).
Les débuts familiaux et artistiques de Saul Bass
Venus de Bessarabie, les parents du jeune Saul, d’origine juive, changent de patronyme à Ellis Island, ils deviennent ainsi les « Bass » (destin ironique pour celui qui valorisera bientôt le nom des autres dans les affiches et les génériques). Saul grandit dans le Bronx et en restera imprégné toute sa vie : « Le Bronx des années 30 était très à gauche politiquement. Les temps étaient durs et il régnait beaucoup d’injustice chez nous comme à l’étranger. On soutenait le New Deal de Roosevelt, mais on admirait aussi ceux qui se battaient en Espagne. On s’opposait au fascisme qui sévissait en Italie et en Allemagne. Nous lisions tous Marx et Freud. On cherchait des clés, pour le plein emploi, mais aussi pour comprendre les origines du fascisme et du racisme, des clés pour comprendre la psyché humaine« *.
C’est dans ce bouillonnement socioculturel que naît la vocation de Saul Bass qu’il détaille avec tendresse : « Mon premier souvenir artistique c’est quand mon père m’a offert une boîte de 49 crayons de couleurs différents ; je les ai usés chacun jusqu’au bout et il a fallu me racheter plusieurs boîtes par la suite, je n’arrêtais plus. Mon père, lui, dessinait des fleurs, des oiseaux et des arbres, ensuite il les pliait et les découpait, et quand il les redépliait, ça devenait un tout autre monde, j’adorais ça « *. Mais le véritable choc a lieu quand Saul découvre l’oncle d’un copain d’école en train de peindre des façades pour annoncer la sortie des nouveaux films : « Je n’en revenais pas qu’on puisse vivre de son art. J’ai décidé aussitôt que c’est ce que je voulais faire plus tard. En 1936, j’ai intégré la classe de design de Howard Trafton qui m’a fait comprendre la nécessité de savoir dessiner mais aussi le pouvoir de la couleur et de la composition. J’y ai découvert Cézanne, Picasso, les sculptures africaines et les maîtres de la Renaissance, l’importance de la perspective, de la forme et des espaces négatifs « *.
Dès la fin des années 1930, Saul Bass entre dans le monde de la publicité, à une période de vive énergie pour les arts visuels qui le stimule lui aussi : « Je voyais autour de moi le travail excitant mené par Cassandre, Paul Rand et Gyorgy Kepes. J’étais si jeune et naïf, et suffisamment culotté pour croire alors que je pouvais élever le graphisme au niveau des photos de Man Ray ou des dessins et des films de Jean Cocteau » *. Alors qu’il commence à se faire un nom comme designer graphique, Saul Bass s’installe dans les années 1940 à Hollywood : « J’y ai d’abord conçu des affiches et designs pour Otto Preminger et j’ai commencé à bousculer les notions de « design graphique » au sein des films. Et, petit à petit, en me plongeant dans la fiction, je suis devenu un réalisateur à part entière » *.
L’art des génériques selon Saul Bass
Les musiques de Bach, Leonard et Elmer Bernstein, Gounod, Gold, Goldsmith, Herrmann, North, ont participé à la dynamique et la générosité des ouvertures cinégraphiques signées Bass, dont l’impact psychologique sur le public, voire l’effet d’hypnose obtenu, continuent d’impressionner les critiques comme les artistes contemporains. Saul Bass donne une définition précise d’un bon générique de film selon lui : « il peut définir l’ambiance et le cœur de l’histoire d’un film, l’exprimer de manière métaphorique. Il peut donner un avant-goût de ce qui est à venir, et créer une atmosphère qui permettra au film de commencer à un plus haut niveau d’harmonie émotionnelle avec le public » *.
Bataillant souvent avec des cinéastes qu’il admirait par ailleurs (Preminger, Wilder, Hitchcock), Bass sera ensuite partagé sur l’évolution des génériques : « De nos jours, la conception du générique a changé : il est envisagé comme une sorte de divertissement et non comme une partie intégrante du film. Les réalisateurs croient beaucoup moins à l’efficacité d’un générique. Les génériques deviennent décoratifs. Si je me réfère au passé, j’ai beaucoup aimé les génériques de Maurice Binder et Robert Brownjohn sur les James Bond » *.
Son plaisir à créer des génériques durant cinq décennies, Saul le cultive dès les années 1950 avec sa femme Elaine, excellente musicienne et dessinatrice, qui travaillera à ses côtés jusqu’à la fin – il en témoigne à cœur ouvert et de manière assez poignante : « Avec ma femme Elaine, c’est une collaboration totale. Nous faisons tout ensemble. Elle est remarquable. Que voulez-vous que je vous dise, j’aime cette femme. Je l’aime pour sa personnalité, et je l’aime pour ce qu’elle est capable de faire. Quand votre épouse est talentueuse, intelligente et sensible, vous êtes chanceux à plus d’un titre. Je suis dans la situation extraordinaire où ma vie privée et ma vie professionnelle sont si denses que je ne fais pas de distinction entre elles. Mon épouse et nos enfants se sont engagés dans mon travail, et cela a créé un lien merveilleux entre nous » *.
De la création avant toute chose
Pour Bass, la création audiovisuelle devient vite un laboratoire personnel et joyeux : « J’aime le processus du montage, son rituel et le sentiment d’artisanat qu’il procure. Mettre la pellicule, la faire avancer, l’arrêter, revenir en arrière, regarder ; un peu comme certaines personnes aiment travailler le bois. J’aime construire quelque chose à partir de nombreuses parties séparées. Comme une mosaïque, elles finissent toujours par s’emboîter pour former un tout. Ce travail est un terrain de jeu. Et l’humour est un merveilleux medium pour les idées, ça ouvre des avenues vers les autres en les aidant à ouvrir leur esprit » *.
L’artiste n’en oublie pas par autant les difficultés inhérentes au processus créatif, en particulier au sein d’une industrie redoutable, pour laquelle il assure aussi des dizaines de logos mémorables : « Si vous ne prenez pas de risque à chaque projet, votre réservoir créatif s’assèche et vous finissez par échouer. Permettez-vous de laisser un accident se produire, de laisser le subconscient émerger, avec des solutions que d’habitude vous n’employez jamais. Je dirais même que la persévérance est plus importante que l’imagination d’une certaine manière. On entend beaucoup parler de la joie de créer mais on ne reconnaît pas assez l’angoisse et l’anxiété qui vont avec. Bien sûr, le plaisir peut être très intense, mais c’est surtout le jeu entre ce plaisir et l’anxiété qui rend la dynamique de l’expérience créative si irrésistible » *.
Lui qui reste fortement imprégné des textes de ses mentors Gyorgy Kepes (The Language of Vision, 1944) et László Moholy-Nagy (Vision in Motion, 1947), Saul Bass devient au fil des décennies un « sage » lui-même, bien qu’il refuse d’en revendiquer le statut ; il partage volontiers ses points de vue d’artisan, en particulier sur la « simplicité » des idées : « Faire qu’une vieille idée semble nouvelle est presque aussi important que produire une idée neuve, et c’est souvent aussi difficile à faire. Parfois quand une idée jaillit, vous la remettez en question parce qu’elle paraît trop évidente. Pourtant, assez souvent, cette idée simple se révèle être la meilleure de toutes. J’ai toujours cherché l’idée la plus simple depuis les années 50, et c’est ce que je fais encore aujourd’hui avec Elaine. Nous cherchons un concept simple, mais provocateur, frappant. Pour ne pas être ennuyeuse, cette simplicité doit être ambiguë, et avoir des résonances, une implication métaphysique « .
De graphiste à cinéaste à part entière
« Poète du langage visuel« , selon Florence Deygas, à travers ses logos, affiches et génériques à la signature facilement identifiable, Saul Bass entame une carrière de réalisateur, au cœur d’un cinéma américain en pleine mutation industrielle, éthique et métaphysique. Son unique long-métrage Phase IV (1974) fait l’objet d’un regain d’intérêt ces dernières années. Ses films ont tous un analyse singulier avec la condition humaine (Why Man Creates, 1968), les origines des civilisations (Quest, 1984) et la question écologique (Solar Film, 1979). A ce titre, il déclare : « J’ai fréquemment refusé de travailler pour promouvoir des produits qui ne sont pas bons pour les gens ou le monde vivant. Nous avons tous le devoir de dire non, d’avoir ses principes et de les défendre. Elaine et moi avons suivi un cours intensif sur l’énergie solaire. Nous avons alors pensé qu’un plaidoyer pour le solaire était important et qu’un film bien fait pouvait venir contredire la désinformation. Cette énergie propre fait aussi que nous ne sommes pas à la merci des producteurs de pétrole. Alors, qu’attendons-nous ? « .
Témoin et acteur lucide du XXème siècle, le discret Saul Bass, considéré par Martin Scorsese et Steven Spielberg comme un des plus grands artistes américains, est à lui seul une mosaïque esthétique et sociale, lui qui fut aussi collectionneur d’art précolombien et amérindien, ou encore fin connaisseur des théories du montage d’Eisenstein. À bien des égards, Saul Bass restera un « collagiste audiovisuel« , un imagier, savant, romantique et engagé, une sorte de cheval de Troie au cœur même du système. Attaché à son enfance autant qu’au passé le plus lointain, Saul Bass aura passé sa vie à créer des liens, des ponts, entre le temps, l’espace, les symboles, les histoires et les publics : « Enfant, je lisais de la science-fiction, je me passionnais pour les anciennes civilisations, dont l’Atlantide. Je passais mon temps au Musée d’Histoire Naturelle de New York. Adulte, je suis devenu collectionneur d’art précolombien et amérindien. Soit j’ai été archéologue dans une vie antérieure, soit je le serai dans ma prochaine réincarnation car je voue une véritable passion à l’archéologie. Je ne suis pas seulement intéressé par le passé, mais par le passé vraiment très, très lointain. Ce qui me fascine c’est le mystère et le côté irréel de tout ce passé. La culture la plus intrigante, c’est souvent celle dont on ne connaît pas tout : elle laisse des trous qui peuvent être habités par nos fantasmes et notre imagination » *.
*extraits du livre de Pat Kirkham, Saul Bass (Laurence King, 2011).
Pour en parler
- Florence Deygas & Olivier Kuntzel, ciné-graphistes (agence Add a Dog)
- Rafik Djoumi, journaliste à Arrêt sur images, TotalTrax et Capture Mag
- Pat Kirkham, autrice du livre Saul Bass (Laurence King, 2011)
- Jan-Christopher Torak, auteur du livre Saul Bass : Autopsie du design cinématographique (Les Presses du Réel, 2022)
- Saul Bass, avec la voix de Daniel Kenigsberg
Extraits musicaux
- La mort aux trousses (Bernard Herrmann)
- West side story (Leonard Bernstein)
- The age of innocence (Elmer Bernstein)
- L’homme au bras d’or (Elmer Bernstein)
- James Bond Theme (Monty Norman)
- Anatomie d’un meurtre (Duke Ellington)
- Bonjour Tristesse (Georges Auric)
- Walk on the wild side (Elmer Bernstein)
- Sueurs froides (Bernard Herrmann)
- Psychose (Bernard Herrmann)
- You only live twice (John Barry et Nancy Sinatra)
- Les nerfs à vif (Bernard Herrmann)
- Phase IV (Brian Gascoigne)
- Casino (J.S. Bach)
Bibliographie
- Saul Bass, Henri va à Paris Ouverture dans un nouvel onglet (éditions Hélium, 2012)
- Joachim Daniel Dupuis, Saul Bass. Cinéma et écologie Ouverture dans un nouvel onglet (éditions de l’Harmattan, 2020)
- Gyorgy Kepes, The Language of Vision Ouverture dans un nouvel onglet (éditions Paul Theobald, 1944)
- Pat Kirkham (et Jennifer Bass), Saul Bass Ouverture dans un nouvel onglet (éditions Laurence King, 2011) et compilation des 20 affiches iconiques de Saul Bass Ouverture dans un nouvel onglet (2016).
- László Moholy-Nagy, Vision in Motion Ouverture dans un nouvel onglet (éditions Paul Theobald, 1947)
- Jan-Christopher Torak, Saul Bass : Autopsie du design cinématographique Ouverture dans un nouvel onglet (éditions des Presses du Réel, 2022)
- Coffret Dvd + livre Phase IV Ouverture dans un nouvel onglet (Carlotta, 2020)
Liens
Remerciements à Dara Asken
Générique
Un documentaire d’Alexandre Vuillaume-Tylski, réalisé par François Teste. Prises de son, Eric Boisset, Jean-Louis Deloncle et Matthieu Le Roux. Doublage, Thierry Beauchamp et Anne de Peufeilhoux. Coordination, Emmanuel Laurentin. Chargée de programme et édition web, Sandrine Chapron.
Source : www.radiofrance.fr
Conclusion : Nous continuerons de surveiller cette situation pour vous informer.

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