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14 avril 2026Cette vidéo de Trump chantant du Desireless reflète toute la stratégie de communication de l’Iran
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Notre équipe propose un aperçu rapide des éléments de « Cette vidéo de Trump chantant du Desireless reflète toute la stratégie de communication de l’Iran ».
Les éléments principaux
Capture d’écran X (@IraninSA)
Cette vidéo de Trump en Desireless reflète toute la stratégie de communication de l’Iran.
• Cette vidéo moque le blocus du détroit d’Ormuz décrété par le président américain.
• Elle reprend tous les codes du trolling que Donald Trump lui-même met à contribution pour décrédibiliser ses adversaires.
Un « Voyage, voyage » aux confins du trolling. L’ambassade d’Iran en Afrique du Sud a mis en ligne un clip très particulier sur son compte X. La vidéo, postée le lundi 13 avril, cumule plus de 5 millions de vues et met en scène Donald Trump sous les traits d’un chanteur des années 80. Coiffé d’un énorme mulet et vêtu d’une veste aux couleurs criardes, le président américain y interprète une improbable reprise du tube Voyage, voyage (1989) de la chanteuse française Desireless.
Intitulée « Blockade, blockade » – « blocus, blocus » en français – ce clip généré par intelligence artificielle tourne en dérision la gestion américaine de la crise au détroit d’Ormuz. Après avoir mis la pression à l’Iran pour qu’il le réouvre à la circulation, Donald Trump a annoncé samedi que les États-Unis bloqueraient eux-mêmes cette route maritime stratégique, espérant empêcher l’Iran de tirer profit des exportations d’hydrocarbures.
Une décision évoquée dans cette parodie faite par IA. « Blocus, blocus, je ne pense qu’au blocus », y chante Donald Trump avant d’implorer Téhéran : « S’il vous plaît, laissez passer les navires, allez, au moins quelques-uns. » Et le président américain d’avouer : « Je pensais que ce serait du gâteau, […] mais maintenant [le mouvement] MAGA et Melania m’abandonnent. […] Je crois que je vais bientôt être destitué. »
L’Iran retourne les techniques de Trump contre lui
Cette rencontre lunaire entre Donald Trump et Desireless est représentative de la propagande iranienne. Via les comptes de ses ambassades, Téhéran tape sur l’ennemi américain à coups de mèmes ou d’« AI slops », des contenus de mauvaise qualité générés par IA.
On peut citer les montages ci-dessous, partagés par différentes ambassades. L’un reprend avec l’IA les codes visuels du film Pirates des Caraïbes pour accuser Donald Trump de « trahison », tandis que les deux autres font référence à l’affaire Epstein. Ces publications qui relèvent du « trolling » cumulent des centaines de milliers de vues.
« L’Iran n’a rien inventé, il a juste retourné l’arme contre celui qui l’a utilisée en premier », affirme au HuffPost Nicolas Baygert, professeur de communication politique à l’IHECS de Bruxelles et à Sciences-Po Paris. Le trolling à coups de mèmes et d’IA est « une stratégie utilisée par les comptes officiels de la Maison Blanche sur X et sur Instagram », rappelle-t-il, pointant que les vidéos made in Téhéran « reprennent exactement les codes » de celles des trumpistes.
« Le montage est rapide, il y a de la musique, des personnages animés et des références à la pop-culture, énumère Nicolas Baygert, les Iraniens retournent la grammaire MAGA contre Trump lui-même. » « C’est la première guerre de l’histoire où la bataille des récits se joue à travers des mèmes », décrit l’expert selon qui l’objectif pour Téhéran est de « cumuler des millions de vues sur Instagram, TikTok et X ».
Une « trumpisation » de la communication géopolitique
« On peut le dénoncer, le regretter, mais il y a un changement de paradigme », décrypte Nicolas Baygert. « La communication de la Maison Blanche a forcé ses adversaires et même ses alliés à changer leur façon de s’exprimer », poursuit le spécialiste d’après qui « Trump a importé cette culture du troll dans la diplomatie ». En juin dernier, le président américain avait par exemple partagé une reprise 100 % IA de Barbara Ann des Beach Boys, intitulée Bomb Iran (« Bombarder l’Iran »).
L’Iran n’est d’ailleurs pas le seul acteur à s’être « trumpisé ». Le compte « French Response », animé par le ministère français des Affaires étrangères, s’est lui aussi mis aux réponses cinglantes sur les réseaux sociaux. Au-delà de la diplomatie, l’ironie et le trolling ont gagné la politique intérieure américaine, désormais rythmée par les railleries du gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom.
En délaissant la « communication classique » pour privilégier « l’ironie pensée pour les réseaux sociaux », l’Iran montre qu’il a compris l’importance de « la guerre de l’attention », expose Nicolas Baygert. Pour attirer l’œil des utilisateurs parmi la myriade de contenus, « les armes les plus efficaces sont parfois les plus absurdes », souligne le professeur.
Dans cette « nouvelle propagande de guerre », les mèmes sont « l’équivalent des affiches qu’on pouvait utiliser au XXe siècle », compare le spécialiste selon qui l’IA a provoqué « une révolution dans l’économie de la persuasion » en permettant de générer et de diffuser des messages plus rapidement et facilement.
Le « troll en chef » Trump a-t-il été dépassé ?
Fait notable : la plupart des messages publiés par les ambassades iraniennes ciblent Donald Trump plus que les États-Unis dans leur globalité. « L’Iran s’éloigne de son narratif habituel centré sur le “Grand Satan” américain, relève Nicolas Baygert, il y a une fixation sur Trump avec des contenus en référence à l’affaire Epstein ou qui moquent l’image de “dealmaker” [négociateur] qu’il s’efforce de construire ».
C’est le cas du message ci-dessous, publié par l’ambassade de Téhéran en Bulgarie et qui ironise sur les ultimatums du locataire de la Maison Blanche, maintes fois repoussés. « L’idée, c’est aussi d’exploiter l’ego de Donald Trump comme une vulnérabilité stratégique », analyse Nicolas Baygert, rappelant que le président américain est « extrêmement sensible au ridicule et attaché à son image d’homme fort ».
Reste à voir qui de la Maison Blanche ou de Téhéran sortira vainqueur de la guerre du trolling. Pour le New York Times, le aspect revient à l’Iran qui a « égalé, voire surpassé » les « fanfaronnades » de Donald Trump et peut espérer « redorer son image » auprès d’une jeune génération friande de culture internet et pas forcément au fait de la brutalité des Mollahs avec leur population. Même son de cloche pour le magazine américain The Atlantic, qui déclare le « troll en chef » dépassé à son propre jeu.
D’après le mensuel, les vidéos iraniennes « devenues virales » pourraient même « avoir de l’écho auprès du public américain en exploitant un sentiment général de frustration » face au conflit au Moyen-Orient. Un avis que ne partage pas Nicolas Baygert qui affirme que « l’impact sur l’opinion publique américaine sera sans doute limité » et que l’« objectif principal » de l’Iran est d’« instaurer un contre-récit », adressé notamment aux pays du « Sud global ».
Une chose est sûre, l’adaptation de Voyage, voyage à la sauce Trump n’a pas du tout plu à Desireless, qui l’a fait savoir à BFMTV. « J’ai eu droit à tout », se désole la chanteuse qui est habituée aux reprises du genre, même si elle « refuse qu’on utilise [sa] chanson sans [son] avis, encore moins les politiques ».
Source : www.huffingtonpost.fr
Conclusion : Notre équipe gardera un œil sur l’évolution de la situation.

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