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15 avril 2026Reuters.com
15 avril 202616 heures de sévices, le récit glaçant d’un retraité victime d’un enlèvement lié aux cryptomonnaies – franceinfo
Analyse : Voici les faits principaux observés par nos rédacteurs.
Notre rédaction analyse les faits saillants de « 16 heures de sévices, le récit glaçant d’un retraité victime d’un enlèvement lié aux cryptomonnaies – franceinfo ».
Résumé rapide
Jean* nous reçoit chez lui, dans sa maison à Voiron (Isère). Là où ce retraité de 74 ans a été enlevé le 25 janvier 2026. Lorsqu’il s’assoit pour livrer son récit, Jean ferme les yeux. Il semble revivre les 16 heures de sévices qu’il a subis. Plus de deux mois plus tard, il en garde des séquelles : un gros pansement au doigt et une coupure cicatrisée à la joue. « Au début ça s’est passé dans le noir », se souvient Jean. « Dès le départ, je me suis dit : ‘Il ne faut pas rigoler, ils peuvent être très dangereux’. Donc à partir de ce moment-là je me suis dit que j’allais obéir à tout ce qu’ils me diraient ».
Ce 25 janvier, à l’aube, aux environs de 6 heures du matin, trois hommes font irruption chez lui, Jean s’est assoupi dans son canapé et y a passé la nuit. « Je sens des mains qui me plaquent au sol, je me redresse, je hurle et pour me calmer ils me donnent tout de suite des coups de poing sur le visage et deux coups de crosse forts sur le front », raconte-t-il. Immédiatement, le ton est donné : « Ils ont commencé à me dire que mon fils avait de la cryptomonnaie, qu’il était millionnaire et ils venaient chercher des codes. Je leur ai dit que mon fils était à l’étranger et je ne comprenais pas ces histoires de codes ».
À partir de ce moment, les trois ravisseurs de Jean n’auront de cesse de multiplier les appels et les vidéos à son fils pour que ce dernier « lâche les cryptos », comme ne cessent de le répéter les trois tortionnaires. D’heure en heure, le niveau de violence ne cessera de monter pour qu’enfin Jean soit libéré en pleine nuit sans qu’aucune rançon ne soit versée. Avant cela, le retraité passe d’abord une demi-heure avec les criminels chez lui. Ils sont en permanence en lien avec le fils de la victime. Le retraité est ensuite ligoté, bâillonné et jeté dans le coffre d’une voiture.
Ce que Jean ignore c’est qu’ils n’ont rien anticipé. Ils roulent au hasard plusieurs heures et le font ensuite marcher en forêt, sur un chemin escarpé. « Ils m’ont mis un drap sur la tête qui me recouvrait tout le corps. On a marché pendant un quart d’heure sur un chemin argileux, ils me soutenaient pour ne pas que je tombe. Quand ils ont entendu un chien, on a fait demi-tour, on est retournés à la voiture, ils m’ont remis dans le coffre, on a roulé encore une heure et demie. Je pense qu’ils étaient à la recherche d’un local pour faire leur affaire ». Ce local se trouve dans la Drôme et c’est là que la violence va encore monter d’un cran.
Jean ferme à nouveau les yeux et il revoit cette arrière-cour dans laquelle il entend distinctement le bruit de bouteilles qui s’entrechoquent. Il s’agit d’un local associatif, qui fait aussi office de bar. Son propriétaire accueille Jean et ses ravisseurs sans poser de questions. C’est là que les sévices commencent.
« Leur but c’était de continuer à faire des vidéos et des photos pour envoyer à mon fils. Ils ont commencé à me taillader le petit doigt gauche pour faire du sang. Ensuite, il y en a un qui m’a pris par le cou et il m’a tailladé la joue gauche quatre à cinq fois. »
Jean, victime d’enlèvementsur franceinfo
Mais les ravisseurs ne s’arrêtent pas là. « Le plus dur c’est lorsqu’ils m’ont pris le petit doigt droit. Ils m’ont mis un couteau de 20 centimètres dessus et comme il ne coupait pas, ils ont donné deux coups de marteau sur le couteau pour pouvoir casser le bout du doigt, pour le couper. Ils n’ont pas réussi à le couper, mais ils ont cassé l’os ». La suite, ce sont des mises en scène toutes plus dégradantes les unes que les autres. « Toujours pour effrayer mon fils, ils m’ont allongé dans un grand sac plastique qu’ils ont refermé. Ils ont fait une vidéo en faisant comme s’ils allaient m’étouffer. Ils m’ont mis dans des positions debout sur le canapé, ils ont dit aussi de prendre mon sang que j’avais sur mon visage et de l’éparpiller pour effrayer encore un peu plus mon fils ». Et c’est là qu’ils lâchent : « On ne t’en veut pas à toi, mais le but c’est que ton fils il sorte les millions ».
Les ravisseurs demandent trois millions d’euros. Ils n’auront aucun centime, le fils de Jean étant finalement parvenu à convaincre les ravisseurs de son père qu’il n’a aucune fortune, lui qui ne fait que développer à l’étranger des logiciels en lien avec la cryptomonnaie en tant qu’autoentrepreneur.
Cette violence sans limites qu’a subie Jean, les enquêteurs spécialisés dans la criminalité organisée la constate dans la plupart des affaires d’enlèvements en lien avec la cryptomonnaie. Pour comprendre pourquoi ces criminels en arrivent là, nous rencontrons Thibaut Fontaine au siège de la police judiciaire à Nanterre (Hauts-de-Seine). Le patron de l’Office central de lutte contre le crime organisé (Oclco) voit arriver dans son bureau de plus en plus de ces affaires. Pour lui, le témoignage de Jean est symptomatique de ces enlèvements.
« Qu’est-ce que ça dit ? Ça dit surtout une forme d’amateurisme de la part des agresseurs qui ne maîtrisant pas la situation en viennent immédiatement à recourir à une violence totalement inconsidérée par rapport aux victimes ».
Thibaut Fontaine, le patron de l’Office central de lutte contre le crime organisé (Oclco)sur franceinfo
« Ça s’inscrit aussi, analyse le commissaire divisionnaire, dans un processus plus global où il faut, pour ces malfaiteurs, que ça aille très vite. Quitte à mettre en scène plusieurs agressions, de façon à ce que l’impact psychologique sur les proches soit le plus important et que la famille ou les amis libèrent les fonds le plus rapidement possible ».
Dans le cas de Jean, les ravisseurs sont en permanence en lien avec son fils. Ils ne cessent de lui envoyer des vidéos à la violence débridée. « Je savais pertinemment que le but ce n’était pas de me tuer, mais c’était uniquement de créer un climat de peur pour mon fils », se souvient Jean.
Un cauchemar qu’ont vécu de nombreuses autres victimes. Entre juillet 2023 et 2025, les autorités ont dénombré une vingtaine d’enlèvements de la sorte « avec une nette hausse entre 2024 et 2025 », selon les chiffres que franceinfo a pu consulter dans une note spécialement dédiée à ces enlèvements émanant du service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco). Ce début d’année 2026 montre que la hausse de ces enlèvements ne fait que se poursuivre, en témoigne ce nouvel enlèvement survenu lundi 13 avril 2026, en Bourgogne.
Dans l’affaire de Jean, sa libération intervient après 16 heures de sévices. Il est finalement relâché dans la nuit en pleine forêt. Après avoir quitté le local dans la Drôme, « on a roulé environ une demi-heure, on a atterri sur un parking immense. En pleine nuit, ils m’ont dit : ‘Bon tu sors, tu te mets à genoux, les mains sur la tête, tu regardes le sol et tu ne bouges pas pendant 30 secondes.’ C’est ce que j’ai fait. Jusqu’au dernier moment j’ai eu peur qu’ils m’écrasent en faisant une marche arrière. Lorsque j’ai vu la voiture s’éloigner j’ai dit : ‘Ouf c’est bon pour moi' ». Les policiers de la BRI de Lyon qui suivaient à distance Jean et ses ravisseurs interpellent immédiatement trois suspects, âgés de 19 à 23 ans. Ils sont depuis mis en examen et incarcérés.
Une remarque des ravisseurs lui reste en mémoire. « À la fin quand ils m’ont libéré, ils m’ont dit : ‘Jean, on ne t’admire pas, mais on te respecte, t’es un dur’. Alors moi je vais vous dire, je n’ai jamais été un dur », lance-t-il avec un sourire. Dans son souvenir, ses ravisseurs étaient des hommes jeunes, ils ont entre 19 et 23 ans. « Ils plaisantaient entre eux », se rappelle-t-il.
« Ils avaient la panoplie parfaite du kidnappeur, ils avaient tous les trois les mêmes équipements, mêmes chaussures et mêmes pantalons et mêmes cagoules, on ne voyait que leurs yeux ».
Jean, victime d’enlèvementsur franceinfo
Il se souvient aussi que le commanditaire, dont il n’a entendu que la voix au téléphone, paraissait un peu plus âgé. « Lui, c’est vraiment le personnage sans pitié, je me rappelle qu’il criait : ‘Faut qu’il y ait du sang ! Fais tomber le doigt !’ C’était pour impressionner mon fils ».
Des ravisseurs simples exécutants et un commanditaire qui donne les ordres à distance au téléphone, c’est le schéma que les enquêteurs ont bien identifié depuis maintenant plusieurs années. Il s’agit d’équipes à l’organisation pyramidale, dont les liens avec le narcotrafic sont surveillés. Les exécutants sont recrutés « sur les réseaux sociaux et sur recommandation, agissant pour le compte d’un même commanditaire », selon la note du Sirasco et font preuve « d’une forte discipline opérationnelle ». Le commanditaire agissant le plus souvent depuis l’étranger, dans des pays à faible entraide judiciaire avec la France. Selon les informations de franceinfo de sources concordantes, dans l’affaire de l’enlèvement de Jean, le commanditaire a été localisé au Maroc, un homme soupçonné d’être responsable d’au moins cinq rapts récents en Isère et en Haute-Savoie.
Une organisation pyramidale, mais aussi très étanche. Les exécutants ne connaissent pas les commanditaires et sont comme « de la chair à canon », selon les mots d’un bon connaisseur de ce type d’affaires. Des petits délinquants, qui, selon cette source, sont envoyés parfois plusieurs fois par jour pour tenter d’enlever des proches de détenteurs ou d’entrepreneurs dans le domaine de la cryptomonnaie.
« On est sur une organisation qui est assez symptomatique de l’évolution de la criminalité organisée, avec des commanditaires qui agissent uniquement par le biais de leur téléphone à distance ».
Thibaut Fontaine, le patron de l’Office central de lutte contre le crime organisé (Oclco)sur franceinfo
« Ces commanditaires, souligne le patron de l’Oclco, ils recrutent, effectivement, des exécutants qu’ils ne connaissent pas et effectivement pour le commanditaire, l’interpellation de ces petites mains ne présente pas de difficultés particulières, parce qu’ils ne sont pas en capacité d’identifier celui qui leur donne les ordres », relève le commissaire divisionnaire.
Le plus souvent, ces équipes sont capables de se déplacer très vite partout en France, payées quelques milliers d’euros par les donneurs d’ordre avec une promesse d’intéressement en cas de succès de l’opération et de paiement de rançon. Dans le cas de l’affaire de Jean, aucune rançon n’a été payée.
Depuis son enlèvement et sa séquestration, Jean assure qu’il va « bien » et qu’il n’est « pas traumatisé ». Même si, reprend-il, « il a un peu d’anxiété au réveil le matin. On a quand même fait installer un système d’alarme et je me suis équipé de petites armes défensives ».
Reste à savoir comment les victimes sont ciblées. Dans le cas de Jean, le nom de son fils apparaissait dans une base de données détenue par des entreprises de cryptomonnaies. Une base de données qui a été piratée en début d’année et revendue à des criminels. Dans d’autres enlèvements, les enquêteurs indiquent dans la note du Sirasco que « l’analyse du profil de certaines victimes a révélé leur absence de vigilance sur les informations qu’elles publiaient en affichant sur des plateformes à très forte audience (…) un train de vie luxueux rendu possible par un enrichissement rapide en cryptoactifs ».
Enfin, dans les cas où les victimes sont plus discrètes, « les malfaiteurs vont réaliser un travail d’Osint [renseignements en sources ouvertes] particulièrement fin » notamment sur les informations légales obligatoires laissées en ligne par les entrepreneurs. « L’abondance de données personnelles et patrimoniales accessibles en ligne constitue un terreau fertile au repérage et à la planification d’attaques », souligne la note.
Thibaut Fontaine tient, lui, à envoyer un message à destination des criminels : « Que ce soit clair pour tout le monde, la plupart des agressions échouent, beaucoup de victimes qui sont ciblées ne détiennent pas de cryptomonnaies et de très nombreux exécutants, voire commanditaires, ont été déjà interpellés ». De son côté, Jean confie ne pas en vouloir à ses agresseurs. Ces derniers lui ont même posé la question : « Tu vas être en colère contre nous ? Je leur ai dit ‘non' ». Une fois qu’ils l’ont libéré, ses ravisseurs ont été tout de suite interpellés.
*Le prénom a été modifié
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Une information à suivre dans les jours à venir.

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