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4 mars 2026« La Maison des Femmes » montre l’importance bien réelle de cette structure pionnière, au-delà de la fiction
Oulaya Amamra et Laetitia Dosch jouent deux soignantes dans « La Maison des Femmes » de Mélisa Godet.
« Vous changez la vie des femmes en mieux. » Dans le film de Mélisa Godet, un inspecteur de l’IGAS (inspection générale des affaires sociales) reconnaît au personnage joué par Karin Viard ce pouvoir rare. Mais derrière la fiction, la vraie Maison des Femmes, fondée en 2016 par la gynécologue Ghada Hatem, transforme réellement la vie de 4 000 de patientes chaque année.
Depuis dix ans, cette structure adossée à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93) accueille des femmes victimes de violences, abrite un centre de santé sexuelle ainsi qu’une unité de soins dédiée aux mutilations génitales. C’est ce quotidien de toute une équipe soignante et ses patientes qu’a choisi de mettre en scène la jeune réalisatrice dans son premier long-métrage, La Maison des Femmes.
En salle ce mercredi 4 mars, quelques jours avant la Journée internationale des droits des femmes, ce film choral est porté à bras-le-corps par un casting presque 100 % féminin. Aux côtés de Karin Viard, qui interprète Diane, la fondatrice et directrice de la structure, Lætitia Dosch, Oulaya Amamra, Eye Haïdara, Juliette Armanet et Pierre Deladonchamps incarnent des soignantes et soignant pétris d’humanité, entièrement dévoués à la santé des femmes. Un film aussi lumineux que son sujet est grave, qui choisit de capturer la solidarité plutôt que la sidération, et dont le réalisme frappe par sa justesse.
Des soins ciblés pour les victimes de violences
Dans le film, c’est justement cette précision qui a tant plu à Ghada Hatem, elle qui se dit « attachée à la justesse des mots ». D’abord réticente à voir son histoire portée à l’écran, la gynécologue a fini par donner son accord à Mélisa Godet lorsqu’elle a compris que le film serait surtout une mise en lumière de son équipe. Centrales et rythmées, les scènes collectives traduisent la réalité d’une structure qui repose avant tout sur le travail d’une cinquantaine de personnes. « L’idée n’était pas de montrer des héroïnes du quotidien, qui sauvent des vies, mais plutôt de laisser percevoir la banalité du mal, insiste Ghada Hatem auprès du HuffPost. Les histoires que montre Mélisa ne sont pas hors normes, et les violences faites aux femmes sont commises par des gens ultra-normaux, de tous âges et origines. »
BERTRAND GUAY/AFP
La Dr Ghada Hatem, devant la Maison des Femmes à Saint-Denis.
La Maison des Femmes s’attache aussi à montrer avec sensibilité et pudeur le vécu des patientes, émaillé de violences. Certaines sont là pour une reconstruction après avoir subi, enfant, une excision ; parce qu’elles ont besoin d’un suivi gynécologique après être récemment arrivées en France : d’autres assistent aux ateliers proposés (activités créatives, karaté…) au sein de l’établissement.
Une dimension globale et pluridisciplinaire du soin qui est à l’origine même de la structure. « Dans la vie des femmes, il y a parfois des événements extrêmement traumatiques qui viennent percuter notre pratique médicale, développe la médecin. Une femme victime de violences présente non seulement une santé physique dégradée, mais il faut aussi prêter attention à son bien-être psychique et social. En tant que soignant, il faut savoir y répondre. »
Des groupes de parole participent à cette prise en charge complète, où les femmes peuvent parler entre elles des violences qu’elles subissent, sans peur d’être jugées. « Elles s’entre-soignent par leur parole, par leur partage d’expériences, assure Ghada Hatem. Et avoir l’occasion de fabriquer des choses lors d’ateliers, ça change le regard qu’on a sur soi, ça permet d’aller mieux. »
Difficultés financières et manque de reconnaissance
Reste que bien soigner nécessite des moyens. Or, la Maison des Femmes en a longtemps manqué. « Contrairement à ce que montre le film, on n’a jamais été vraiment menacés de fermeture, rétablit Ghada Hatem. En revanche, on a été menacés de faire le dixième de ce qu’on faisait, avec moins de soignants et sans intervenants, ce qui aurait été inacceptable. »
D’autant que le succès de la structure n’a jamais faibli. Six mois après son ouverture, la vraie Maison des femmes s’est aussi très vite retrouvée trop petite pour accueillir patientes et personnel. A alors commencé un travail de longue haleine pour trouver des mécènes pour lui permettre de s’agrandir. Dans le film de Mélisa Godet, Karin Viard doit ainsi composer avec deux rôles : celui de médecin qui reconstruit des clitoris et celui de communicante à la recherche de financements. « Et encore, ça ne montre pas le quart de ce qu’a été ma vie les cinq premières années, prévient Ghada Hatem. C’était un travail très ingrat. Je ne vous raconte pas le nombre de portes fermées ni celui d’hommes condescendants qui m’ont dit : “Je ne comprends même pas ce que vous voulez faire, chère Madame”. »
Pathé Films
Le casting de « La Maison des Femmes » de Mélisa Godet.
Le salut de la Maison des Femmes est finalement venu de son équipe. « On a fait mille et une choses pour lever des fonds : des soirées humoristiques, des concerts… On était complètement sorties de nos métiers de soignantes. » L’appui de personnalités, comme celui d’Inna Modja, marraine de l’établissement, d’Alexandra Lamy, de la chanteuse Jeanne Cherhal ou de la créatrice de vêtements Jeanne Damas a aussi aidé. « Tous ces gens-là nous portent, nous aiment, nous réconfortent. »
Bientôt une quarantaine de Maisons des Femmes
Désormais durablement installée, la Maison des Femmes de Saint-Denis a « presque résolu son problème de place ». Mieux : son modèle a essaimé partout en France et en Belgique. De Marseille à La Réunion, en passant par Clermont-Ferrand, ou Bruxelles : dix ans plus tard, il existe 34 Maisons des Femmes, « et bientôt 40 », se félicite Ghada Hatem qui, à l’aube de la retraite, compte sur la jeune génération pour faire perdurer ce modèle. « L’objectif est de coordonner ces maisons et qu’elles partagent leurs process pour devenir une force de frappe, car on est beaucoup plus puissantes à 34. » Un foyer pour jeunes filles de 18 à 25 ans sans enfant et un centre de santé mentale pour mineurs victimes de violences sexuelles devraient aussi bientôt ouvrir.
Reste néanmoins une constante : le manque de volonté politique pour en finir avec les violences faites aux femmes. « En dix ans, beaucoup de choses ont changé, reconnaît la médecin, mais il faut pérenniser ces progrès en allouant de vrais budgets à la police, à la justice, à l’hôpital, pour prévenir les violences et former les professionnels. C’était bien beau d’applaudir tout le monde pendant le Covid, mais maintenant il faut des actes. » À dix jours des municipales et à un an de l’élection présidentielle, l’appel est lancé.

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