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16 avril 2026L’affaire « Pelicot du numérique » : en Allemagne, les deepfakes sexuels interrogent le droit
Analyse : L’équipe éditoriale a repéré les points les plus pertinents.
Notre équipe propose une synthèse des informations de « L’affaire « Pelicot du numérique » : en Allemagne, les deepfakes sexuels interrogent le droit ».
Ce qu'il faut retenir
« On m’a volé mon corps. » Durant une dizaine d’années, de fausses images pornographiques truquées mettant en scène l’actrice et animatrice allemande Collien Fernandes ont été créées et diffusées sur le Web, donnant l’illusion de contenus privés partagés par des comptes à son nom.
Fin 2024, l’actrice, qui recherche depuis des années les auteurs de ces montages, découvre que la personne derrière ces deepfakes n’était autre que son mari : Christian Ulmen, également acteur et dont elle est désormais divorcée. Des faits qu’il a lui-même reconnus en mars dernier après qu’elle eut déposé plainte, reconnaissant avoir créé de faux profils et évoquant, dans un échange avec des avocats, un « fétichisme sexuel » incontrôlable, rapporte Der Spiegel.
En Allemagne, l’affaire Collien Fernandes fait grand bruit. L’avocate de l’actrice évoque même une « affaire Pelicot du numérique », afin d’inciter sa cliente à porter plainte.
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« Cette phrase m’est vraiment restée en tête et je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser s’en tirer comme ça », explique Collien Fernandes à l’Agence France-Presse (AFP).
Derrière cette affaire, les deepfakes s’imposent comme une nouvelle forme de violence sexuelle, révélant en creux les limites du cadre juridique européen face à ces usages.
« Viol virtuel »
L’actrice de 44 ans accuse aujourd’hui son ex-mari, l’acteur et animateur Christian Ulmen, 50 ans, d’avoir fait croire à une trentaine d’hommes, dont certains de son entourage professionnel, qu’ils entretenaient une relation secrète en ligne avec elle, parfois durant des années, en leur envoyant des fausses images dénudées ou en ayant des conversations téléphoniques à caractère sexuel en trafiquant sa voix.
Lors d’un dîner avec un producteur, elle apprend qu’il pensait avoir échangé des messages sexuels avec elle sur le Web. Puis, elle découvre un scénario fantasmé que son mari a écrit et diffusé, dans lequel elle se fait violer par 21 hommes.
« Tu m’as violée virtuellement », accuse-t-elle, s’adressant à son ex-mari. Après les aveux de ce dernier, Collien Fernandes se plonge dans le dossier des viols de Mazan. Une affaire « incroyablement dure », qui résonne en elle au point qu’elle n’arrive pas à lire un contenu en entier sans « éclater en sanglots », dit-elle à l’AFP, au bord des larmes.
C’est « la force » que Gisèle Pelicot affiche qui lui donne le courage de porter plainte, pour mettre un terme aux rumeurs la concernant et porter le combat des victimes de violences numériques.
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« Les deepfakes à caractère sexuel s’inscrivent dans un rapport de domination de genre et dans un continuum de (cyber)violences sexistes et sexuelles, qui affectent principalement les femmes et les personnes LGBTQIA+ », rappelle le Centre Hubertine-Auclert.
Pire : 98 % des deepfakes produits sont à caractère pornographique et 99 % des personnes ciblées sont des femmes, selon la recherche « State of Deepfakes » menée en 2023 par la start-up de lutte contre les vols d’identité en ligne Security Hero.
La démocratisation des outils d’intelligence artificielle (IA) générative rend la création de deepfakes très facile, augmentant les risques pour les femmes et les jeunes filles. « Un hyper-trucage mettant en scène son intimité peut créer un sentiment d’impuissance, de perte de contrôle sur son image, de dépossession de soi », soulignait Célia Zolynski, professeure en droit privé et sciences criminelles, dans le podcast « Les Voies de l’IA » en février 2025.
En Belgique, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) déplore dans un communiqué que l’IA agisse comme un « accélérateur » des violences numériques à l’égard des femmes.
Aux États-Unis, selon une étude récente, plus de la moitié des victimes de deepfakes ont envisagé le suicide. « Ce n’est pas un problème Internet marginal. Il s’agit d’une crise mondiale », estime l’ONU Femmes.
Lacunes juridiques et divergences dans l’application des lois
« La violence numérique est une VRAIE violence ! », s’alarme Renew Europe sur X, relevant des « failles juridiques alarmantes » dans l’affaire Collien Fernandes. « Nous exigeons l’interdiction des apps d’IA de ‘nudification’ et une protection renforcée des victimes de deepfakes dans l’UE », poursuit le groupe parlementaire européen (centre).
Dans un communiqué publié dans le sillage de l’affaire, le groupe politique appelle à « une action européenne renforcée, afin de combler les lacunes juridiques et les divergences d’application des lois permettant l’utilisation abusive de l’intelligence artificielle pour générer du contenu intime non consenti ».
La plainte de Collien Fernandes a été déposée en Espagne, où les ex-époux résident et où la loi concernant les violences en ligne sont plus strictes. Mais mardi 14 avril, la plainte a finalement été classée, le tribunal saisi estimant ne pas être compétent et transmettant ainsi la procédure au parquet allemand.
Sur ce sujet, l’Allemagne accuse à ce jour un certain retard. La création d’un deepfake n’y est pas, en tant que telle, clairement saisie par les incriminations existantes. Dans un examen, le Bundestag dit d’ailleurs explicitement que les deepfakes pornographiques non consentis d’adultes sont « pris en compte de manière limitée ».
À titre de comparaison, la France, qui compte parmi les pays les plus avancés sur la qualification pénale, s’est dotée en 2024 de la loi sur la régulation de l’espace numérique, ou loi SREN, visant explicitement les contenus sexuels générés par des algorithmes et reproduisant l’image ou la voix d’une personne sans son consentement.
Dans les autres pays européens, dont l’Allemagne, la transposition de la directive UE 2024/1385 viendra combler cette lacune. Cette directive est en effet le cadre commun le plus important sur les violences faites aux femmes. Il impose aux États membres de criminaliser le partage non consenti d’images intimes, y compris les deepfakes, et la manipulation ou création de matériel sexuellement explicite sans consentement. Les États ont jusqu’au 14 juin 2027 pour la transposer.
Mais l’affaire Collien Fernandes pourrait faire bouger les lignes plus vite que prévu outre-Rhin. « Ce sujet est d’une importance capitale, c’est pourquoi nous avons entamé très tôt la rédaction d’un projet de loi au sein du ministère. Ce projet est désormais finalisé. À l’avenir, nous souhaitons criminaliser la création et la diffusion de deepfakes pornographiques », annonçait la ministre fédérale allemande de la Justice, Stefanie Hubig, réagissant à l’affaire Fernandes, le 20 mars dernier dans une vidéo.
« Nous voulons encadrer la responsabilité pénale liée aux deepfakes en général. Nous voulons également faciliter l’accès des victimes à la justice, leur permettre d’obtenir réparation plus rapidement et ainsi mettre un terme à l’humiliation et à la dégradation dont elles sont victimes en ligne. »
Ces actes seront criminalisés par une loi sur les violences numériques qui sera présentée « dans un délai très court », a de son côté précisé le porte-parole du ministère allemand de la Justice, Eike Hosemann, concédant que « le droit pénal n’est pas à la hauteur de ce qu’il devrait être, en particulier lorsqu’il s’agit de deepfakes ».
Le 26 mars dernier, le Parlement européen a approuvé une mesure visant à interdire des services qui utilisent l’IA pour « créer ou manipuler des images sexuellement explicites ou intimes ».
Cette initiative faisait notamment suite à l’introduction il y a quelques mois, d’une fonctionnalité dans Grok – l’assistant d’IA d’Elon Musk –, qui permettait aux utilisateurs de lui demander de créer des deepfakes sexuels de femmes et d’enfants dénudées à partir de photos réelles.
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Pour Collien Fernandes comme pour d’autres, la violence ne s’est pas arrêtée à la sphère privée. Elle s’est prolongée, transformée, diffusée, dans un espace où le droit peine encore à la contenir.
Source : www.france24.com
Conclusion : L'équipe continuera de fournir des mises à jour régulières.

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