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15 avril 2026Après sa victoire, Peter Magyar peut-il réellement démanteler le système Orban en Hongrie?
Analyse : Notre équipe propose une synthèse des points importants.
Notre rédaction a sélectionné quelques points clés concernant « Après sa victoire, Peter Magyar peut-il réellement démanteler le système Orban en Hongrie? ».
Résumé synthétique
En promettant une « nouvelle ère » et même un « changement de régime complet », le vainqueur des législatives hongroises affiche des ambitions de rupture radicale. Mais derrière la défaite de Viktor Orban, le système que ce dernier a construit en seize ans pourrait s’avérer plus difficile à défaire.
Peter Magyar et les experts l’ont répété pendant toute la campagne électorale : pour espérer changer « le système », gagner ne suffirait pas, il faudrait gagner largement. C’est chose faite : le candidat du parti Tisza en rêvait, les électeurs hongrois lui ont offert une majorité des deux tiers au Parlement, avec 138 sièges sur 199.
Au lendemain de sa victoire écrasante, le futur Premier ministre de 45 ans a donc promis lundi de tout faire pour « garantir une nouvelle ère en Hongrie », estimant que le pays n’avait pas voté « pour un simple changement de gouvernement, mais pour un changement de régime complet ». Une volonté claire de tourner la page de seize années de pouvoir de Viktor Orban et de rétablir l’État de droit. Parmi les mesures avancées, il s’est engagé à limiter à deux le nombre de mandats de Premier ministre, soit un total de huit ans.
Sur le papier, cette majorité des deux tiers va lui permettre de modifier la Constitution, de revenir sur les lois dites « cardinales » et de s’attaquer à l’architecture institutionnelle construite par le Fidesz au fil des années.
Car depuis 2010, c’est tout un système que le Fidesz a construit, mêlant contrôle des institutions, réseaux économiques et relais dans la société, au point que certains analystes parlent d’un véritable « État-parti ». Institutions verrouillées, médias mis au pas, indépendance de la justice limitée, système clientéliste…
« C’est tout un nouvel édifice institutionnel qu’il faudra remonter brique par brique »
En seize ans, des centaines de lois et de décrets ont été adoptés, notamment dans le cadre de l’état d’urgence instauré pendant la pandémie, permettant au gouvernement de légiférer par décret. « C’est tout un nouvel édifice institutionnel qu’il faudra remonter brique par brique », souligne Ambre Bruneteau, doctorante en sciences politiques à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne.
L’exemple des médias est particulièrement parlant : la quasi-totalité du paysage audiovisuel public et une large partie du privé ont été placées sous contrôle direct ou indirect du pouvoir, au service de sa propagande. Pendant la campagne, Peter Magyar y a ainsi été présenté comme « une marionnette de Bruxelles » ou « de Kiev ». Le vainqueur de l’élection a confirmé ce mercredi qu’il allait suspendre les émissions des médias d’État. « Nous aurons besoin d’un peu de temps pour adopter une nouvelle loi sur les médias, mettre en place une nouvelle autorité de régulation des médias et créer les conditions professionnelles permettant aux médias d’État de remplir réellement leur mission », a-t-il précisé sur la radio Kossuth, où l’opposition était rarement invitée jusque-là.
Le Fidesz s’est aussi appuyé sur un réseau d’hommes d’affaires proches du pouvoir, qui ont bâti de véritables empires économiques grâce aux marchés publics et à leur proximité avec l’État. Certains d’entre eux ont d’ailleurs déjà fait savoir qu’ils entendaient conserver leurs positions, malgré l’alternance politique. « C’est un parti qui était très bien implanté localement, avec beaucoup de mairies, avec des barons locaux dans beaucoup de communes », rappelle Ambre Bruneteau.
S’il a réussi à faire chuter un dirigeant qui semblait indéboulonnable, le système mis en place au fil de ses quatre mandats reste donc, lui, largement en place. Et le chantier pour le défaire s’annonce « colossal », prévient l’experte.
Un avis partagé par la Kata Törley, figure de la résistance à la dérive autoritaire du système éducatif hongrois. « Il faut reconstituer une démocratie, reconstituer tout le système de freins et de contrepoids », expliquait-elle sur RFI lundi. « Le travail est énorme : il faut toucher à la Constitution, à plein de lois, reconstruire les grands systèmes : éducation, santé, culture… Ce qui est devant nous est un peu immense. »
Urgences et résistances
« En théorie, il peut tout faire, mais en théorie seulement », résume le politiste Valentin Behr, chercheur au CNRS. « le élément que ce verrou théorique tombe n’implique pas mécaniquement qu’il y ait une majorité prête à revenir sur l’ensemble des réformes et des politiques mises en place pendant ces années. La question est de savoir si elle sera vraiment disciplinée, ou si elle peut être divisée ou fracturée sur un certain nombre de sujets », poursuit-il, alors que le nouveau Parlement est composé en grande partie de novices.
Surtout, la présence de nombreux responsables nommés sous Viktor Orban limite la marge de manœuvre du futur gouvernement. « Même en ayant les deux tiers, il y a des « joueurs veto » qui risquent de poser problème », souligne Ambre Bruneteau. Certaines personnalités, comme des magistrats, le procureur général – nommé pour neuf ans – ou le président de la Cour suprême – pour onze ans –, risquent d’être difficiles à déloger.
Le temps joue également contre le nouveau gouvernement. Tout ne pourra pas être réglé en quatre ans de mandat. Une pression d’autant plus forte que, selon Ambre Bruneteau, il s’agit d’abord d’un vote de rejet de Viktor Orban plus que d’une adhésion à Peter Magyar.
Pour l’heure, l’urgence est économique. Dans un pays fragilisé par l’inflation, Peter Magyar a fait du déblocage des fonds gelés une « priorité absolue ». Au total, rappelle notre correspondant à Bruxelles, plus de 30 milliards d’euros restent suspendus, en raison des atteintes à l’État de droit sous Viktor Orban, dans le cadre du mécanisme de conditionnalité qui lie le versement des fonds européens au respect des normes démocratiques.
« Il va falloir montrer des avancées relativement rapidement », souligne Ambre Bruneteau. Car la Commission ne veut pas reproduire le précédent polonais où l’Union européenne avait vite libéré des milliards d’euros après les premiers engagements du gouvernement proeuropéen de Donald Tusk en 2024. Depuis, celui-ci peine à détricoter l’héritage des ultraconservateurs du PiS et à faire avancer son agenda.
Des eurodéputés ont d’ailleurs exhorté mardi la Commission à ne pas accorder de « chèque en blanc » à Budapest. Bruxelles attend des mesures concrètes, notamment sur l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, les marchés publics, la liberté de la presse ou encore les droits des personnes LGBT+.
Peter Magyar a ainsi promis de rejoindre le Parquet européen et la Cour pénale internationale. Il a aussi annoncé la création d’une structure chargée de lutter contre la corruption et d’enquêter sur les abus de l’administration précédente.
« Partez, n’attendez pas que nous vous chassions »
Dimanche soir, Peter Magyar a invité ceux qui pourraient entraver son action à prendre les devants, et à démissionner. « Partez, partez, n’attendez pas que nous vous chassions », a-t-il lancé. Dans son viseur, les présidents de la Cour suprême, de la Cour constitutionnelle, de l’Autorité des médias, de l’Autorité de la concurrence et le procureur général. Mais surtout, le président Tamas Sulyok, proche de Viktor Orban, à qui il a réitéré sa demande ce mercredi alors que celui-ci a annoncé qu’il convoquerait la nouvelle assemblée début mai. Des appels qui n’ont pour l’heure pas été suivis d’effet.
« Il y aura de l’opposition et des résistances, avec des acteurs qui peuvent se retrancher dans certaines institutions en attendant une nouvelle alternance dans quatre ans », souligne Valentin Behr.
Si Viktor Orban a concédé sa défaite rapidement, il n’a pas annoncé son retrait de la vie politique et a déjà laissé entendre qu’il entendait continuer à peser dans le débat. L’alternance a bien eu lieu, mais la « désorbanisation » ne fait que commencer.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Cette information sera réévaluée à mesure que de nouveaux éléments apparaissent.

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