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16 avril 2026Analyse : Cette nouvelle a été passée en revue par notre équipe.
Voici ce que notre équipe pense de l'article « le média d’extrême droite Frontières jugé pour avoir « jeté en pâture » des avocats ».
À ne pas oublier
Début 2025, le média identitaire Frontières diffusait une liste nominative d’avocats spécialisés en droit des étrangers qu’il désignait comme « coupables » de « l’invasion migratoire ». S’en est suivi un harcèlement pour certains d’eux: insultes, menaces de mort, actes de vandalisme. Son directeur, Erik Tegnér, était jugé à Bobigny ce jeudi.
Le média d’extrême droite Frontières a-t-il sciemment cherché à exposer des avocats à des actes de représailles? C’est la délicate question que devait examiner le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis), ce jeudi 16 avril.
Le 30 janvier 2025, Frontières, fondé deux ans plus tôt sur Internet, publiait un hors-série magazine dans lequel il dressait une liste nominative de 60 avocats, désignés comme « coupables » de « l’invasion migratoire ».
Diffusé en kiosques à 20.000 exemplaires, le magazine établissait « le podium » des « avocats les plus empressés à défendre les étrangers en situation irrégulière », « de véritables militants idéologiques » s’adonnant à « un business juteux », tonnait encore Frontières. Qui précisait, pour tous ces spécialistes en droit des étrangers, leur nom, prénom et lieux d’exercice professionnel – Toulouse, Marseille, Lyon, Paris…
« Salve de menaces de mort »
« Pendant des semaines, nous avons reçu une salve de menaces de mort », retrace à la barre Me Samy Djemaoun. Ciblé, il s’est constitué partie civile avec dix autres avocats ciblés. Les jours suivants, Sophie (le prénom a été modifié), avocate à Toulouse, a retrouvé des croix gammées taguées à proximité de son cabinet. La plaque supportant son nom a été arrachée. Me Myriam Si Hassen, qui exerce à Dijon, n’osait plus se rendre à son cabinet sans son conjoint, « apeurée que quelqu’un puisse s’en prendre à moi », raconte-t-elle à la barre. La plupart usent des mêmes mots pour dire comment cette parution les a affectés: « détresse psychologique », « hypervigilance », « dégoût », « peur »… Le délibéré sur cette affaire sera rendu le 18 juin 2026.
S’ajoutent, en ce mois de janvier 2025, des messages hostiles de la part de l’équipe de Frontières sur les réseaux sociaux. Sur X, TikTok ou Instagram, ces derniers publient les photos et l’identité de trois avocats, ceux censés avoir le plus de dossiers liés au droit des étrangers, tout en affirmant, non sans accents délateurs, qu’ils sont « payé[s] par VOS impôts avec l’aide juridictionnelle ». Dans un tweet relayant une de ces publications, Jordan Florentin, salarié de Frontières, invoque un esprit de revanche: « à eux de trembler ».
Scandale chez les robes noires. La bâtonnière de Marseille fustige à l’époque « un dossier nauséabond, truffé d’erreurs » et 60 avocats jetés « en pâture ». « Défendre les justiciables, quels qu’ils soient, est l’essence de la profession d’avocat », avait réagi le Conseil national des barreaux.
« Risque direct d’atteinte à la personne »
Mais ce 16 avril, quand Erik Tegnér, directeur de Frontières et chroniqueur sur CNews, s’approche de la barre, il n’entend pas faire d’auto-critique. « Je cautionne l’intégralité de ce qui a été publié dans ce magazine », annonce-t-il d’emblée.
Il ne lui est pas reproché de « diffamation », comme c’est souvent le cas pour la presse, mais une infraction encore peu connue: le « risque causé à autrui ». Créé par une loi d’août 2021, peu après l’assassinat de Samuel Paty, ce délit vise à lutter contre le « doxxing » et à sanctionner ceux qui « diffusent des informations relatives à la vie privée d’autrui (…) aux fins de les exposer à un risque direct d’atteinte à la personne ». Peine encourue: trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.
« À aucun moment notre souhait n’a été de livrer des avocats à la vindicte », affirme le jeune directeur devant les juges. Son but? Simplement dénoncer « un système d’avocats ».
Mais le président de la 14e chambre, Youssef Badr, est dubitatif. « Quel était l’intérêt de mettre les noms et prénoms de ces avocats? »
« On ne peut pas se contenter d’écrire un édito disant qu’il y a un business en droit des étrangers… La vérité c’est que, dans notre métier, on ne peut pas ne pas parler de personnes concrètes », affirme Erik Tegnér.
Le juge l’interroge sur le terme « coupables » qui figure en lectures majuscules sur la couverture. « Coupable, c’est celui qui commet une faute. La faute, ce serait d’avoir fait respecter la loi ? »
« Quand on dit les ‘coupables’, ce n’est pas au sens juridique », évacue Tegnér.
« Ne vous dites-vous pas qu’en tournant les choses de cette manière-là, quelqu’un d’influençable ou de fragile pourrait vous prendre au pied de la lettre ? Que cet avocat devient pour lui un ennemi? », le relance le président. Le militant rétorque: « je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un qui fasse ce genre de choses ».
« Pas responsable de ces dingues »
Youssef Badr égrène alors, face à lui, la litanie d’insultes et de menaces de mort reçues par l’avocat Roman Sangue après la parution du numéro de Frontières: « sangsue », « avocat véreux », « ennemi de la France », « nuisible », « vermine »… Puis d’autres messages ciblant plusieurs de ces avocats: « vous faites bien de nous donner les noms », « il est temps de se lever et de défendre notre patrie contre ces traitres », « à mort », « guillotine », « il fait renverser cette justice d’islamo-collabos »…
« Je ne suis pas responsable des dingues », écarte Tegnér. « On n’a jamais voulu mettre ces personnes en danger ».
« Pointer du doigt des opposants, des ennemis, en affirmant qu’ils sont extrêmement riches, qu’ils sont ‘coupables’, c’est bien un appel à nous sanctionner », le contredira Ségolene Rouillé-Mirza, avocate au barreau de Tours, ciblée par le titre.
« C’est quoi la sanction? Pour moi, c’est une sanction qui passe par les armes ou par la violence », déroule-t-elle.
« La violence physique est toujours précédée d’une violence sémantique. C’est ce qui s’est passé avec Samuel Paty », argue Me Rouillé-Mirza. « C’est déjà arrivé, dans l’Histoire. L’extrême droite s’en est toujours prise aux intellectuels, aux avocats, aux journalistes et aux magistrats ».
« Vous nous associez à des passeurs qui profitent d’un système juteux et qui facilitent ‘l’invasion migratoire' », tacle un autre avocat.
Média « d’enquête »
Erik Tegnér le répète en boucle: Frontières serait « un média d’enquête », et tout cela ne serait que du journalisme. Mais, interroge une avocate, est-ce du journalisme que de dénoncer « les coupables cachés du chaos migratoire » et de les désigner comme « avides d’argent facile »? L’éditorialiste invoque des principes, défend la « rigueur » de son journal, assure avoir contacté « tous » les avocats cités, avec « plusieurs relances » pour les faire réagir.
Démenti formel de la totalité des intéressés. « Jamais » ils n’ont été sollicités, assurent-ils à l’audience. Aucun d’eux n’a compris pourquoi leur nom a été jeté en pâture. Quant à la rigueur journalistique, Me Samy Djemaoun affirme, lui, que le magazine est « truffé d’inexactitudes »: le titre prétend par exemple qu’un avocat pourrait gagner 5.300 euros grâce à l’aide juridictionnelle pour un seul dossier de défense d’un étranger ; que ce montant pourrait être doublé en appel. « Enquête journalistique de fond », ironise Me Djemaoun. En réalité, c’est entre 130 et 600 euros, rappelle un autre avocat.
On apprend aussi que le classement de Frontières concernant les 60 avocats prétendument les plus actifs sur la question des droits des étrangers a été fait… sur la base deux mois de décisions de justice administrative. D’octobre à novembre 2024.
« 2800 décisions. C’est un quorum très important. C’était trois mois de travail », se défend le directeur de Frontières. « Deux mois, ça ne dit rien de l’activité d’un avocat », réagit pourtant le président Badr.
« Psychose »
Erik Tegnér fustige ensuite la « psychose » qui se serait emparée de ces avocats « qui se font peur entre eux ». Il estime n’avoir, pour sa part, rien à voir avec le nazisme et l’extrême droite. Après de longues digressions sur « l’extrême gauche » ou « l’immigration », il finit par dénoncer un » procès politique ».
Pendant les plaidoiries, Me Raphaël Kempf, avocat du barreau de Paris – lequel s’est constitué partie civile comme les barreaux de Tours, Toulouse et Dijon – revient à ce qui est juridiquement reproché à Frontières. « Pouvait-il ignorer le risque auquel étaient exposés les avocats? La réponse est non. Il ne pouvait pas ignorer les conséquences prévisibles de ses agissements », citant, par exemple, la parfaite connaissance d’Erik Tegnér, du fonctionnement des réseaux sociaux.
Ce qu’a fait Frontières « n’est pas dans l’information », abonde la procureure de la République. Selon elle, l’objet du magazine est de « désigner à la vindicte publique » et de « transmettre des informations négatives sur un listing d’avocats, désignés comme ayant pour but de faire rentrer des gens vus comme hostiles au pays ». Elle résume: « c’est attendre leur condamnation et c’est leur mettre une cible dans le dos ».
Elle demande au tribunal de déclarer Erik Tegnér coupable, puis se rassied, sans requérir de peine.
Me Gilles-William Goldnadel, un des avocats de Frontières, dénonce le corporatisme de ces avocats, qu’il associe à « l’extrême gauche ». Puis s’interroge sur l’infraction retenue: « pourquoi dire que Frontières souhaite absolument nuire aux gens que vous citez? Peut-être voulaient-ils juste plaire à leurs lecteurs ». À ses yeux tout cette procédure se limite à un seul objectif inavoué: « faire la peau d’un certain journal et qu’il ne puisse plus être imprimé ».
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : La rédaction suivra cette actualité pour vous fournir un point de vue complet.

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