
une jeune fille court pour enlacer le pape Léon XIV après une messe
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17 avril 2026« Des alliés, pas des vassaux » : la rupture de Meloni avec Trump, un tournant politique pour l’Italie
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Points importants
C’est à bord d’un avion gouvernemental, quelque part entre Vérone et Rome, que la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a appris que le président américain Donald Trump jugeait son comportement « inacceptable ». Ses collaborateurs lui avaient signalé un entretien accordé par le président américain au Corriere della Sera, publié le 14 avril. Elle l’a lu. Puis, selon le récit du quotidien italien, la dirigeante d’extrême droite a repris une formule qu’elle avait déjà utilisée cet après-midi-là : « Être alliés ne signifie pas qu’il n’y a pas de lignes rouges, et cela ne signifie certainement pas être des vassaux ou des sujets. »
Dans cette interview, Donald Trump ne mâche pas ses mots. « Je suis choqué par elle. Je pensais qu’elle avait du courage, mais je me suis trompé. »
Ses griefs sont double : le refus de Giorgia Meloni de soutenir la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, et sa condamnation des attaques proférées par le président américain contre le pape Léon XIV, qu’elle a elle-même qualifiées d' »inacceptables ».
« C’est elle qui est inacceptable », a ainsi taclé le président américain, « car elle se moque que l’Iran dispose d’une arme nucléaire et fasse exploser l’Italie en deux minutes s’il en avait l’occasion ».
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Ce différend s’inscrit également dans le contexte de la décision de Rome de suspendre le renouvellement d’un accord de coopération en matière de défense avec Israël. Un choix annoncé mardi, qui attise davantage les tensions.
L’échange avec Donald Trump a provoqué une onde de choc dans la vie politique italienne, mais pas tout à fait dans le sens que le président américain aurait pu souhaiter.
De retour au Palazzo Chigi, la résidence officielle des présidents du Conseil italien, mardi en fin d’après-midi, le gouvernement de Giorgia Meloni réagit rapidement. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, également chef du parti de centre-droit Forza Italia, et le ministre de la Défense, Guido Crosetto, publient des messages quasi identiques sur les réseaux sociaux, mettant l’accent sur l’intérêt national et la dignité de l’Italie en tant qu’alliée. « Nous sommes et restons de fervents partisans de l’unité occidentale et des alliés indéfectibles des États-Unis, mais cette unité repose sur la loyauté, le respect et l’honnêteté mutuels », écrit Antonio Tajani.
Le lendemain matin, les unes des journaux font état d’un rare consensus politique. Le quotidien La Repubblica décrit cette séquence comme un moment d’unité italienne, présentant la riposte de Giorgia Meloni comme une « nouvelle ligne Maginot » contre ce qu’il qualifie d' »homme imprévisible occupant la Maison Blanche ». Il Giornale, à droite de l’échiquier politique, salue pour sa part une position qui privilégie « l’Italie d’abord ».
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Suspension de l’accord de défense avec Israël
Giorgia Meloni a pris une autre mesure soulignant cette nouvelle orientation. « Compte tenu de la situation actuelle, le gouvernement décide de suspendre le renouvellement automatique de l’accord de défense avec Israël« , a-t-elle annoncé en marge d’un manifestation viticole organisé à Vérone. Une source diplomatique italienne confirme cette suspension à l’Agence France-Presse (AFP), déclarant sans détour : « Il aurait été politiquement difficile de le maintenir. »
L’accord, approuvé par Israël en 2006 et renouvelé tous les cinq ans, couvre la coopération dans les domaines de l’industrie de la défense, de la formation militaire, de la recherche et du développement, ainsi que des technologies de l’information.
Cette décision fait suite à une forte détérioration des relations bilatérales. Les tensions entre les deux pays se sont intensifiées après que le gouvernement italien a accusé les forces israéliennes d’avoir tiré des coups de semonce sur un convoi de Casques bleus italiens au Liban, endommageant au moins un véhicule.
L’Italie avait alors convoqué l’ambassadeur d’Israël en signe de protestation le 8 avril. En retour, l’État hébreu a convoqué l’ambassadeur d’Italie, après que le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a condamné, lors d’une visite à Beyrouth, des « attaques inacceptables » contre des civils libanais.
Si cette suspension marque une rupture manifeste, son impact concret pourrait cependant s’avérer limité. « La décision de ne pas renouveler l’accord de coopération en matière de défense avec Israël revêt une importance politique, mais il ne faut pas en exagérer la portée, explique Daniele Amoroso, professeur de droit international à l’université de Cagliari. Elle est probablement plus symbolique que concrète. »
Le pont qui n’a pas tenu
Jusqu’à récemment, Giorgia Meloni était de loin l’alliée européenne la plus proche de Donald Trump. Elle a été la seule dirigeante européenne à assister à son investiture en janvier 2025 et s’était depuis positionnée comme un pont transatlantique. Ses mémoires politiques « Io Sono Giorgia » (« Je suis Giorgia »), rééditées en anglais en 2025, comportent même une préface de Donald Trump.
Pour Mario Del Pero, professeur d’histoire internationale à Sciences Po Paris, la rupture était structurellement inévitable. « Il devenait politiquement intenable pour Meloni d’être associée à Trump », déclare-t-il à France 24.
« Il est extrêmement impopulaire en Europe et en Italie. Être trop proche de lui, c’est un baiser de la mort pour un homme politique européen », poursuit-il, citant la récente défaite électorale du Premier ministre hongrois Viktor Orban comme un exemple à ne pas suivre. En effet, pour Mario Del Pero, la proximité du dirigeant hongrois avec Donald Trump et la visite à Budapest du vice-président américain J. D. Vance à quelques jours des élections pourraient lui avoir coûté des voix supplémentaires.
Selon le professeur, l’ambition de servir de trait d’union entre Washington et Bruxelles a toujours été une illusion : « Sur certaines questions clés, il faut se ranger du côté de l’un ou de l’autre. L’Italie a signé la déclaration commune sur le Groenland, puis une autre sur l’Iran. Il est difficile de jouer le rôle de médiateur. »
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À l’approche des élections législatives prévues en 2027, Mario Del Pero estime que la logique politique interne qui pousse à prendre ses distances avec Donald Trump est évidente.
une étude que partage le professeur Amoroso. « Meloni a pris ses distances avec Trump de manière assez visible, et ses propos acerbes étaient tout simplement sans précédent », dit-il, ajoutant que ces tensions reflètent « un réajustement politiquement nécessaire », plutôt qu’un changement fondamental de politique étrangère.
Les priorités stratégiques fondamentales de l’Italie restent inchangées, note-t-il, soulignant ses engagements au sein de l’Otan, son soutien à l’Ukraine et son alignement continu sur l’Union européenne.
Pourtant, le calcul politique a changé. « Les sondages suggèrent que Trump est profondément impopulaire en Italie », rapporte Daniele Amoroso. « Dans ce contexte, la prise de distance de (Meloni) par rapport à Trump pourrait être l’option la moins coûteuse. »
L’ambiguïté comme stratégie de gouvernance
L’Italie n’a pas été épargnée par les droits de douane de Trump, et le pays a refusé le mois dernier l’autorisation aux bombardiers américains d’atterrir sur une base aérienne stratégique en Sicile.
L’Italie a toujours entretenu des liens étroits avec l’Iran, note Mario Del Pero, et elle a continué à dialoguer avec Téhéran après la révolution islamique de 1979, dans les limites des sanctions occidentales et des tensions internationales changeantes. Par ailleurs, dit-il, le conflit au Moyen-Orient est une guerre « que l’Europe n’a pas voulue, sur laquelle elle n’a pas été consultée et dont elle n’a pas été informée ».
Vincenzo Susca, maître de conférences en politique italienne à l’université Paul-Valéry de Montpellier, fait valoir que le gouvernement Meloni a réalisé quelque chose d’historiquement inhabituel en Italie : une alliance durable entre l’extrême droite, la droite traditionnelle et les forces catholiques démocrates-chrétiennes, maintenue par une ambiguïté soigneusement orchestrée.
À l’approche des élections législatives de 2027, cette coalition sera essentielle à la survie politique de Giorgia Meloni. Préserver son équilibre interne sera indispensable si elle espère rester au pouvoir.
Sur la question de l’immigration, poursuit Vincenzo Susca, le gouvernement a maintenu une « rhétorique agressive », notamment avec le projet de camps de migrants en Albanie, qui a depuis échoué, mais peu de choses ont changé dans la pratique. Sur le plan international, la même logique s’applique. « C’est une image orientée vers le marketing, analyse l’expert, conçue pour faire passer le gouvernement pour modéré, en particulier à l’international, alors qu’il ne l’est pas vraiment ».
La nécessité de l’ambiguïté est structurelle, conclut Vincenzo Susca : Giorgia Meloni gouverne dans un espace suspendu entre les attentes européennes et les impulsions trumpiennes.
Cet article est une adaptation de Pauline Rouquette du papier original en anglais disponible ici.
Source : www.france24.com
Conclusion : Cette situation sera observée de près par nos journalistes.

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