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17 avril 2026Analyse : Notre rédaction met en avant les points essentiels à retenir.
Notre rédaction partage son avis sur les points importants de « les failles de la proposition de loi analysées par une spécialiste de l’antisémitisme ».
À retenir absolument
Ce jeudi 16 avril 2026, les députés macronistes ont retiré la proposition de loi Yadan sur l’antisémitisme, très contestée, après l’engagement du gouvernement de présenter un nouveau texte « avant l’été ». Critiqué comme potentiellement liberticide, ses opposants craignent un amalgame entre critique d’Israël et antisémitisme.
Face à l’incertitude entourant la proposition de loi Yadan sur l’antisémitisme, les députés macronistes ont finalement retiré ce jeudi 16 avril 2026 ce texte très contesté, après avoir obtenu l’engagement du gouvernement de présenter un nouveau projet de loi « avant l’été ».
Pétitions, manifestations, tribunes: depuis plusieurs semaines, cette proposition visant à lutter contre les « formes renouvelées » d’antisémitisme cristallise les tensions. En cause, des mesures sensibles, comme l’élargissement du délit d’apologie du terrorisme ou la création d’une infraction d’appel à la destruction d’un État.
Ses opposants dénoncent un texte « liberticide », susceptible d’amalgamer critique de la politique israélienne et antisémitisme. Pourquoi un tel embrasement? Invitée du podcast Le titre à la une, Marie-Anne Matard-Bonucci, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Paris 8, spécialiste du fascisme et de l’antisémitisme, revient sur les enjeux et les limites de ce texte.
Les détracteurs de la proposition de loi Yadan dénoncent un texte qui fait l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme. Pouvez-vous nous rappeler la définition de ces notions et nous dire si c’est effectivement le cas?
L’antisémitisme est une forme de racisme qui désigne des idées ou des pratiques fondées sur une essentialisation des populations juives, selon une conception partiellement ou entièrement négative. La difficulté commence quand il s’agit de définir l’antisionisme. Une définition a minima serait l’hostilité au sionisme, mais le sens varie selon qu’on se situe avant ou après la création de l’État d’Israël. Aujourd’hui, il y a une polysémie du terme. Pour certains, comme le Hamas et certains groupes terroristes, l’antisionisme signifie l’éradication et la destruction de l’État d’Israël.
Mais on trouve aussi des personnes qui se disent antisionistes parce qu’elles sont opposées à la politique de Benjamin Netanyahu ou à la politique d’occupation des territoires, notamment en Cisjordanie, illégale au regard du droit international. Toute la difficulté réside dans cette absence d’acception unique du terme. La loi ne mentionne pas le mot « antisionisme », mais pénaliser l’antisémitisme pourrait revenir à pénaliser une attitude antisémite, car vouloir la destruction d’Israël aujourd’hui est une forme d’antisémitisme. En revanche, d’autres personnes se disent antisionistes sans partager cette position.
Certains ont déploré la définition de l’antisémitisme retenue par cette proposition de loi, car elle ne ferait pas consensus. Pouvez-vous nous en dire plus?
Il s’agit de la définition de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste). Elle n’est pas idéale car elle n’est pas très explicite de mon point de vue: elle parle d’une ‘certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard’. Le problème réside moins dans la définition que dans les exemples associés.
Parmi les exemples d’antisémitisme donnés, un ou deux sont problématiques et peuvent contribuer à museler des formes de protestation contre la politique d’Israël. C’est pourquoi certains chercheurs préfèrent la définition de la Déclaration de Jérusalem, qui tente de lever cette ambiguïté.
Des universitaires estiment que la proposition de loi Yadan n’ajoute rien à l’arsenal juridique existant et contient des formulations floues ouvrant la voie à l’arbitraire. Est-ce le cas?
Le projet de loi a évolué. Au départ, il était question de pénaliser l’antisionisme. Désormais, le mot n’apparaît plus, mais il est question de condamner les personnes appelant publiquement à la destruction d’un État reconnu par la République française.
Les observateurs de la vie politique savent que ce projet a été pensé initialement pour faire taire les manifestations d’antisionisme. Bien que la lutte contre l’antisémitisme soit une question légitime dans un contexte de montée considérable des actes, je pense que cette loi est contre-productive car elle polarise les camps.
Constituer un délit d’appel à la destruction d’un État est, de mon point de vue, problématique. La loi fait aussi référence à une forme de ‘contestation implicite’. Si les racistes utilisent effectivement des codes, comme le dog whistle ou l’expression ‘dragons célestes’ sur les réseaux sociaux pour contourner les lois existantes (loi de 1972, loi Gayssot), introduire l’implicite dans un texte de loi ouvre la porte à des interprétations arbitraires.
Il ne faut pas agir sur le terrain de la loi, car nous avons déjà les instruments juridiques, mais sur celui de l’enseignement et de l’éducation. Il est urgent de réfléchir aux programmes et à la formation des enseignants.
Les opposants craignent la création d’un délit d’opinion. Cette proposition peut-elle porter atteinte à la liberté d’expression?
Un mauvais usage de la loi pourrait effectivement constituer une atteinte à la liberté d’expression. Même si elle n’est pas faite pour cela et que Caroline Yadan est sincère dans son désir de combattre l’antisémitisme, je pense que cette loi n’est pas la bonne méthode.
Dans quelle mesure l’opposition à ce texte dépasse-t-elle le cadre du débat juridique?
On observe depuis plusieurs mois une instrumentalisation de ces sujets par certains acteurs politiques, qu’il s’agisse de la lutte contre l’antisémitisme ou du conflit au Moyen-Orient. On assiste à un affrontement de camps alors qu’on devrait pouvoir critiquer la guerre menée par Benjamin Netanyahu tout en reconnaissant que l’antisionisme est souvent une forme d’antisémitisme. Il est devenu difficile d’avoir des positions nuancées en raison d’une grande ignorance sur ces sujets.
Les Assises recommandaient d’enseigner l’histoire du Moyen-Orient et de la présence juive pour éviter une vision manichéenne. Aujourd’hui, qualifier l’État d’Israël de pur ‘État colonial’ est une lecture réductrice et fallacieuse de l’histoire, même si la colonisation de certains territoires est un élément colonial. Ces sujets sont complexes; plutôt que des textes de loi, je crois aux vertus de l’enseignement, de la formation et de la discussion.
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Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Cette situation fera l’objet d’une observation continue de notre rédaction.

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