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22 avril 2026«Un lugar más grande» au Chiapas, un documentaire de Nicolas Défossé: «Allons-y doucement camarades»
Analyse : Un regard rapide de nos rédacteurs sur cette information.
Notre équipe propose un aperçu rapide des éléments de « «Un lugar más grande» au Chiapas, un documentaire de Nicolas Défossé: «Allons-y doucement camarades» ».
À savoir
Au Chiapas, dans le sud du Mexique, en territoire maya ch’ol, les habitants de Tila ont expulsé les autorités locales et inventent au jour le jour une forme d’organisation collective pour régler les questions du quotidien mais aussi la sécurité. Le documentaire « Un lugar mas grande » de Nicolas Défossé, qui a posé ses valises au Chiapas où il a créé une école de cinéma, raconte un processus d’auto-gouvernement avec ses discussions, ses tâtonnements, ses joies et ses difficultés, avec en toile de fond le projet d’autodétermination zapatiste.
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Nous sommes dans un beau paysage de collines boisées parsemées de hameaux. Sur l’une, perchée avec ses deux tours, l’église de l’ejido, coiffe l’horizon. Le film est dédié à deux responsables de l’ejido (la commune) de Tila – des acteurs du film – assassinés par des paramilitaires du « grupo Karma ».
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« Ici nous prenons soin les uns des autres »
La sécurité est l’une des tâches assumées par les responsables de l’ejido pour protéger la collectivité des intrusions mais aussi des esprits malveillants qui jettent des sorts. En 2015, la communauté a décidé d’expulser du village des autorités corrompues et de s’autogérer contre vents et marées. Problèmes avec les autorités de l’État, notamment sur la question de la propriété de la terre, de la reconnaissance des droits des peuples autochtones, violence du trafic de drogue, etc, les sujets de tension sont multiples et anciens. « Tierra y libertad », terre et liberté, c’est la devise de l’ejido et elle fait écho à la lutte d’un certain Emiliano Zapata, symbole de la lutte des paysans mexicains pendant la révolution de 1910, dont les portraits sont affichés un peu partout. En fond sonore, des échanges par radio ou talkies-walkies de la guardia, ces groupes de surveillance qui protègent le village, témoignent de la tension qui règne hors de l’ejido. La bande son est l’œuvre de Martin de Torcy et elle participe de l’immersion que propose le documentaire dans la vie quotidienne de ce groupe de villageois. Martin de Torcy a déjà beaucoup travaillé sur le Mexique ; on lui doit notamment la bande son du film El eco de Tatiana Huezo. Il a aussi réalisé celle de Mama de Xun Sero, sur lequel Nicolas Défossé était crédité comme monteur, tandis que le réalisateur Xun Sero (indien Totzil) est le directeur de la photo (somptueuse) de Un lugar mas grande… Le cinéma comme une histoire de famille, née dans cette école de cinéma de San Cristobal, pour accompagner des peuples qui se battent pour que leur culture vive.
C’est dans les années 2000 que Nicolas Défossé s’est lancé dans la formation audiovisuelle des communautés originaires du sud-est du Mexique. Il a réalisé plusieurs courts métrages au Mexique, ainsi que le long métrage documentaire ¡Viva México! (qui accompagne la caravane zapatiste partie du Chiapas en 2006 pour remonter jusqu’à la frontière des États-Unis) et a cofondé dans ce même État la maison de production Terra Nostra Films (2009) et l’École de Cinéma Documentaire de San Cristóbal de Las Casas (2016). Et on se demande s’il serait possible de réaliser un récit comme Un lugar mas grande sans une intimité, un compagnonnage avec ce pays, le Chiapas et ses habitants, leurs questionnements, rêves et problèmes. « Souvenons-nous de cette histoire, une histoire de liberté… de graines semées qui ont fleuri », dit le refrain de cette chanson que l’on entend au début du film.
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Une expérience de cinéma direct
Pas de voix off pour expliquer le contexte. Ce sont les chefs de la communauté (désignés pour trois ans) qui se chargent de faire de la pédagogie auprès des jeunes qu’ils forment, et dans les assemblées qu’ils convoquent pour débattre des décisions à prendre, rappelant au passage la fragilité du processus collectif engagé et les crimes du passé tels ceux qui ont suivi l’insurrection zapatiste de 1994, commis par le groupe paramilitaire Desarrollo, paz y justicia. Les menaces qui pèsent sur le groupe sont toujours présentes : « Les personnes malveillantes ne sont pas loin. Elles attendent… alors, allons-y doucement camarades… » Aller doucement, c’est la clé du fonctionnement collectif qui a été mis en place à Tila : les discussions et prises de décisions supposent une attention à l’autre, d’inviter à parler et le respect de la parole d’autrui. On note que les femmes sont aussi très présentes dans les prises de paroles. Les échanges – où alternent et se mélangent castillan et ch’ol, une langue maya – peuvent être vifs mais au final le collectif discute et ses élus tranchent. La démarche à la fois du réalisateur (pas de voix off) et l’invitation à la prise de parole au sein de la communauté nous permettent à nous, spectateurs, de comprendre les ressorts de cette histoire, peu à peu, doucement.
La défense de la communauté et de la terre, mais aussi la collecte des déchets, l’organisation des fêtes, la joute de carnaval qui oppose tigres et taureaux, les allées et venues dans la petite prison, permettent au spectateur d’être en immersion dans la vie des habitants de Tila, toutes générations confondues, au plus près de la réalité filmée. Une expérience de cinéma direct qui propose une belle galerie de personnages que l’on suit à leur rythme dans leur quotidien. « Si on perd notre culture, il n’y aura plus de rire, plus rien », dit un vieil homme, et le film apporte magnifiquement sa pierre à la défense de ce groupe et fait écho à d’autres luttes et formes d’organisation collectives, toujours à réinventer.
Pour aller plus loin :
► Entretien de Nicolas Défossé à propos de son film Un lugar más grande sur Mediapart
Source : www.rfi.fr
Conclusion : L’équipe éditoriale restera vigilante et partagera ses observations.

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