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23 avril 2026Comment la rédaction de France Télévisions traite-t-elle les trois millions de documents de l’affaire Epstein ? – franceinfo
Analyse : Notre équipe propose une synthèse rapide et concise.
L'équipe éditoriale a étudié « Comment la rédaction de France Télévisions traite-t-elle les trois millions de documents de l’affaire Epstein ? – franceinfo » et partage son avis.
Récap des faits principaux
En janvier 2026, le ministère de la justice américain a mis en ligne trois millions de pages, documents, photos, mails, brouillons de mails. Une déclassification inédite, qui pose aux rédactions plusieurs défis méthodologiques, éditoriaux et déontologiques.
Difficile de faire plus austère que la page d’accueil des « dossiers Epstein » sur le site du ministère américain de la justice. Difficile de faire plus simple d’accès, aussi. Il m’a suffi de taper « dossiers Epstein+DOJ » (Department Of Justice) sur un moteur de recherche pour accéder en première occurrence à la page des fameux trois millions de documents. J’ai certifié que j’avais plus de 18 ans, sans vérification apparente, et me voici face à un titre, « Epstein Library », et un champ dans lequel je suis invité à écrire un nom, un lieu. Et c’est tout.
Je peux taper mon propre nom, ou celui de toute institution. Par exemple, la réponse au mot « Elysée » avec accent donne 16 résultats ; le même mot sans l’accent aigu donne 138 résultats. Même si d’autres affaires, de Wikileaks (en 2010) aux Panama Papers (en 2016), ont confronté les journalistes à des volumes de données colossaux, jamais une telle masse de documents n’avait été ainsi ouverte au public dans une affaire judiciaire. Ce qui est inédit également, c’est la facilité d’accès aux sources documentaires qui est direct. Mais l’ensemble est difficile à appréhender parce que la valeur des sources est très inégale, qu’elles sont très nombreuses, et que n’importe qui peut les exploiter pour le meilleur ou pour le pire.
Cette base de données a permis aux journalistes de France Télévisions et de Radio France de traiter, voire de révéler, plusieurs aspects de l’affaire Epstein, réunis dans une page thématique. Les journalistes de Franceinfo.fr. ont réalisé une enquête sur les liens entre Jeffrey Epstein et un photographe français. L’équipe de L’Oeil du 20h a démontré la complicité de médecins avec le prédateur sexuel dans deux reportages, le 7 et le 8 avril 2026, après des articles du New York Times et de la cellule investigation de Radio France.
Complément d’Enquête, qui avait déjà consacré un reportage à l’affaire en janvier 2025, avant la mise en ligne des dossiers, a fait plusieurs révélations, sur le volet français de l’affaire cette fois, dans son émission du 16 avril 2026.
Pour les journalistes qui traitaient l’affaire depuis deux ans, comme Virginie Vilar, de Complément d’Enquête, la mise en ligne des dossiers Epstein a été une bénédiction : « Il y a près de deux ans, après mon premier reportage consacré à l’affaire, j’étais restée sur de nombreuses interrogations à propos de plusieurs protagonistes possibles, sur lesquels j’avais des soupçons ». Ainsi, la reporter d’investigation a-t-elle su tout de suite qui et quoi chercher dès la communication de la masse de données. « J’avais déjà enquêté sur un rabatteur, Daniel Siad, qui se présentait comme un agent de mannequins mais qui aurait recruté énormément de jeunes femmes qui ensuite ont été abusées par Jeffrey Epstein. Mais je n’avais pas pu recouper certaines informations. En tapant son nom dans la barre de recherche, il apparaît plus de 1800 fois et on découvre des échanges de mails, on découvre des choses concrètes, des dates, des photos de lui. »
Mais pour les journalistes qui ont démarré de zéro, il a plutôt fallu « pêcher à l’aveugle ». « C’est vrai, [quand on tape un nom au hasard], on n’en tape pas un autre », explique Virginie Vilar. Un risque méthodologique, celui de se focaliser exagérément sur certaines personnalités, que Valentin Stoquer, data journaliste de franceinfo.fr connaît bien : « Il est habituel d’avoir un postulat de départ, mais il ne doit pas forcément être précis d’emblée. Nous, par exemple, nous avons d’abord cherché « France », « Paris », pour voir ce qui sortait. Cela nous a permis de partir d’une base large dans laquelle nous avons découvert de nombreux noms, que nous avons listés. Puis nous avons tapé chacun de ces noms, et déroulé ainsi le fil de l’enquête, analysé les connexions entre eux« , raconte-t-il. « Les révélations ont surtout concerné jusqu’à présent des noms connus, des personnalités publiques. Il est vraisemblable que de nouvelles informations sur des gens moins connus émergent pendant des années. Il y aura un temps long sur le thème Epstein », prédit le data journaliste.
Ce terme désigne les journalistes spécialisés dans le traitement de bases de données volumineuses, la recherche, l’analyse et la mise en forme de sources publiques. Ils ont des notions de développement informatique, notamment de codage. Ils sont aussi capables d’analyser les biais éventuels des données, et de prolonger leurs enquêtes auprès de sources humaines et éventuellement sur le terrain, comme n’importe quels journalistes. « Quand les dossiers Epstein ont été mis en ligne, ma hiérarchie s’est tout naturellement tournée vers moi », raconte Valentin Stoquer, data journaliste de franceinfo.fr.
Trois millions de documents, cela fait peur
Valentin StoquerData journaliste à franceinfo.fr
« D’autant qu’il ne s’agit pas que de chiffres qu’on pourrait rentrer dans un tableur. Ce sont des documents de toutes natures, notamment des fichiers pdf avec du texte, des images. Je me suis lancé, comme d’autres journalistes de France Télévisions, dès le lundi qui a suivi la numéro des dossiers ».
Très vite, les journalistes constatent qu’il va leur falloir développer ou acquérir des outils de recherche et de classement. La disparité des fichiers (textes, photos, mails) ne permet pas de les classer, et surtout aucune recherche avancée n’est possible. Vous pouvez taper un nom, mais pas croiser les données comme sur des serveurs plus élaborés ou sur un moteur de recherche du web.
« Les photos, par exemple, n’avaient pas de mots clés associés. Nous avions beaucoup de mal à les rattacher à une recherche », explique Valentin Stoquer. « Nous sommes entrés en contact avec les créateurs de Jmail, un site à but non lucratif qui s’est fait un devoir de ‘standardiser’ tous les documents des dossiers Epstein, qu’il s’agisse de mails, de photos, de fichier pdf, etc…. »
« Cela se présente comme la boîte aux lettres électronique [d’un célèbre opérateur]. Mais il y avait beaucoup de monde dessus, cela compliquait notre tâche. Nous nous sommes donc branchés sur cette base de données, avec l’accord de ses créateurs, et avons développé notre propre outil. Tous les journalistes de France Télévisions peuvent s’en servir. Il permet de chercher par date, par lieu, en croisant des mots clés. » Tout ce que la base de données du ministère américain de la justice ne permettait pas de faire.
Si le Congrès américain a contraint le ministère de la justice a publier la plus grande partie des dossiers Epstein, c’était en partie pour répondre aux multiples rumeurs complotistes sur la mort du milliardaire en prison, mais aussi sur la complicité de telle ou telle personne.
C’est peut-être l’affaire préférée des complotistes
Virginie VilarComplément d’Enquête, France 2
« Parce qu’elle rassemble peut-être comme aucune autre affaire les mots-clés du complotisme, c’est-à-dire ‘pouvoir’, ‘élite’, ‘pédocriminalité’, ‘mystère’, ‘mensonge’. » la communication des dossiers, formidable outil de transparence, a aussi été un facteur de désinformation. « Chacun peut aller chercher ce qu’il veut pour alimenter son récit, son [éventuel] fantasme. Nous, journalistes, devons d’abord nous réjouir de l’existence de cette matière-là. » Mais apparaître dans un mail de Jeffrey Esptein, par exemple, ne veut rien dire. « On se rend compte que Jeffrey Epstein racontait beaucoup de mensonges dans ses messages [et lançait beaucoup de perches à des gens qu’il ne connaissait pas forcément]« , raconte la journaliste spécialisé. « Au cours de mon enquête, j’ai appelé un Français, en lui disant : ‘J’ai vu votre nom dans un mail ou dans un agenda de Jeffrey Epstein, je vois qu’en juin 2018, l’assistante de Jeffrey Epstein prévoit un déjeuner avec vous sur une terrasse en Provence’. La personne m’a dit : ‘je n’ai jamais eu connaissance de ce déjeuner, je n’y ai pas participé’. » Des recoupements ont montré qu’elle disait vrai. « Il y a aussi des e-mails qui sont restés dans les brouillons de sa boîte mail, c’est-à-dire des choses qu’il n’a jamais envoyées à personne, des notes. Que voulait-il faire de ces notes ? On ne le sait pas ». Autrement dit, les dossiers ne sont qu’un outil. Un nom qui y apparaît constitue le début d’une enquête ; en aucun cas sa conclusion.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Les développements à venir permettront de compléter notre point de vue.

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