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27 avril 2026Reuters.com
27 avril 2026Analyse : L'équipe examine cette actualité et partage son avis global.
Selon nos experts, « Nana Darkoa Sekyiamah, la papesse de la sexualité des femmes africaines » mérite une attention particulière.
Ce qu’il est utile de savoir
Militante féministe et blogueuse, la Ghanéenne Nana Darkoa Sekyiamah est une plume reconnue dans le monde littéraire anglophone. Dans son dernier livre qui paraît en traduction française ces jours-ci, sous le titre La Vie sexuelle des femmes africaines, cette écrivaine engagée a réuni une trentaine de témoignages de femmes issues de l’Afrique continentale et de sa vaste diaspora. Ces femmes parlent ouvertement et sans tabou de leurs expériences amoureuses et sexuelles. Elles évoquent également leurs traumatismes personnels et les injonctions sociales qui les empêchent de donner libre cours à leurs désirs et de mener à bien leur quête d’une vie sexuelle épanouie.
Difficile de définir le livre de la Ghanéenne Nana Darkoa Sekyiamah. Un essai ? Une anthologie de témoignages confessionnels ? Bref, un livre pas comme les autres. Il est né des entretiens réalisés six années durant par l’auteure auprès d’une trentaine de femmes issues d’Afrique et de sa diaspora en Europe, dans les Amériques et aux Antilles. Celles-ci lui ont confié leurs histoires intimes et sexuelles, leurs désirs et leurs fantasmes. Cela donne un livre choral à 32 voix, dont celle de l’auteure, faisant émerger une photographie éloquente de la sexualité des femmes africaines contemporaines.
On est ici à mille lieux de l’image stéréotypée de femmes noires soumises, génitalement mutilées, menant des vies passives à l’ombre des maris qui leur dictent leurs lois et leurs volontés. Les femmes qui prennent la parole dans ces pages sont des battantes. Elles questionnent leur rapport à la sexualité, affirmant leur volonté de reprendre en main la maîtrise de leur corps et de ses besoins, à travers une vaste série d’options qui leur sont désormais disponibles : celles-ci vont de l’hétérosexualité à l’homosexualité, en passant par la transsexualité, le polyamour, et voire l’abstinence sexuelle.
Révolutionnaire et sans tabous, ce livre raconte, à l’orée du XXIe siècle, la quête des Africaines pour une véritable libération sexuelle. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas un hasard si cet ouvrage arrive aujourd’hui, en 2026, dans les vitrines des librairies de France et de Navarre, alors que l’on célèbre cette année le quarantième anniversaire de la disparition de la féministe française Simone de Beauvoir, qui fit résonner en son temps la pensée de la « libération sexuelle ». De passage à Paris pour le lancement de son livre, l’auteure ghanéenne se félicite de cette coïncidence « heureuse ». « Pour moi, a-t-elle confié, c’est plus qu’une coïncidence, car la découverte du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir fut fondamentale dans ma prise de conscience féministe. Ce livre m’a ouvert les yeux sur l’universalité des combats que mènent les femmes contre le patriarcat, ici et ailleurs ».
« Vagin », « vulve » et « clitoris »
Nana Darkoa Sekyiamah est une petite femme au visage sévère, mais ses yeux brillent lorsqu’elle évoque la cause de la libération sexuelle qu’elle a faite sienne. « Pendant longtemps, soutient-elle, les femmes africaines ne parlaient pas de leur sexualité, ne sachant pas trop comment désigner leur corps faute d’accès à une véritable éducation sexuelle. »
Et de poursuivre : « Nombre d’entre elles ne font toujours pas de distinction entre « vagin », « vulve » et « clitoris ». Je me souviens d’un stage de formation que j’ai dirigé au Ghana destiné aux futures formatrices des associations féministes. Pendant la pause-café, l’une des participantes, mère de trois enfants elle-même, m’a prise à part pour me demander à brûle-pourpoint si je pouvais lui montrer où se trouvait son clitoris. Aujourd’hui encore, quand je repense à cette femme, je suis bouleversée ! »
L’auteure de La Vie sexuelle des femmes africaines a elle-même grandi dans un milieu très protégé, archi-conservateur sur les questions du corps et de ses usages. Née à Londres en 1978 d’un père diplomate et d’une mère secrétaire administrative, Nana a passé l’essentiel de son adolescence à Accra. À l’école chrétienne qu’elle fréquentait à l’époque, les religieuses s’étaient donné pour mission d’instiller, dans l’esprit de leurs jeunes élèves, l’ineffaçable crainte du sexe et de ses « dangers » potentiels : tomber enceinte, être pointée du doigt comme une femme de mauvaises mœurs, se faire rejeter socialement. « J’étais tellement obnubilée, confie Nana, par les conséquences terrifiantes de traîner avec les garçons que je suis restée vierge jusqu’à un âge quasiment canonique, avant de me marier avec mon premier amant à 23 ans ! »
Paramètres et contraintes
C’est pendant ses années universitaires à Londres que la future écrivaine a commencé à s’intéresser aux auteures féministes : Bell Hooks, Patricia Hill Collins, Michèle Wallace, Sylvia Tamale, Hakima Abbas, Sokari Ekine, Tiffany Kagure Mugo, pour ne citer que celles-là. Leurs travaux influencent la jeune femme à prendre conscience de sa propre sexualité, mais aussi du poids des paramètres et contraintes imposés par la société pour contrôler le corps féminin. Nana veut contribuer à l’éveil des consciences sur ces questions, en tentant surtout de combler, comme elle l’écrira par la suite, « l’énorme manque de connaissance sur la sexualité des femmes africaines ». Telle est l’ambition du blog qu’elle cofonde, à son retour à Accra en 2009.
Aux dires de l’écrivaine, l’idée de ce blog est née au cours d’une virée à la plage entre copines. Nana, qui faisait partie de l’excursion, est frappée par la place centrale qu’occupent les expériences sexuelles dans leurs conversations. « Nos échanges étaient portés par un courant de solidarité comme je n’en ai jamais connu auparavant, se souvient-elle. Pour ma part, je sortais d’une expérience de divorce et ces conversations à bâtons rompus autour des heurs et malheurs de nos vies sexuelles m’ont donné un sens de sécurité dont j’avais justement besoin à ce moment précis ». Au retour du weekend, elle crée le blog afin de poursuivre ces conversations entre filles, dans l’espoir qu’il intéressera les lectrices potentielles qui viendraient l’enrichir à leur tour en partageant leurs histoires.
Espoir exaucé, car en quelques mois, le blog, baptisé « Adventures from the Bedroom of African Women », est devenu l’édito ghanéen le plus lu, avec le public inondant les réseaux sociaux de questions et de propositions d’articles portant sur des expériences intimes. Le blog de Nana a même été couronné par des prix prestigieux au Ghana comme à l’international. Ce succès qu’a remporté la Ghanéenne en parlant de manière totalement décomplexée du désir et du plaisir des femmes noires, l’a imposée comme la papesse de la sexualité féminine africaine.
Du blog au livre
Or, malgré l’immense succès que connaît son blog, son format s’est révélé très vite frustrant pour la fondatrice et l’a poussée à chercher d’autres supports pour partager son enthousiasme sur les défis auxquels sont confrontées les femmes noires. « C’est en travaillant sur le blog que je me suis réellement rendu compte, explique Nana, de la richesse des expériences sexuelles des femmes noires qui appelaient des quatre coins du monde pour partager leurs histoires avec nous. Elles décrivaient avec moult détails leurs rapports à la sexualité, compliqués par la tradition, le patriarcat, et le racisme parfois. Le blog ne suffisait pas pour faire justice à ce fonds d’expériences foisonnant. J’ai eu alors envie d’écrire un livre pour pouvoir toucher un plus large public. C’était cela le projet de La vie sexuelle des femmes africaines. »
Le livre a pris forme au cours des années 2015-2020, lorsque, profitant de ses nombreux déplacements à travers les continents pour le compte des diverses organisations féministes pour lesquelles Nana Darkoa Sekyiamah travaillait à l’époque, elle a pu rencontrer et interviewer des femmes africaines ou afrodescendantes aux profils variés. Leurs témoignages, tous aussi émouvants que courageux, constituent le cœur vibrant de son opus, disponible en anglais dès 2021.
A travers la trentaine de témoignages, rapportés dans la voix des personnes interviewées, l’ouvrage explore les différentes démarches déployées par ces femmes pour affirmer leur liberté d’aimer, leur droit au plaisir et à une vie sexuelle épanouie. Leurs témoignages sont répartis en trois grandes sections intitulées respectivement « Se découvrir », « Être libre » et « Guérir ». Cette répartition correspond, explique l’auteure, « aux principaux thèmes abordés dans les témoignages, l’un des plus importants étant celui de guérir de la violence sexuelle subie à l’enfance ou l’adolescence, chose qui concerne un tiers des femmes interviewées dans le livre ».
Bouleversante et forte
L’urgence de panser les plaies d’un passé traumatisant a donné lieu, comme on peut l’imaginer, à quelques-unes des entrées les plus touchantes de ce livre-anthologie. Leurs auteures font remarquer que l’on ne guérit jamais vraiment des violences subies dans son enfance, comme le rappelle aussi Nana elle-même qui écrit dans son témoignage : « J’ai été étonnée, et je le suis toujours, de remarquer à quel point les violences subies dans mon enfance restent au cœur de mon histoire. »
Bouleversante et forte, cette histoire qui clôt le volume parle, elle aussi, de découverte de soi, de trahisons et de réparations. Elle inscrit la quête identitaire de Nana Darkoa Sekyiamah dans ce combat au long cours pour une vie sexuelle épanouie des femmes noires, trop longtemps marginalisées.
La vie sexuelle des femmes africaines, par Nana Darkoa Sekyiamah. Traduit de l’anglais par Marguerite Caelle et Valentine Leÿs. Éditions Philippe Rey, 316 pages, 22 euros.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Ces informations seront suivies attentivement par notre rédaction.

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