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2 mai 2026Reuters.com
2 mai 2026Analyse : Une équipe d'experts a étudié cette information et partage son avis général.
Nos journalistes proposent un aperçu de l'article « comment Shein réinvente sa logistique en Europe avec un entrepôt géant – franceinfo ».
Résumé pour le lecteur
De la tôle d’acier à perte de vue, des lignes de tri automatisées, des cargaisons prêtes à se déverser sur les routes européennes… Le géant du e-commerce Shein a inauguré fin décembre un immense centre logistique, près de Wroclaw, dans le sud-ouest de la Pologne, le premier d’une telle ampleur en Europe pour l’enseigne d’ultra fast-fashion. Un « hub » de 740 000 m2, soit l’équivalent de plus de 100 terrains de football. Le tout installé à une centaine de kilomètres des frontières allemande et tchèque, et pas beaucoup plus loin de celle de la Slovaquie.
L’autre centre logistique de Shein en Europe, plus modeste, se situait jusque-là à Stradella, en Italie. Mais le groupe de prêt-à-porter à petit prix a fermé ce site fin 2025 pour transférer ses activités en Pologne. Déjà présent depuis plusieurs années dans la région de Wroclaw, Shein a donc décidé de concentrer l’intégralité de son hub logistique européen dans un pays à la localisation centrale, où le salaire minimum est relativement bas.
Le but de ce nouveau centre polonais XXL ? Permettre « des livraisons plus rapides et plus fluides à plus de 100 millions de clients à travers le continent », selon le groupe. Le président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, Yann Rivoallan, opposé au modèle du géant de l’habillement, ne voit pas d’un bon œil le progression de cet immense centre. Il s’est rendu à Wroclaw en mars « pour constater de (s)es propres yeux » la taille de l’installation et tenter de comprendre la stratégie de l’entreprise.
Cet entrepôt « va recevoir tous les produits envoyés en gros [dans des grandes quantités, et non plus à l’unité] de Chine et va ensuite les dispatcher, par la route, en Europe », expose Yoann Rivoallan. L’entreprise sera uniquement contrainte de régler des droits de douane à l’entrée des produits en Europe, dans les aéroports de Pologne, mais échappera à toute taxation supplémentaire, puisque la libre circulation des marchandises sur le continent s’appliquera.
Cela permettra à Shein « de contourner la future taxe européenne sur les petits colis », accuse Yann Rivoallan. Il souligne en effet que l’inauguration de ce nouvel entrepôt, prévu de longue date selon Shein, est intervenue trois mois avant l’entrée en vigueur, début mars, d’une taxe française sur les colis d’une valeur inférieure à 150 euros importés dans l’Union européenne. Une taxe de 2 euros par article pensée pour mettre fin à l’exonération de droits de douane dont bénéficiaient depuis des années les colis de faible valeur, envoyés directement depuis des pays hors UE, tout particulièrement la Chine. Le bilan carbone de ce système est dénoncé par les associations écologistes, tout comme le non-respect des normes sanitaires et environnementales européennes d’une partie des produits vendus.
Mais l’entreprise chinoise a déjà mis en place des parades pour éviter la taxe, qu’elle ne souhaite pas non plus répercuter à ses clients, au risque de perdre en attractivité. Désormais, ses avions cargo atterrissent à Liège, à Amsterdam ou en Pologne, où cette taxe ne s’applique pas. Un contournement qui ne fonctionnera qu’un temps, puisque l’UE s’est accordée sur sa propre taxe forfaitaire de 3 euros par article dès le 1er juillet, qui sera ensuite remplacée par de nouveaux frais de traitement à partir de novembre.
Contacté à ce sujet fin mars, Shein affirme que cet entrepôt est avant tout « destiné aux retours [des colis] et à la marketplace européenne ». Cela signifie que le gigantesque centre en Pologne servira aussi à des marques européennes de fast-fashion, exposées sur le site de Shein, pour lesquelles le géant chinois se chargerait de l’empaquetage et des expéditions. En fournissant la logistique à des vendeurs tiers, l’entreprise se rapprocherait alors du modèle d’Amazon FBA, qui dispose déjà de 350 sites logistiques sur le Vieux Continent.
Dans Les Echos, le directeur des relations extérieures de Shein, Quentin Ruffat, s’est récemment montré plus évasif sur la finalité de cet entrepôt. Il évoque un hub logistique « conçu pour permettre de mieux servir (leur) large communauté, en croissance, de clients et de vendeurs tiers à travers l’Europe ». Il l’affirme cependant : « Cette installation n’a jamais eu pour objet de contourner quelque réglementation fiscale que ce soit. »
L’inauguration de ce centre polonais hors norme est avant tout le signe d’un changement progressif de modèle, analyse pour franceinfo Véréna Bourbia, consultante et docteure en géographie du commerce et de la logistique. Jusqu’à présent, la stratégie économique de Shein reposait sur une production dans la région de Guangzhou, en Chine, de vêtements, mais aussi d’accessoires et objets en tous genres. Les produits sont fabriqués dans des quantités qui varient en fonction de la demande, par des fournisseurs installés dans des ateliers-usines, ou achetés à d’autres vendeurs. Les marchandises sont ensuite traitées dans des centres de stockage sur place. Lorsqu’une commande est passée par un consommateur européen, l’article est alors expédié à l’unité dans un avion-cargo, puis envoyé directement en quelques jours.
L’entrepôt européen permet aussi de réduire ces délais de livraison, puisque des stocks se trouvent à proximité. La méga-infrastructure polonaise correspond ainsi « à une stratégie d’optimisation des coûts et des délais, résume Véréna Bourbia. Le futur du e-commerce est en train de s’implanter logistiquement sur le continent ».
Ce développement s’aligne parfaitement avec ce qu’ont fait les autres acteurs chinois du commerce en ligne souhaitant s’enraciner durablement en Europe ces dernières années. AliExpress a par exemple annoncé en 2025 l’installation d’entrepôts en Espagne, en Pologne ou au Royaume-Uni. « Les plateformes chinoises Alibaba, Temu, JD.com ont eu des trajectoires similaires », complète Véréna Bourbia.
« Les hub logistiques augmentent les flux et permettent de les réorganiser. On passe de flux aériens à des flux routiers. »
Véréna Bourbia, docteure en géographie du commerce et de la logistiqueà franceinfo
Selon la spécialiste, « les stratégies politiques de court-circuitage de Shein [comprenant la taxe sur les petits colis et la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, encore en attente d’adoption définitive] ont eu le rôle d’accélérateur » de ce changement progressif de modèle. Pour preuve, son site français accueille depuis mars une nouvelle catégorie nommée « Entrepôt UE », comme l’a vérifié franceinfo. Une classification apparue du jour au lendemain, qui signifie que « l’article peut être expédié depuis un entrepôt en Europe », précise, sur son site, le géant du e-commerce. Aucun frais supplémentaire n’est alors appliqué sur ces commandes, ni pour le client ni pour l’entreprise.
Contacté par franceinfo, le cabinet du ministre du Commerce, Serge Papin, ne contredit pas cette analyse. L‘ »amazonification » de l’entreprise, dont le siège social se trouve à Singapour, apparaît comme un signe positif. L’objectif de la taxe sur les petits colis n’a jamais été de s’en prendre spécifiquement à Shein, martèle-t-on au ministère de l’Economie. « Le but était de combattre les effets pervers de leur modèle. »
Or, selon Bercy, le phase de centres logistiques en Europe a pour avantage de faciliter les contrôles de conformité et de réduire l’empreinte carbone des envois jusqu’à présent réalisés à l’unité par avion depuis un autre continent.
« On voit que Shein a bien conscience que son modèle actuel n’est pas viable. »
Le cabinet du ministre du Commerce, Serge Papinà franceinfo
Les Vingt-Sept ne sont pas non plus opposés à ce changement de modèle amorcé par Shein. Le Parlement européen et le Conseil de l’UE se sont accordés, fin mars, sur la réforme du Code des douanes de l’Union européenne. Le texte, qui doit encore être ratifié, entend inciter les acteurs du e-commerce à importer en masse et à stocker les produits sur le continent européen par un système d’entrepôts, comme celui de Wroclaw. « Leurs expéditions à l’intérieur de l’Union bénéficieraient d’une réduction des coûts de manutention, à condition que leurs marchandises soient importées dans des emballages collectifs et en quantités suffisantes pour rendre les contrôles douaniers plus efficaces », précise le Parlement européen.
Critiquée de toute part mais décidée à ne pas perdre le marché européen, Shein entame également un autre changement de taille pour les prochaines années : son président exécutif, Donald Tang, a annoncé dès 2024 dans Les Echos, sa volonté de relocaliser progressivement sa production en Turquie, pour le marché européen, de manière à « réduire l’usage du fret aérien ». Aucun objectif chiffré n’a cependant été donné à ce stade.
Source : www.franceinfo.fr
Conclusion : Cette information sera mise à jour dès que de nouveaux éléments apparaîtront.

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