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3 mai 2026La victoire du Front Populaire, sociale et antifasciste, « moment unique » dans l’histoire française
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Voici les éléments principaux de « La victoire du Front Populaire, sociale et antifasciste, « moment unique » dans l’histoire française » pour nos lecteurs.
À ne pas oublier
« Ce n’est pas assez de dire que le second tour achève la victoire. Il lui donne des proportions et une signification que personne n’osait presque espérer. Le triomphe du Front Populaire est écrasant ». C’est par ces mots que Léon Blum, le futur président du conseil, salue la victoire de la coalition des forces de gauche en une du journal socialiste « Le Populaire » le 3 mai 1936. Ce « Front populaire » vient d’obtenir 386 sièges sur 608 à la Chambre des députés, dont 147 pour la SFIO. Pour la première fois, les socialistes, alliés aux radicaux et aux communistes, vont diriger le pays.
Le danger fasciste
« C’est une alliance large qui découle d’un long et lent processus », résume l’historien Jean Vigreux, professeur à l’université de Bourgogne, spécialiste des gauches au XXe siècle. « Ce qui a permis cette union, c’est l’onde de choc de l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler« , ajoute l’auteur de « Découvrir le Front populaire » (Les éditions sociales). Deux ans auparavant, un cas va changer la donne. Alors que la France est à son tour touchée par la Grande dépression, des ligues d’extrême droite s’attaquent au régime parlementaire. Le 6 février 1934, elles manifestent devant la Chambre des députés. Le rassemblement tourne à l’émeute faisant une quinzaine de morts et près de 1 500 blessés.
« Cela a été perçu comme un coup de force à gauche et comme une atteinte à la démocratie et à la République. La mise en œuvre de la dictature nazie en quelques mois à la même période en Allemagne a fait prendre conscience du danger que représente le fascisme », décrit Jean Vigreux.
La gauche décide alors de s’unir. Dans les jours qui suivent ce coup de force des ligues d’extrême droite, communistes et socialistes défilent ensemble avec la bénédiction de Moscou. Au mois de juillet, les deux partis signent un « pacte d’unité d’action antifasciste ». En juin 1935, le parti radical, positionné plutôt au centre droit, opère aussi un rapprochement avec la SFIO et le PC. Le 14 juillet 1935, ces trois formations se rassemblent ensemble pour la première fois, aux côtés d’autres petits partis, de syndicats et d’associations, lors d’une manifestation regroupant 500 000 personnes.

« Ils ont prêté serment de rester unis pour défendre les libertés démocratiques menacées, pour apporter au monde la paix et pour construire un avenir pour le monde du travail. En ce sens, ils ont rédigé un programme connu sous le nom de Front populaire », explique l’historienne Danielle Tartakowsky, spécialiste de l’histoire sociale et politique en France au XXᵉ siècle. « Leur programme s’organisait autour de trois thèmes: pain, paix et liberté. Leurs mesures étaient destinées à lutter contre la crise et contre le danger de guerre », ajoute l’autrice de « Le Front populaire : La vie est à nous » (éditions Gallimard).
Un climat de violence
La campagne électorale se déroule dans un climat très lourd, tant d’un aspect de vue national qu’international, comme le souligne Nicolas Brisset, historien de la pensée économique à l’Université Côte d’Azur : « L’institution des régimes fascistes et nazi respectivement en Italie et en Allemagne et le sentiment de la montée en puissance des ligues d’extrême droite s’accompagnent d’un climat de violence. La figure de Léon Blum cristallise cette violence. Attaqué parce que juif, parce qu’intellectuel, mais également pour une apparence prétendument faible et ‘efféminé' ».
Le 13 février 1936, le député socialiste est ainsi victime d’une tentative de lynchage par un groupe de Camelots du roi, des militants de l’extrême droite nationaliste, qui attendaient le passage du cortège funèbre de Jacques Bainville, figure de l’Action française. « Il y a vraiment une bipolarisation de la vie politique qui a bien été perçue à l’époque par la presse. Déjà en 1935, le magazine Vu titrait ‘Front national contre Front populaire’. Ce dernier suscitait un immense espoir pour certains, mais aussi de grandes peurs pour d’autres, avec la crainte des communistes », ajoute l’historien Jean Vigreux.

Le dirigeant socialiste français, Léon Blum, la tête bandée, quitte l’hôpital après avoir reçu des soins médicaux pour son oreille et son cou à la suite d’une agression perpétrée par un groupe de royalistes français, le 13 février 1936 à Paris. AP
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Un large mouvement de grèves
Cette fracture s’accentue avec les grèves qui débutent au début du mois de mai 1936. Pour Nicolas Brisset, elles ne sont pas « tournées contre le Front populaire », mais en sont au contraire « l’émanation » : « le élément de départ est la grève du 1er mai 1936, choisie par la CGT comme un grand moment de soutien au Front populaire. Le patronat réagi assez violemment, en licenciant un certain nombre de grévistes, ce qui déclenche d’autres grèves. »
« Ces grèves de la joie », comme elles seront surnommées, se répandent un peu partout en France. On compte jusqu’à 2 millions de grévistes. Les nombreuses photographies de ces joyeuses occupations d’usines sont restées dans les mémoires : pique-niques, bals populaires au son de l’accordéon, matches de boxes, ou encore parties de belotes.

Installé à la tête d’un gouvernement composé de ministres socialistes et radicaux soutenu par le Parti communiste depuis le 6 juin, le nouveau président du conseil Léon Blum s’empresse d’y répondre, selon Nicolas Brisset : « Les grèves jouent de manière décisive dans la mise en place de mesures rapides, via les accords de Matignon. Elles font aujourd’hui parti de la mémoire syndicale française, tout comme les mots de Maurice Thorez (le patron du PCF, NDLR) prononcés le 11 juin 1936 : ‘Il faut savoir terminer une grève, dès que satisfaction a été obtenue' ».
En moins de deux mois sont ainsi notamment votés la semaine de quarante heures, les congés payés et les conventions collectives. Pour Danielle Tartakowsky, ces mesures ont changé le monde du travail, mais aussi la vie des Français : « Pour la première fois à l’été 1936, des hommes et des femmes ont été payés tout en s’arrêtant de travailler. Ils ont pu aller voir la mer. Ils ont donc ressenti les acquis de cette lutte au plus profond d’eux-mêmes dans cette capacité d’avoir un temps à soi ».
Les ouvriers et les employés n’ont pas été les seuls à bénéficier de cette réforme, insiste d’ailleurs l’historienne : « Des salariés agricoles se sont aussi mis en grève. Un office du blé a été créé pour soutenir les prix payés aux paysans. Les familles d’agriculteurs ont aussi pu voir revenir grâce aux congés pays leurs enfants qui étaient devenus ouvriers ». « Cela a été un moment unique », résume cette spécialiste du Front populaire.

Des difficultés intérieures et extérieures
Mais cette grande victoire populaire a aussi été marquée par des désillusions. Jean Vigreux rappelle par exemple que cette gauche unie « n’a pas été jusqu’au bout pour donner le droit de vote aux femmes ». Le Front Populaire est aussi « très rapidement confronté à la guerre d’Espagne« , ajoute l’historien. Même si Léon Blum soutient les Républicains face aux Franquistes, il décide finalement de ne pas intervenir par crainte d’un éclatement de la coalition gouvernementale.
Au même moment, le gouvernement fait aussi face à des difficultés économiques, comme l’explique Nicolas Brisset : « La contrainte extérieure et la fuite de capitaux, dans un contexte de montée des périls internationaux, poussent à privilégier les dépenses militaires, au détriment du prolongement du programme social de 1936. Cela nourrit une déception au sein de la base ouvrière et militante ».
Pour répondre à ces défis, Léon Blum demande les pleins pouvoirs financiers qui lui sont refusés. Le 21 juin 1937, un an et deux semaines après son investiture, Léon Blum rend son tablier. Rappelé à la présidence du Conseil en mars 1938, il ne tiendra pas un mois. L’aventure du Front populaire prend fin en novembre 1938 avec la répression d’une vague de grèves en riposte aux décrets-lois pris par le gouvernement du radical Daladier, remettant en cause les conquêtes sociales.
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« Une expérience majeure »
Malgré la brièveté de cette aventure, « le Front populaire a jeté les bases non seulement de l’état social, mais de la pensée selon laquelle l’état est légitime à intervenir en matière de politiques sociales et d’économie. Le Front populaire est devenu une expérience majeure ouvrant le champ des possibles politiques, comme a pu l’être le New deal », estime Nicolas Brisset. Pour preuve, dix ans plus tard, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance s’inspirera en grande partie de son programme.
Dans les décennies qui ont suivi, le Front populaire est resté comme une boussole pour la gauche. Jean Vigreux rappelle la 5e semaine de congés payés et la retraite à 60 ans sous la présidence de François Mitterrand ou encore les 35 heures sous le gouvernement de Lionel Jospin. « Il y a toujours cette projection par rapport à ces acquis sociaux et à la possibilité de changer la vie des gens », résume-t-il.

Plus récemment, le Front populaire a été de nouveau invoqué lors des élections législatives anticipées en juin 2024. Les différents partis de gauche se sont regroupés pour constituer un « Nouveau Front populaire« . Le NFP est arrivé en tête du scrutin, obtenant une majorité relative à l’assemblée nationale, mais le président de la République Emmanuel Macron n’a pas choisi de nommer à Matignon l’un de ses candidats. « Il a manqué une figure et il y a eu trop de divisions internes », constate Jean Vigreux.
À un an des prochaines élections présidentielles et alors que l’extrême droite est donnée en tête dans les sondages, certains à gauche appellent de nouveau à l’unité. Dans un édito publié à l’occasion du 1er mai, le journal la Marseillaise invite « à trouver dans l’histoire les clés de notre avenir » : « Le nom du programme du Front populaire, ‘Pain, paix, liberté’ est un manifeste contre l’oppression et les injustices et n’a pas pris une ride tant ces fléaux font rage sur notre planète ».
Source : www.france24.com
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