
La Réserve fédérale manque rapidement de raisons de baisser les taux d’intérêt
8 mai 2026
Le pape prie pour la fin de la « haine fratricide » alors qu’il célèbre son anniversaire à Pompéi
8 mai 2026Est de la RDC: une situation humanitaire «très préoccupante» dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, décrit le CICR
Analyse : Notre équipe propose une synthèse des points importants.
Notre équipe analyse l'article « Est de la RDC: une situation humanitaire «très préoccupante» dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, décrit le CICR » pour en tirer les points essentiels.
Analyse rapide
Après des mois de combats dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a obtenu une rare pause humanitaire lui permettant d’accéder à plusieurs localités autour de Minembwe, Mikenge, Point Zéro et Kipupu. Dans cette région devenue l’un des principaux épicentres du conflit dans l’est de la RDC, le CICR décrit une situation humanitaire « très préoccupante », marquée par l’effondrement progressif des structures de santé, des difficultés majeures d’accès à l’eau, aux médicaments et à la nourriture, mais aussi par des populations de plus en plus isolées par les combats. Entretien avec Lwin Yin Wynn Sint, cheffe du bureau du CICR ayant conduit cette mission.
RFI : Concrètement, qu’est-ce que vos équipes ont trouvé sur place à Minembwe ? Quels sont les besoins les plus urgents que vous avez documentés ?
Lwin Yin Wynn Sint : Nos équipes ont constaté une situation humanitaire très préoccupante de part et d’autre de la ligne de front, dans les sites visités par le CICR, à savoir Minembwe, Point Zero, Mikenge et Kipupu. La persistance des affrontements dans toute la zone des hauts plateaux a drastiquement limité la mobilité des communautés et leur accès aux ressources, renforçant considérablement leur vulnérabilité.
Ces zones ont été parmi les plus touchées par les violences ces derniers mois. Quelles ont été les conséquences sur les populations ?
Les opérations militaires pèsent lourdement sur les infrastructures essentielles, telles que les écoles et les centres de santé, ce qui impacte l’ensemble des activités sociales. Sur le plan économique, par exemple, la situation est aussi préoccupante. Des denrées alimentaires étant plus difficiles d’accès, leur prix a explosé : par exemple, un kilo de sucre coûte aujourd’hui 40 dollars. À cela s’ajoute la perte d’une partie des moyens de subsistance de nombreuses familles dans la zone à cause des combats.
Le besoin le plus urgent est celui de la sécurité. Le droit international humanitaire, soit le droit de la guerre, est clair : les opérations militaires doivent être conduites en veillant constamment à épargner les civils et les biens de caractère civil. Pour les populations, les besoins les plus urgents sont la nourriture, l’eau potable et les médicaments. Pour cela, les parties doivent continuer à autoriser et faciliter le passage rapide et sans encombre de l’assistance humanitaire destinée aux personnes dans le besoin. Dans cette perspective, nous ne pouvons que saluer l’accord et les garanties fournies par tous les acteurs concernés pour permettre cette mission du CICR dans les hauts plateaux.
À lire aussiEst de la RDC: de l’aide humanitaire acheminée à Minembwe, un des territoires les plus isolés par la guerre
Les structures de santé que vous avez visitées sont dans quel état ? Est-ce qu’elles ont encore la capacité de fonctionner, de prendre en charge des blessés ?
La situation des structures de santé dans la zone est alarmante. Le centre de santé de Point Zero n’a qu’une capacité limitée à prendre en charge les blessés par armes qui s’y trouvent et nous organisons depuis plusieurs semaines des évacuations des cas les plus graves vers l’hôpital de Fizi. L’hôpital général de référence de Mikenge-Kipupu ne dispose plus de médicaments et d’intrants. L’hôpital de Minembwe Centre reste opérationnel, mais il fonctionne dans des conditions très limitées, manquant cruellement de médicaments, d’équipements et de personnel médical qualifié. Les stocks des pharmacies des structures de santé de part et d’autre de la ligne de front étaient totalement épuisés, raison pour laquelle il était essentiel que cette mission puisse avoir lieu pour les réapprovisionner.
Dans ces conditions, comment les blessés sont-ils évacués ?
Les difficultés liées à la mobilité des populations et des secours dans la zone aggravent encore la situation. Les évacuations médicales restent un défi majeur à cause des opérations militaires et les conditions de routes sont rendues plus difficiles encore par la saison des pluies, ce qui signifie que les blessés graves ne peuvent être transportés vers des structures adéquates. Les structures sanitaires se limitent à stabiliser les patients, mais peinent à leur offrir des soins complets jusqu’à la guérison. Cela laisse de nombreuses personnes dans un état critique, sans réelle solution. C’est aussi pour cela que l’un des objectifs partagés avec tous les acteurs en présence était de faciliter, le cas échéant, les évacuations médicales.
Les femmes enceintes et les enfants sont aussi touchés avec une augmentation alarmante des décès maternels et infantiles. Cette situation n’est malheureusement pas une surprise. Deux études réalisées par le CICR en 2025 dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu avaient déjà fait ressortir des statistiques alarmantes, pointant un risque d’effondrement du système sanitaire du fait notamment des conséquences des conflits armés.
Quel type d’assistance avez-vous pu fournir lors de cette opération ? Vous paraît-elle suffisante au vu de la situation humanitaire ?
Le CICR a fourni des kits de stabilisation et des médicaments au centre de santé de Point Zero, à l’hôpital de Mikenge-Kipupu et à l’hôpital de Minembwe. Cependant, ces ressources ne suffiront qu’à couvrir une période limitée, ce qui est loin de répondre aux besoins criants et durables de la population. Il est urgent d’acheminer davantage de médicaments essentiels, notamment des antibiotiques, des analgésiques et des produits pour les soins d’urgence. Les structures de santé de part et d’autre de la ligne de front ont également besoin d’équipements médicaux de base, comme du matériel chirurgical, des lits d’hôpital, et des outils de diagnostic.
Cette pause humanitaire, vous l’avez obtenue après des mois de négociations. Est-ce que les deux camps, les FARDC et l’AFC/M23, ont joué le jeu ? Et est-ce qu’elle tient toujours ?
Oui, la pause humanitaire a été entièrement respectée par tous les acteurs impliqués. Cela a permis à notre équipe de mener nos activités en toute sécurité et d’apporter une assistance médicale essentielle à la population.
C’est un important message d’espoir de voir que même dans l’une des zones de conflit les plus actives, grâce au rôle d’intermédiaire neutre du CICR et à son dialogue bilatéral et confidentiel, tous les acteurs ont pu s’entendre pour faciliter cette opération qui démontre aussi la capacité protectrice du droit international humanitaire.
La situation reste fragile, et un engagement durable de toutes les parties est nécessaire pour maintenir l’accès humanitaire et faciliter le passage de l’assistance humanitaire.
À lire aussiRDC: le chef de la Monusco cherche à sécuriser les airs du Sud-Kivu pour reprendre les vols humanitaires
Quel est votre message aujourd’hui aux belligérants et à la communauté internationale ? Est-ce que vous appelez à une ouverture durable de l’accès humanitaire à Minembwe et dans les hauts plateaux du Sud-Kivu ?
La situation humanitaire dans les hauts plateaux reste préoccupante et il est impératif de continuer à autoriser et faciliter le passage rapide et sans encombre de l’assistance humanitaire pour que les conditions de vie de la population locale s’améliorent rapidement. En somme, nous avons deux messages pour les parties et la communauté internationale. D’une part, nous encourageons les acteurs concernés à continuer à travailler avec le CICR pour veiller au respect du droit international humanitaire qui reste la meilleure garantie de protection pour les populations touchées par les conflits armés. D’autre part, nous voyons très positivement les engagements pris par les parties dans le cadre des négociations de paix, qui, si appliqués, viseraient à pérenniser l’accès humanitaire auprès des populations et garantir une prise en charge des blessés et des malades.
Les populations civiles de l’est de la RDC ont besoin de protection et d’un accès rapide et sans entrave à l’assistance humanitaire, ce que le droit de la guerre prévoit. Nous restons engagés sur le terrain pour que cela soit possible.
Source : www.rfi.fr
Conclusion : Notre équipe continuera d’examiner les faits et de proposer des analyses.

9999999
