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8 mai 2026L’essentiel du procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy : face aux victimes de l’attentat du DC-10
Analyse : L’équipe éditoriale a repéré les points les plus pertinents.
Notre rédaction analyse les faits saillants de « L’essentiel du procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy : face aux victimes de l’attentat du DC-10 ».
Points clés à connaître
« Défense de voyous », indécence, corruption : Nicolas Sarkozy a dû affronter sans broncher les flèches des avocats de proches de victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA, lors de cette huitième semaine d’audience du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
L’ancien président de la République et neuf coprévenus sont jugés en appel depuis le 16 mars et jusqu’au 3 juin. En première instance, le 25 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré Nicolas Sarkozy coupable d’association de malfaiteurs et l’a condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, 100 000 euros d’amende, l’interdiction de toute fonction publique pour cinq ans et une privation de ses droits civils et civiques pour la même durée, en raison d’une « corruption au plus haut niveau » d’une « exceptionnelle gravité ».
Entré le 21 octobre à la prison de la Santé sous les caméras du monde entier, Nicolas Sarkozy a obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard. C’est désormais un nouveau marathon judiciaire qui démarre pour l’ancien président de la République, qui espère ne pas retourner derrière les barreaux.
• Lundi 4 mai : la clé USB de la discorde
Nicolas Sarkozy a répété lundi 4 mai qu’aucune trace de financement par la Libye de sa campagne présidentielle de 2007 n’avait été retrouvée, au dernier jour de son interrogatoire devant la cour d’appel de Paris.
« Quatorze ans après, il n’y a pas un virement, pas un centime qui a pu être tracé de manière directe ou indirecte avec ma campagne », a déclaré à la barre l’ancien président, qui était interrogé sur des éléments comptables produits la semaine dernière par ses avocats.
Ces derniers ont exploité une clé USB remise par l’ancienne épouse de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, qui était aussi mis en cause dans le dossier du financement libyen mais est décédé en septembre dernier.
Selon la défense de Nicolas Sarkozy, les éléments présents dans un dossier « Moh » contenu dans cette clé montrent que sur 9,2 millions d’euros d’argent libyen perçus par Ziad Takieddine, près de 3,8 millions d’euros ont été destinés à des dépenses de Mohammed Senoussi, avec de l’argent détourné des services secrets libyens, qui étaient dirigés par son père, Abdallah Senoussi.
« Si ça ne correspond pas à des rétrocommissions, qu’est-ce qu’une rétrocommission? « , a lancé Nicolas Sarkozy.
« Je ne pense pas qu’il puisse y avoir le moindre débat dessus, c’est un travail énorme », a-t-il encore affirmé. « Sur ces 19 000 documents, il n’y a pas la plus infime insinuation du financement de ma campagne », a-t-il insisté. « Il me semble que pour la cour, la clé ‘Tak’ colore le dossier. »
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Un des avocats généraux, Damien Brunet, a observé que Ziad Takieddine avait déjà évoqué en 2011 des relations financières avec les Senoussi.
« Ce qui me fait dire que c’est nouveau, c’est la lecture du jugement du tribunal correctionnel indiquant très clairement qu’il n’y avait pas de rétrocommission », a répondu Nicolas Sarkozy.
« La question centrale c’est : ‘Est-ce qu’on trouve le début d’un commencement d’un indice du financement de ma campagne ?’ C’est ça qui importe », a-t-il encore déclaré.
« Jusqu’à quand je devrais démontrer l’inexistence de cela ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse de plus pour vous convaincre qu’il n’y a pas d’argent ? », a-t-il demandé, disant vouloir « retrouver [son] honneur ».
• Mardi 5 mai : Sarkozy absent, la défense évoque une « victimisation secondaire »
Des parties civiles ont réclamé mardi à la justice de « laver la pourriture » de la corruption qu’auraient, selon elles, laissée Nicolas Sarkozy et ses coprévenus en négociant avec la Libye de Mouammar Kadhafi un financement occulte de sa campagne présidentielle de 2007.
Selon l’accusation, dans ce « pacte de corruption », Tripoli aurait été en quête de contreparties commerciales, diplomatiques, mais aussi de l’examen de la situation judiciaire du N°2 du régime, Abdallah Senoussi. Chef des services de renseignement, le beau-frère de Kadhafi était réclamé par la justice française après sa condamnation à la perpétuité pour avoir commandité l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989 au Niger, qui a causé la mort de 170 personnes.
Condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, Nicolas Sarkozy a de nouveau nié en appel avoir laissé ses collaborateurs Claude Guéant et Brice Hortefeux négocier un tel accord.
Pas plus qu’il y a un an, ses dénégations n’ont convaincu les proches des victimes, prévient l’avocat de plusieurs d’entre eux, Vincent Ollivier, qui ouvre sa plaidoirie en rappelant la double acception de « corruption » : celle du code pénal et celle qui relève de la décomposition organique.
« Nous espérons » que l’arrêt que la cour rendra en novembre « permettra que sur la stèle » commémorative de l’attentat, soit « lavée la pourriture qu’ont laissée ceux qui pensaient qu’une élection valait bien de salir la mémoire des morts », a tonné Me Ollivier.
En appel, les familles étaient venues avec l’espoir que se fissure « le mur de silence érigé » par les prévenus « autour de Nicolas Sarkozy » pour le protéger. Au terme de près de deux mois de débats, l’attente fut déçue : la défense « n’est fondée que sur ça : nier, nier, nier. Nier jusqu’à l’absurdité. »
Sur son banc, Brice Hortefeux marmonne, une fois. Puis une deuxième. « M. Hortefeux, soit vous vous taisez, soit je vous fais sortir », cingle le président de la cour, Olivier Géron.
Nicolas Sarkozy n’était pas là pour écouter la charge : il était souffrant, selon son entourage.
Il n’entend donc pas Me Ollivier ironiser sur son principal argument de défense : l’enquête n’a pas permis de retrouver un centime d’argent libyen dans ses comptes de campagne. « Certes, on n’a pas trouvé une valise de billets avec sur chacun d’entre eux la tête de Mouammar Kadhafi dessinée au pochoir », ironise l’avocat.
Et d’insister : si ce n’était pour le protéger, pourquoi Claude Guéant et Brice Hortefeux se seraient-ils échinés à répéter qu’ils n’avaient pas informé Nicolas Sarkozy de leurs tête-à-tête avec Senoussi fin 2005 ? Leur « seul objectif » de coller à un récit qui « n’a aucune logique », c’était « de dissimuler l’existence d’un pacte corruptif » qui aurait été noué lors de ces conciliabules.
Selon Me Ollivier, en contrepartie « M. Sarkozy avait promis au régime libyen qu’en dernier ressort il pourrait y avoir une grâce » de Senoussi.
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Même si le tribunal correctionnel ne l’avait pas retenue en première instance, il évoque aussi cette visite officielle à Paris de Mouammar Kadhafi en décembre 2007, qui avait choqué les familles des victimes et « humilié le pays ». Le dictateur lybien « a paradé dans Paris avec l’arrogance d’un faiseur de rois et l’assurance de celui qui savait qu’on lui devait quelque chose… », selon Me Ollivier.
Évoquant la virulence de Nicolas Sarkozy contre les juges après sa condamnation en septembre puis son livre sur ses vingt jours de détention à la Santé, sa consoeur Laure Heinich demande à la cour de reconnaître « une victimisation secondaire » qui, selon elle, appelle une indemnisation additionnelle de ses clients, « tabassés » par la défense. « Si on comprend la peur de dormir à nouveau à la prison de la Santé », « ces propos ne sont pas ceux d’un moment d’égarement, ils seront réitérés », prévient-elle.
Pour l’association anticorruption Sherpa, Me Vincent Brengarth réclame lui une sanction à la hauteur du « trouble extraordinaire qui a été causé à l’ordre public », décrit ainsi : un financement politique occulte par une « puissance étrangère qui se trouve être une dictature ».
• Mercredi 6 mai : les « commentaires insupportables » du prévenu
Cette fois, Nicolas Sarkozy est à sa place, mercredi 6 mai, au premier rang des prévenus devant la cour d’appel de Paris. Contraint au silence, si ce n’est pour chuchoter quelques mots à un de ses avocats, il écoute Me Olivier Descamps l’étriller.
Après avoir rappelé en passant que l’ancien chef de l’État avait « déjà [été] condamné à deux reprises de façon définitive », le conseil de la veuve et du fils de Georges Raveneau, le pilote de l’appareil qui s’était écrasé au Niger en septembre 1989, entreprend de raconter une histoire de « gros sous et trahisons ».
Et répète le récit, contesté par Nicolas Sarkozy, d' »un argent qui a permis de financer une campagne électorale » et le « train de vie » de certains prévenus.
S’il n’est pas accusé d’enrichissement personnel, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir, avec ses collaborateurs Brice Hortefeux et Claude Guéant, noué un « pacte de corruption » avec le régime de Mouammar Kadhafi : des fonds occultes pour financer sa campagne, en utilisant les comptes du défunt intermédiaire Ziad Takieddine, en échange de contreparties.
Parmi celles-ci, l’examen de la situation pénale d’Abdallah Senoussi, le commanditaire de l’attentat, réclamé par la justice française après sa condamnation à la perpétuité.
Comme devant le tribunal correctionnel, Me Descamps, fustige « une défense de voyous », même si, selon lui, elle fut déployée dans une version « un peu plus raffinée ».
Il y a « le patron, M. Sarkozy » qui, face aux « questions qui l’embarrassent », répond « je ne me souviens pas » ou « les autres se trompent ». Puis il y a le « premier lieutenant », Brice Hortefeux, « droit comme un I » dans sa posture de bouclier pour son ami. Et enfin « le deuxième lieutenant », Claude Guéant. Et là, « ça a oscillé », poursuit l’avocat.
Dans deux écrits à la cour en riposte à la mise en doute de sa probité par Nicolas Sarkozy à la barre, Claude Guéant, empêché par sa santé d’assister au procès, a évoqué une scène lors d’un dîner à Tripoli en juillet 2007.
L’ancien chef de État, a-t-il écrit, l’aurait fait venir pour que Kadhafi lui répète « la préoccupation qu’il venait de lui exprimer concernant Senoussi ». « Claude, voyez cela », aurait intimé le président.
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Si Claude Guéant a affirmé que rien n’avait été effectivement entrepris pour gracier ou amnistier Senoussi, l’anecdote inédite a rompu le front commun en défense.
« Nicolas Sarkozy s’évertue à couper les liens » avec ses coprévenus, constate pour l’association Anticor Claire Josserand-Schmidt, qui juge par ailleurs « fallacieux » son argument selon lequel l’enquête n’avait pas établi que de l’argent libyen avait effectivement atterri dans sa campagne.
« La vraie question est de savoir » si Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, s’est coordonné avec ses collaborateurs, « pour aller sceller un pacte de corruption » avec les Libyens dès 2005.
Pour les proches des victimes, il est « intolérable d’entendre que leurs représentants politiques (…) auraient négocié avec » Senoussi, « l’auteur de leurs tourments, le terroriste qui a assassiné leurs parents », renchérit Dan Hazan, qui représente plus de 90 proches.
À l’instar de Me Descamps, c’est aussi le comportement de Nicolas Sarkozy que ceux-ci lui reprochent: les « commentaires insupportables », « odieux » après le premier jugement, la « mise en scène pathétique », « indécente et indigne » de son incarcération à la Santé, et son ouvrage sur ses vingt jours de détention : « En publiant ce livre, est-ce qu’une seconde, M. Sarkozy l’auteur posait la question du manque que peuvent ressentir les familles des victimes ? »
La fin du procès est prévue pour le 27 mai.
Avec AFP
Source : www.france24.com
Conclusion : Les développements à venir permettront de compléter notre point de vue.

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