VICAT S.A.
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9 mars 2026en quoi consiste la mission portée par Emmanuel Macron pour “rouvrir” le détroit d’Ormuz ?
Le président français Emmanuel Macron en conférence de presse conjointe avec le président chypriote et le Premier ministre grec à la base militaire de Paphos, à Chypre, le 9 mars 2026. GONZALO FUENTES / AFP
Le président de la République Emmanuel Macron veut débloquer le détroit d’Ormuz. Et il envisage d’y déployer des forces militaires dans le cadre d’une mission internationale « défensive » pour y parvenir. Carrefour mondial du transport d’énergie, ce point de passage géostratégique par lequel transite chaque jour l’équivalent de 20 % de la consommation de pétrole mondial, est paralysé depuis l’offensive américano-israélienne contre l’Iran. La riposte de Téhéran consiste notamment à attaquer les pétroliers engagés dans cette bande de mer exiguë.
Une paralysie qui se fait déjà ressentir sur les prix du baril de pétrole, qui est monté au-delà de 115 dollars, ce lundi 9 mars. Et pousse même les Etats à envisager des alternatives pour s’approvisionner en énergie, alors que le conflit embrase tout le Moyen-Orient.
Décidé à garder le contrôle sur son approvisionnement énergétique, le président français, en déplacement à Chypre ce lundi pour soutenir son allié européen visé la semaine dernière par une frappe de drones iraniens, a fait savoir son intention d’intervenir dans le détroit d’Ormuz. On fait le point.
• Une mission « purement défensive »
Emmanuel Macron a affirmé lundi à Chypre préparer avec ses partenaires une future mission internationale « défensive » pour « rouvrir » le détroit d’Ormuz, et permettre la circulation de pétrole et de gaz, dans le cadre d’un important déploiement militaire français autour du conflit au Moyen-Orient.
« Nous sommes en train de mettre en place » une « mission purement défensive, purement d’accompagnement » qui « a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit », « l’escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz », a affirmé le chef de l’Etat français.
Sécuriser le passage maritime est, selon lui, « essentiel au commerce international, mais également à la circulation du gaz et du pétrole qui doivent pouvoir sortir à nouveau de cette région », alors que l’impraticabilité du détroit, en raison du conflit, a fait s’envoler les cours ces derniers jours.
Une nouvelle mission qui vient s’ajouter à l’important dispositif naval déjà mis en place par la France au Moyen-Orient. En effet, Emmanuel Macron a indiqué que « deux frégates » françaises contribueront « dans la durée » à l’opération Aspides mise en place en 2024 par l’Union européenne en mer Rouge contre les attaques maritimes des rebelles houtis du Yemen, alliés de l’Iran. Dès lors, « la présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale, en mer Rouge et justement au large d’Ormuz, mobilisera huit frégates, deux portes-hélicoptères amphibies et notre porte-avions » Charles de Gaulle, actuellement proche de Crète en Grèce, a-t-il fait savoir.
• L’Union européenne prête à « renforcer » sa protection maritime
Le président français a assuré préparer cette mission « strictement pacifique » dans le détroit d’Ormuz avec des partenaires « européens et non européens ». Des discussions sont évoquées côté français notamment avec l’Inde et d’autres pays asiatiques fortement touchés par la situation actuelle.
L’UE s’est dite disposée « à adapter et à renforcer davantage » ses missions de protection maritime – l’opération Aspides en mer Rouge et l’opération Atalanta contre la piraterie dans l’Océan indien, ont indiqué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa à l’issue d’une réunion en visioconférence avec plusieurs dirigeants du Moyen-Orient.
Dans leur communiqué commun, les responsables européens indiquent que les dirigeants du Moyen-Orient « ont discuté de l’impact des attaques contre les infrastructures énergétiques et de la fermeture du détroit d’Ormuz sur la sécurité énergétique mondiale, et ont exploré des voies pour renforcer la coopération avec les partenaires du Moyen-Orient afin de réduire ces risques ».
Les Etats-Unis avaient eux annoncé leur intention d’escorter les navires marchands tentant de passer par le détroit d’Ormuz « dès que ce sera raisonnable »
• L’Iran rejette la perspective d’une sécurisation du détroit
L’annonce de cette mission « défensive », a fait réagir le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, qui a rejeté la perspective d’une mise en sécurité du détroit, tant que la guerre se poursuit. « Il est peu probable que la sécurité puisse être assurée dans le détroit d’Ormuz au milieu des feux de guerre allumés par les États-Unis et Israël dans la région », a-t-il affirmé sur X.
Un général iranien des Gardiens de la Révolution avait menacé lundi dernier de « brûler tout navire » tentant de franchir le détroit d’Ormuz et de bloquer toute exportation pétrolière du Golfe.
• Le détroit d’Omurz, carrefour géostratégique pris pour cible
Le détroit d’Ormuz est devenu la cible privilégiée de Téhéran, qui y a déjà attaqué une dizaine de bateaux situés dans le passage ou à proximité, en représailles aux frappes israélo-américaines du samedi 28 février sur son territoire. Une cible indéniablement stratégique tant 20 % de la production de pétrole consommée dans le monde passe chaque jour par ce détroit d’une cinquantaine de kilomètres, et tout autant pour les exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL).
Samedi encore, l’Iran a affirmé avoir visé un pétrolier dans le Golfe. Et s’il est encore difficile d’établir un recensement fiable de l’ensemble des attaques répertoriées contre les navires aux alentours du détroit, l’Organisation maritime internationale (OMI) recensait sur son site vendredi un total de neuf attaques contre des vaisseaux dans le détroit d’Ormuz en une semaine, dont quatre totalisant 7 morts.
Ces attaques ont interrompu presque totalement la circulation dans le détroit. D’une manière générale, « le schéma observé d’attaques contre des navires à l’ancrage, des navires en navigation et des navires d’assistance suggère une campagne visant à créer une incertitude opérationnelle et à dissuader le trafic commercial régulier plutôt qu’une tentative soutenue de couler des navires », analyse le Centre conjoint d’information maritime (JMIC).
Ces perturbations du trafic maritime et les attaques répétées contre les infrastructures énergétiques des Etats du Golfe font d’ailleurs craindre au commissaire européen Valdis Dombrovski un « choc stagflationniste majeur ».

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