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21 mars 2026Les Émirats arabes unis rattrapés par la géopolitique
21 mars 2026Analyse : Notre rédaction partage quelques observations générales.
Un résumé rapide de « en Iran, la guerre au Moyen-Orient frappe un pays en pleine sécheresse » selon notre rédaction.
Ce qu’il faut observer
La guerre en Iran se superpose à une sécheresse historique, conséquence du réchauffement climatique et de décennies de mauvaise gestion de la part du régime.
Une ressource vitale à protéger à tout prix. Si les infrastructures énergétiques sont désormais des cibles régulières en Iran comme dans les pays du Golfe, des attaques contre des infrastructures hydrauliques ont également suscité l’inquiétude au Moyen-Orient.
Le 7 mars, l’Iran a accusé l’armée américaine d’avoir mené une frappe – démentie par Washington – contre une station de traitement de l’eau de mer sur l’île de Qeshm avant de répliquer le lendemain par une attaque similaire sur une usine de dessalement au Bahreïn.
Alors que le conflit entre dans son 22e jour, spécialistes et dirigeants s’inquiètent du risque d’une dégradation de l’accès à l’eau dans une région parmi les plus arides du monde et où la disponibilité de cette ressource est dix fois inférieure à la moyenne mondiale.
Jeudi, Emmanuel Macron a estimé qu’il était temps d’ouvrir la voie vers une « désescalade » en prônant la « mise en œuvre sans délai d’un moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles, qu’elles soient liées à l’eau ou à l’énergie ».
Pire sécheresse depuis 60 ans
Formellement interdit par les Conventions de Genève, le ciblage des « installations et réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation » aurait des conséquences désastreuses pour les populations civiles, particulièrement en Iran où la situation est déjà critique.
Le pays affronte depuis 2020 une sécheresse historique aggravée par des phénomènes de chaleur extrême. En 2023, les autorités avaient prononcé un confinement de deux jours alors que les températures avoisinaient les 50°C.
L’année 2025 a, elle, été la plus sèche de l’histoire du pays depuis soixante ans. En novembre, les principaux barrages alimentant Téhéran, dont dépendent plus de 10 millions d’habitants, étaient tombés à 5% de leur capacité. La capitale iranienne connaît des étés secs et torrides, généralement atténués par les pluies d’automne et les chutes de neige hivernales. Mais les sommets montagneux, habituellement enneigés à cette période, sont restés l’an dernier désespérément nus.
Face aux pénuries, le gouvernement a décidé de couper périodiquement l’approvisionnement en eau pour les habitants de la ville afin de contenir la consommation.
La sécheresse extrême, associée à des problèmes de surpopulation, a même poussé le président iranien Massoud Pezeshkian à évoquer l’hypothèse d’un transfert de la capitale du pays hors de Téhéran.
La crise de l’eau a donné lieu à l’été 2025 a de premières manifestations, moins médiatisées que celles qui ont éclaté en fin d’année avant d’être réprimées dans le sang par le régime. « L’eau, l’électricité, la vie: nos droits fondamentaux », scandaient des Iraniens dans de nombreuses régions du pays.
En 2026, la situation reste alarmante. Si des pluies sporadiques avaient suscité l’espoir en décembre dernier, elles n’ont pas permis de remplir les stocks en raison d’un sol trop sec et dégradé, incapable d’absorber l’eau.
« Aujourd’hui, de nombreux réservoirs sont presque vides »
Frappé de plein fouet par les effets du réchauffement climatique, le pays paye aussi les conséquences de décennies de mauvaise gestion de la ressource en eau par le régime. L’Iran est pourtant héritier d’une tradition perse de gestion ingénieuse de l’eau, rappelle David Blanchon, professeur de géographie à l’université Paris-Nanterre.
« Anciennement, les villes iraniennes étaient irriguées par des qanats, des galeries souterraines qui captaient l’eau des montagnes pour les amener en contrebas », explique ce spécialiste de la géopolitique de l’eau. « Mais avec le progrès de la population et la concentration dans de très grandes villes comme Téhéran, ces ressources sont devenues insuffisantes ».
Après la révolution islamique de 1979, l’Iran a entrepris la construction rapide de barrages et de réservoirs afin d’atteindre l’autosuffisance en eau. Des travaux menés sur fond de corruption et sans réelle planification cohérente au niveau national. « Les contrats ont été attribués à des alliés de l’État et de l’armée, un réseau connu en Iran sous le nom de mafia de l’eau », relève l’agence de presse économique américaine Bloomberg.
« La priorité était donnée au pouvoir et au profit, plutôt qu’à ce qui était judicieux d’un aspect clé de vue écologique ou hydrique », analyse auprès du New York Times Eric Lob, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université internationale de Floride et chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Résultat, « aujourd’hui, de nombreux réservoirs sont presque vides ».
Dans un discours prononcé en Arabie Saoudite le 13 mai dernier, Donald Trump lui-même avait dénoncé cette situation. « Les dirigeants iraniens sont parvenus à transformer des terres agricoles verdoyantes en déserts arides, car leur mafia de l’eau corrompue provoque des sécheresses et assèche les lits des rivières. Ils s’enrichissent, mais ils n’en laissent rien au peuple », avait-il déclaré depuis Ryad.
Des cultures gourmandes en eau
Si les infrastructures sont mal adaptées, c’est aussi la mauvaise utilisation de l’eau disponible qui est responsable de la crise. « Les Gardiens de la révolution consomment énormément d’eau pour leur industrie et leurs exploitations agricoles », pointe Azadeh Kian, professeure de sociologie politique à l’université de Paris-Cité et spécialiste de l’Iran.
Depuis 1979, l’activité agricole s’est étendue en dépit de tout bon sens à certaines des régions les plus arides du pays, avec des cultures nécessitant beaucoup d’irrigation. « Désespérés, de nombreux agriculteurs se sont tournés vers le surpompage des eaux souterraines – souvent illégal – asséchant les aquifères et entraînant l’affaissement des sols », souligne Bloomberg.
Selon le site spécialisé Carbon Brief, l’agriculture est responsable de 90% de la consommation d’eau en Iran.
Face à la crise, le régime privilégie des solutions court-termistes: rationnement, acheminement d’eau par camion-citerne ou distribution de bouteilles. En novembre dernier, les autorités ont même annoncé le lancement d’opérations d' »ensemencement » des nuages. Le principe: injecter des particules de sel dans l’atmosphère pour favoriser la condensation et tenter de provoquer des pluies.
Des efforts qui sont restés vains. Pour David Blanchon, « le régime iranien est vraiment pris en défaut d’investissement et de travail sur ces questions hydrauliques ».
L’eau polluée par les frappes?
La guerre risque-t-elle d’empirer la situation? À ce stade, les infrastructures vitales iraniennes n’ont pas été touchées. L’attaque dénoncée par Téhéran sur l’usine de dessalement de l’île de Queshm, si elle était confirmée, ne devrait avoir que des conséquences limitées, l’Iran étant moins dépendant de ce type d’installations que ses voisins.
Aux Émirats arabes unis, 42% de l’eau potable provient de ces usines. Un taux qui grimpe à 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, selon une note de l’Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.
Toutefois, les frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes risquent d’avoir un effet indirect sur l’eau potable. « Le bombardement des réserves pétrolières de Téhéran a largement pollué l’atmosphère mais également les réservoirs d’eau et les barrages de Téhéran qui fournissent l’eau à la population », souligne Azadeh Kian.
« La guerre ne peut qu’aggraver la situation, pour la simple raison que tous les investissements qu’on aurait pu faire pour l’approvisionnement en eau vont être investis dans la reconstruction », conclut David Blanchon.
Source : www.bfmtv.com
Conclusion : Nous vous tiendrons informés des prochaines évolutions.

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