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Quelques observations clés de notre rédaction sur « que nous enseigne la défaite de Viktor Orbán ? ».
Ce qu’il est utile de savoir
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En juin 1989, un jeune inconnu qui s’appelait Viktor Orbán prit la parole devant la foule amassée sur la place des Héros à Budapest, à l’occasion de la réinhumation solennelle d’Imre Nagy. Ex-Premier ministre communiste et leader de la révolution hongroise de 1956, Nagy fut exécuté deux ans plus tard par le régime communiste. Dans son discours, Orbán exigea des élections libres et le retrait des troupes soviétiques du pays. Cet acte courageux marqua les débuts du Fidesz, initialement un mouvement étudiant libéral et pro-européen.
« Démocratie illibérale »
En septembre 1989, Orbán bénéficia d’une bourse à l’université d’Oxford, financée par la fondation de George Soros, pour étudier le concept de « société ouverte » (open society). Inspirée par le philosophe libéral Karl Popper, la « société ouverte » affirme le principe de démocraties inclusives, qui défendent les minorités et promeuvent l’engagement civique des citoyens.
Puis, commença l’irrésistible cheminement vers la droite et l’extrême droite de l’ex-opposant au communisme. En juillet 2014, Orbán traça les contours du régime « illibéral » qu’il souhaitait construire, dans un discours prononcé à Băile Tușnad en Roumanie. Une « démocratie illibérale » rejette le libéralisme politique basé sur l’autonomie individuelle et le respect de droits naturels (liberté, sûreté, liberté d’expression, etc.). Il proposa un nouveau type de gouvernance dans lequel « l’intérêt national » (ou étatique) devait prévaloir sur les droits individuels. Il dressa la liste des pays qui inspiraient son action politique : la Chine, l’Inde, la Russie, la Turquie ou Singapour.
A partir de là, Orbán devint la figure emblématique de l’extrême droite internationale, allant jusqu’à faire sienne, en 2022, l’idée de « grand remplacement », le récit apocalyptique de l’ultra-droite depuis plus d’une vingtaine d’années. La même année, il déclara : « Nous, les Hongrois, ne sommes pas une race mixte, et nous ne voulons pas le devenir. » Orbán devint le défenseur des « valeurs familiales traditionnelles » et pourfendit la communauté LGBTQ. Il mena une campagne antisémite contre George Soros, son ex-mentor, qui dut relocaliser son université d’Europe centrale hors de Hongrie en 2019.
Entretenant des relations étroites et cordiales aussi bien avec Donald Trump que Vladimir Poutine, Viktor Orbán est resté au pouvoir sans discontinuer pendant près de seize ans, après avoir gouverné une première fois entre 1998 et 2002. Ce temps long au pouvoir lui a permis d’appliquer son projet illibéral : les médias publics et la justice sont sous sa coupe, la liberté de penser et de s’exprimer est partout brimée (notamment dans les universités) et son style de gouvernement a été brutal ; comme Trump et Poutine, il n’a pas hésité à insulter, calomnier, propager des fake news ou intimider ses opposants politiques.
La victoire du conservateur Péter Magyar (allié d’Orbán jusqu’en 2024) laisse espérer la fin de cet illibéralisme. La vague anti-Orbán repose sur une exceptionnelle participation électorale. Tisza, le nouveau parti au pouvoir, a remporté les deux tiers des sièges au Parlement. Des réformes contre la corruption, la concentration des pouvoirs économiques et médiatiques aux mains des supporteurs d’Orbán pourront être mises en place. On peut également envisager un engagement constructif avec les partenaires européens de la Hongrie et un soutien à l’aide apportée à l’Ukraine.
Quels enseignements peut-on tirer de la première grande défaite d’un gouvernement d’extrême droite, alors que des forces alliées d’Orbán menacent de prendre le pouvoir, notamment le Rassemblement national (RN) en France ?
« Etat anormal »
Le premier constat est que la démocratie libérale, honnie à l’extrême droite et méprisée par la gauche radicale, est résiliente. Le soir de l’élection, la foule en liesse dans les rues de Budapest scandait : « Europe ! Europe ! Europe ! », ainsi que « Dehors, la Russie ! » Ces slogans en disent plus qu’un programme. Ils signifient que les libertés publiques sont plébiscitées et que les Hongrois ont le sentiment qu’elles sont garanties, non par un régime autoritaire, mais par un régime libéral.
Il faut néanmoins nuancer le propos : Orbán est resté au pouvoir pendant près de seize ans. Il a été réélu en dépit de sa dérive autoritaire, des attaques contre ses opposants et du musellement des libertés publiques. On ajoutera que c’est autant la très mauvaise situation économique du pays que l’autoritarisme qui a précipité la chute du gouvernement Orbán. En outre, le nouveau Parlement ne comprend aucun député de gauche. Les trois groupes parlementaires sont de droite (Tisza) ou d’extrême droite (Fidesz et Mi Hazánk Mozgalom). Péter Magyar a mené une campagne de terrain énergique et populiste pour ne pas être catalogué de « libéral ». Le rejet d’un pouvoir d’extrême droite ne garantit donc pas un mouvement de pendule automatique vers la gauche. Celle-ci reste aussi faible et fragmentée aujourd’hui qu’elle ne l’était quand Orbán dominait la scène politique nationale.
Mais ne boudons pas notre plaisir : Magyar a déclaré le soir de sa victoire qu’il avait hérité d’un « Etat anormal », qu’il allait rétablir l’Etat de droit ainsi que des relations de travail apaisées avec l’Union européenne (UE) et l’Otan. Ce sont certes des engagements basiques, mais fondamentaux. Le deuxième constat est que, si battre Orbán dans les urnes était difficile, rompre avec l’orbànisme qui a infiltré l’appareil d’Etat, les médias et la justice sera beaucoup plus compliqué et prendra du temps. En Pologne, le conservateur Donald Tusk peine à rétablir un Etat de droit sapé par Droit et Justice, parti d’extrême droite au pouvoir entre 2015 et 2023.
Pouvoir de nuisance
Un autre enseignement à tirer de l’élection hongroise : s’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de nuisance qu’un gouvernement d’extrême droite peut infliger à l’Etat de droit, il ne faut pas non plus surestimer la nature de ce danger. Tout aussi illibéral qu’il fut, le régime orbánesque n’était pas un nouveau fascisme. Par ailleurs, les anticorps démocratiques ont relativement bien fonctionné dans la durée. La Hongrie est membre de l’UE et cette adhésion comporte de fortes contraintes, notamment celle de respecter le verdict des urnes. Orbán a immédiatement reconnu sa défaite, tout comme Giorgia Meloni qui a récemment perdu un référendum sur la réforme judiciaire. Le néofasciste le plus chimiquement pur – ou s’en approchant – est Donald Trump qui a toujours refusé sa défaite en 2020.
La défaite d’Orbán ne met pas un terme à la vague de partis populistes d’extrême droite au gouvernement ou à l’assaut du pouvoir. Giorgia Meloni en Italie ou Robert Fico en Slovaquie adhèrent, tout ou partie, au projet illibéral d’Orbán. Le Rassemblement national pourrait remporter l’élection présidentielle dans un an, ce qui relancerait la dynamique politique en faveur de ces formations.
Ce que le cas hongrois nous enseigne enfin, c’est que les défaites de l’extrême droite n’éliminent pas le risque de « recul démocratique » (democratic backsliding). De fait, l’UE semble incapable d’imaginer une stratégie d’endiguement de l’extrême droite. Pourtant, le cas hongrois a montré combien la droite radicale avait un pouvoir de nuisance une fois au pouvoir. Un Etat membre qui cesserait de respecter l’Etat de droit ne peut pas être exclu de l’UE. Les sanctions économiques sont possibles, mais elles sont difficilement applicables quand des Etats membres s’y opposent. Après le revers d’Orbán, l’occasion se présente de réfléchir à ce problème majeur : mais l’UE en aura-t-elle l’ambition ?
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le indication de vue n’engage pas la rédaction.
Source : www.nouvelobs.com
Conclusion : Nous restons vigilants sur les évolutions de cette information.

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