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24 avril 2026Guerre et paix au Liban. Face au désastre humanitaire : négociations, divisions, contradictions…
Analyse : Nous mettons en lumière certains aspects de cette actualité.
Un point rapide sur l'article « Guerre et paix au Liban. Face au désastre humanitaire : négociations, divisions, contradictions… » selon nos journalistes.
Résumé rapide
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Deux mille quatre cent quatre-vingt-trois morts, dont une centaine de secouristes et personnel soignant, et 8 journalistes, 7 707 blessés, 8 910 agressions israéliennes, plus de 1 200 000 déplacés, suite aux ordres d’évacuation de l’armée israélienne, d’une ampleur inédite au Liban, grignotant le tiers du territoire, détruisant villages, forêts, champs, et infrastructure civile. C’est la dernière prouesse en matière de crimes de guerre vantée par le gouvernement de Netanyahou, qui, une fois de plus se place au-delà du droit international.
Tous les acteurs de la guerre (Trump, Netanyahou, l’Iran et le Hezbollah) crient victoire, et la population paye le lourd tribut. La reconstruction nécessitera des milliards de dollars dont ne dispose pas le Liban qui peine à se relever de l’effondrement économique, de l’explosion du port, et de la guerre de l’année dernière. Tel est le lourd coût de l’entrée en guerre du Hezbollah aux côtés de l’Iran au lendemain de l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, sur fond de guerre de « démocratisation » américaine – une guerre qui plonge le Moyen-Orient dans un chaos dont on ne perçoit pas la fin et perturbe l’économie mondiale en remettant en question les alliances atlantiques.
Au Liban, le retour de la guerre le 2 mars dernier crée de vives divisions au sein de la population fracturant les familles. Ce deuxième volet de la guerre, commencée suite au 7 octobre par le Hezbollah en soutien au Hamas, s’est poursuivi de manière unilatérale. Le 26 novembre 2024, un accord a été conclu pour mettre fin à la guerre : le Hezbollah cesse le combat, mais l’armée israélienne commet 15 000 violations du cessez-le-feu en toute impunité, malgré un mécanisme de supervision comprenant la France, les Etats-Unis, la Finul, et l’armée libanaise. Cette dernière tente de composer entre pressions américaines et risque d’embrasement interne, en cherchant à contenir la situation : destruction de dépôts d’armes, vérifications sur le terrain, et contestation de certaines accusations israéliennes.
Malaise dans la communauté chiite
Souvent assimilée dans sa totalité comme le socle du Hezbollah, la communauté chiite se retrouve aujourd’hui, plus que jamais, marginalisée. La guerre du Hezbollah, entraînant le Liban avec lui, lui vaut la colère de toutes les autres communautés, à de rares exceptions près, qui réclament que la décision de la guerre et de la paix, comme le monopole des armes, revienne à l’Etat.
Dans les premières heures après le 2 mars, la communauté chiite est perdue. Des milliers de civils sont contraints, après le tir de roquettes du Hezbollah et la avis imminente israélienne, de fuir de chez eux en pleine nuit : embouteillages monstres, exode à pieds de femmes, enfants et vieillards. Dans leur fuite ils accusent le Hezbollah de servir les intérêts iraniens, tandis qu’ils subissent les violations du cessez-le-feu, sans que l’Etat ne puisse les stopper, et sans que l’Iran ni le Hezbollah ne bronchent.
Toutefois, quelques jours plus tard, face à l’équilibre de la terreur de la guerre irano-américano/israélienne, les opinions changent, explique Hassan Ayoub, directeur du média Post 180 : l’espoir d’une dissuasion refait surface, dans l’espoir d’éviter par tous les moyens une occupation des villages, sans penser encore aux lourdes pertes.
Les opinions, fluctuantes et incertaines, suivent ainsi le terrain de bataille.
Les méthodes de l’armée israélienne, le bluff de Trump et la faiblesse de l’Etat libanais peinent à rassurer, poussant une partie de la communauté chiite à se replier sur elle-même et à revenir, malgré elle, dans le giron du Hezbollah. Sur le terrain, cette tension se traduit par une autocensure marquée. Dans les centres d’accueil, de nombreux déplacés refusent de parler à la presse. Lorsqu’ils acceptent, leurs propos restent prudents. L’accès aux familles de blessés demeure particulièrement difficile.
Les assassinats que pratique l’armée israélienne hors des bastions du Hezbollah, notamment dans certains quartiers chrétiens, alimentent une phobie du déplacé chiite, désormais perçu comme suspect également au sein de sa propre communauté, dans les milieux chiites qui lui sont hostiles.
On voit ainsi des situations injustes : des déplacés chiites contraints de quitter le quartier par crainte d’attentat, réduits à leur appartenance confessionnelle. Le cas le plus aberrant est celui de Hassan, octogénaire rencontré à Beyrouth, ancien résistant communiste contre l’occupation israélienne des années 1970-1980 : emprisonné par Israël, puis chassé de son village par le Hezbollah lors de la répression des communistes au début des années 1980 sous l’influence de la révolution iranienne, il se retrouve aujourd’hui de nouveau évincé de l’appartement où sa famille déplacée s’était réfugiée, perçu comme une cible potentielle.
Une société solidaire malgré tout
Comme il est d’usage au Liban, la réalité se révèle plus complexe qu’elle ne le laisse paraître. Au-delà de la méfiance envers la figure du réfugié, une forme de solidarité émerge au sein de la population qui assure en grande partie la survie des déplacés, l’aide de l’Etat étant limitée.
Guidés par la répétition de l’histoire, les habitants des zones de guerre ont, cette année, anticipé en réservant des logements dans des régions plus sûres. Ainsi, malgré des files de voitures contraintes d’endurer jusqu’à douze heures de trajet pour quarante-cinq minutes de route, la « masse » de réfugiés dans la rue était moins visible que l’an passé, surprenant de nombreux journalistes occidentaux venus couvrir la « gazaification » du Liban annoncée par Israël Katz.
Les plus pauvres sont restés chez eux, ce qui a causé des tragédies sans fin : les raids israéliens ont décimé des familles entières des localités appelées à évacuer.
L’Etat Libanais en peine de devenir
Lors du front de « soutien » à Gaza mené par Hassan Nasrallah, le régime Assad était encore en place et le Liban restait sans président faute d’accord politique. Après l’assassinat de Nasrallah et la chute de Bachar al-Assad, le pays, débarrassé de la tutelle du Parti baas syrien, parvient enfin à élire un président le 9 janvier 2025, après deux ans de vacance.
Joseph Aoun, annonce en préambule la couleur de son mandat présidentiel : il déclare que son élection marquerait le début d’une « nouvelle ère » de l’histoire du pays, dans laquelle l’État aura le « monopole des armes ».
Quelques jours plus tard, il nomme Nawaf Salam, alors président de la Cour internationale de Justice, au poste de Premier ministre. Un élan d’espoir anime le Liban, où des populations épuisées par la guerre et les années de marginalisation par l’État, osent souhaiter enfin le calme.
Un an après l’espoir cède à la désillusion, à la lassitude et à la colère. La démesure des frappes israéliennes, décrédibilise l’Etat libanais. L’Etat évoque le désarmement du Hezbollah, un processus qui nécessite des mois voire des années, pendant que l’armée israélienne viole le cessez-le-feu : cela a été compris par un grand nombre de citoyens comme étant une prise de partie. Le maillon le plus faible dans la cour des grands, l’Etat libanais, est le bouc émissaire idéal, une pierre de patience sur laquelle la population déverse sa colère, et surtout, c’est le grand concurrent du Hezbollah, l’un menaçant l’autre dans un bras de fer existentiel : l’équation Etat fort/guérilla forte étant impossible. Via Nabih Berri, le chef du parlement et du parti chiite Amal, l’Etat avait demandé au Hezbollah de ne pas ouvrir un front contre Israël, conscient de la faiblesse du pays qui ne dispose ni de pétrole, ni de détroit, ni d’armée capable de dissuasion, prévoyant la point de vue démesurée habituelle des Israéliens. Le Hezbollah l’a pourtant fait, et reproche ensuite à l’Etat son impuissance.
Quid des négociations ?
L’ouverture, inédite depuis des décennies, de discussions directes pour la paix entre le Liban et Israël, scinde le Liban en deux et refait planer les fantômes de la guerre civile. Des voix fusent contre la reconnaissance de l’Etat d’Israël, d’une part, alors que d’autre part, des voix la réclament, et enfin, une troisième partie exige une frontière sans conflit mais sans reconnaissance de l’Etat hébreu. Dans la communauté chiite, le débat fait rage. Coincée entre le régime des mollahs et les guerres d’anéantissement d’Israël, une grande partie de la population espère se débarrasser du Hezbollah, mais elle redoute subir de nouveau l’occupation dont le souvenir amer est toujours vif.
Depuis 1948, Israël bénéficie de milliards de dollars venus des Etats-Unis et d’Europe alors que le Liban n’est jamais autorisé à accepter un arsenal dissuasif. Les Etats-Unis imposent au Liban le désarmement du Hezbollah en échange d’aides économiques, sans lui donner les moyens financiers d’étendre son autorité sur tout le territoire, ni les moyens qu’il faudrait à son armée pour assurer sa souveraineté. C’est en ce sens qu’une partie des Libanais continuent à penser que les armes du Hezbollah sont un épouvantail efficace pour stopper l’invasion israélienne, face à une extrême droite israélienne affichant ses désirs expansionnistes ; ils argumentent en donnant pour exemple la situation en Cisjordanie où la colonisation illégale se poursuit tranquillement malgré les protestations quotidiennes de l’autorité palestinienne, et craignent ainsi que le Liban ne se « cisjordanise ». Le camp opposé, lui, pense que le maintien des armes du Hezbollah ne peut que pousser Israël à détruire le Liban comme il a détruit Gaza.
Mais maintenant, que faire ?
Mettre fin au bain de sang, puis rétablir le droit par l’implication et le courage de la communauté internationale dans les négociations à Islamabad : un cessez-le-feu permanent, la préservation de la totalité du territoire libanais, la fin de l’occupation israélienne, la libération des prisonniers politiques, et l’indemnisation des victimes. À ce moment-là, à l’écart des nœuds et impasse de l’Histoire postcoloniale, des guerres linguistiques, qui débattent de « frontière pacifiée » ou d’une « paix » avec Israël, une reprise du dialogue entre les Arabes eux-mêmes, juifs arabes inclus, ne serait-elle pas une voie éventuelle vers le long processus que nécessite une justice historique ?
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le élément de vue n’engage pas la rédaction.
Source : www.nouvelobs.com
Conclusion : Notre équipe restera attentive aux prochains développements.

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